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« Un Très Mauvais Pressentiment » :  noces réussies entre la famille et l’horreur

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Publié le

19 juin 2026

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Le mariage comme rite de passage devient, dans la nouvelle série des frères Duffer (Stranger Things), une réelle question de vie ou de mort. Malin et captivant, « Un Très Mauvais Pressentiment » tient le plus gros de ses promesses.
© Un Très Mauvais Pressentiment

Un jeune couple se rend au cœur de l’hiver chez la famille du fiancé qui va accueillir leur mariage dans leur maison reculée. L’événement qui devrait être heureux génère pourtant son lot d’angoisse, principalement chez l’héroïne, Rachel. On verra vite que l’inquiétude à s’engager pour la vie va prendre ici une dimension littéralement existentielle. Un Très Mauvais Pressentiment, la nouvelle série des frères Duffer, joue la carte de l’elevated horror (de l’horreur mais avec des sujets profonds) et accumule les signes imperceptibles qui feront sens plus tard dans un grand tableau horrifique que la belle entame – un ralenti surcadré avec la mariée en marche vers l’autel – annonce la catastrophe par des éclairs subliminaux. La narration se cale à la suite, une semaine avant la cérémonie. Une journée par épisode et c’est le décompte fatal qui se met en branle : comment en est-on arrivé là ?

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Terreur en famille

La showrunneuse Haley Z. Boston maîtrise parfaitement le genre. Un grand modèle plane au-dessus de la série, Shining de Stanley Kubrick, film-cerveau déroulant ses circonvolutions dès le trajet automobile, qu’il poursuit dans les couloirs de l’hôtel Overlook – plus modestement ici, un chalet biscornu construit autour d’un patio enneigé. Ce sont les considérations et les imaginations qui créent le récit, la transmission atavique des peurs faisant le reste. Something very bad is going to h« Un Très Mauvais Pressentiment » :  noces réussies entre la famille et l’horreurappen – « Quelque chose de terrible est sur le point de se produire », le titre original, est un mantra répété jusqu’au comique à chaque épisode, doublé d’un autre : « Es-tu sûr que c’est le bon ? », beaucoup plus inquiétant car il se fonde sur une croyance intime, là où le premier anticipe un danger de l’extérieur. Le cercle familial conjugue l’intime et l’extérieur, et ce cercle devient celui de la terreur quand on se méfie de la famille « rapportée » dont on ne sait rien, à part des récits distillés par ceux qui lui appartiennent, à condition qu’on les croie. Un très mauvais pressentiment est avant tout une série sur la croyance et l’indécidable. L’accumulation des pistes – l’exploration du passé des Harkin (la fiancée) et des Cunningham (le fiancé) – converge vers deux épisodes où les fils narratifs s’entretissent, le quatrième avec une séquence très forte où l’acte de donner la vie se renverse par la magie du point de vue, et le cinquième, peut-être le plus beau de la série.

Du grand jeu

Un récit répété jusqu’à plus soif dans une manifestation de joie qui soudain semble insincère se met à prendre l’eau et à révéler des abîmes de duplicité, aboutissant à l’interrogation précitée : est-il le bon ? Un Très Mauvais Pressentiment perd un peu de sa superbe vers sa conclusion, avec des épisodes trop programmatiques – l’un en plans-séquences, toutefois interrompu par une coupe pour signifier la discorde dans le futur couple – et un autre arc-bouté sur des rituels dont la réalisation indispensable à la progression du récit paraît soudain trop attendue. L’atout majeur reste l’interprétation, avec le choix gagnant quoique contre-intuitif de Camila Morrone, belle brune terrestre et charnelle, pour jouer la très torturée Rachel. Adam DiMarco, d’abord un peu fade, se révèle à double fond, gentil garçon imprévisible. On revoit avec plaisir Jennifer Jason Leigh en mère plus ou moins indigne cette fois-ci. Quant à l’incroyable Gus Birney au visage aigu d’un charme fifties, elle s’impose en révélation comique. On terminera sur la qualité de la bande-originale à la dissonance décalée, signée Colin Stetson, et des morceaux qui rythment les épisodes, dont un chef-d’œuvre des Waterboys : « We will not be lovers », utilisé avec une intelligence redoutable lors d’une dernière séquence qui laissera le spectateur dans une expectative tremblante.


UN TRÈS MAUVAIS PRESSENTIMENT, de Haley Z. Boston Avec Camila Morrone, Adam DiMarco, Gus Birney 8 épisodes de 40 minutes à 1h Sur Netflix

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