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Jean-Pierre Montal : éloge des boîtes à livres

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Publié le

17 septembre 2026

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On n’y trouve jamais rien, mais on les fouille quand même : les boîtes à livres. Jean-Pierre Montal en fait le point de départ de son nouveau roman, une comédie pleine de classe sur la bibliomanie dévorante et l’envie de recommencer sa vie.
© Benjamin de Diesbach

Rustiques, gratuites, discrètes, bienveillantes, les boîtes à livres, qui fleurissent partout dans les villages et les villes, sont l’une des rares inventions entièrement bénéfiques de notre temps. Évidemment, pour les pouvoirs publics, elles sont sans doute une manière de s’occuper de culture à peu de frais, et de se donner bonne conscience : ça ne coûte rien, les administrés l’alimentent eux-mêmes, et c’est toujours plus facile que d’inventer des politiques publiques en faveur de la lecture. Mais qu’importe. Grâce à elles, l’ami des livres, où qu’il se promène, dispose d’une sorte de point d’attraction naturel, qui lui procure ce fugace instant d’attente et d’excitation qui lui est cher, celui du chasseur de trésors : et si, dans cette boîte en bois bariolé d’allure quelconque, je découvrais une vieille édition d’un romancier que j’aime, une curiosité en bon état, une enquête de Maigret que je ne possède pas encore ? (Les écrivains pensent aussi : « Un roman de moi, dont je m’empresserai de vérifier la dédicace ? ».) 99 fois sur 100, on repart bredouille, n’ayant trouvé dans la boîte que des romans France Loisirs, des SAS défraîchis et des manuels de cuisine. Pourtant, à la prochaine, on frétillera de nouveau : c’est comme de jouer aux machines à sous, j’imagine, à part que c’est gratuit. Et qui dit qu’un jour on ne découvrira pas dans une boîte un roman de Noguez, les œuvres de Saint-Simon, les romans de James Salter, les livres de Gracq chez Corti ? Ça arrive bien, dans le nouveau roman de Jean-Pierre Montal. Alors pourquoi pas !

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De la classe, de l’humour, des miracles

L’auteur de La Nuit du 5-7 imagine qu’une quinquagénaire fraîchement divorcée déménage vers sa nouvelle demeure, des livres plein le coffre. En route, elle s’arrête inopinément dans un hôtel. Là, désireuse de s’alléger, de faire « peau neuve », elle décide de se débarrasser de ses livres dans les boîtes du coin. Il se trouve qu’elle y a griffonné des annotations en marge, au crayon, parfois cruelles. Et que, coïncidence suprême, l’un des auteurs concernés tombe dessus… Il y a dans ce roman un côté fable, avec un ton dégagé, comme si Montal voulait montrer qu’il joue un jeu et qu’il le sait. Le décor est approprié, avec le Kyriad fadasse où loge l’héroïne, et ce château d’eau de conte fantastique déglingué où réside l’écrivain. Les dialogues sont teintés d’un humour élégant qui fait mouche (« – Pourquoi tu as gardé le nom café de la Place, c’est banal. – Je te rappelle quand même que tu t’appelles Didier »), notamment quand l’auteur, piquant, s’en prend à la mode masturbatoire et geignarde des récits de « transfuges de classe » à la Edouard Louis (« Comment peut-on les aider ? Il y a une fondation ? Un numéro vert ? Un transfugethon ? »). Sa classe distanciée fait que tout coule de source, y compris quand il met en scène un ado lymphatique et inculte, parfait représentant de sa génération (son mot de passe : « Je m’en balec ») ; on devrait avoir envie de lui coller des tartes, mais on se prend à espérer que l’héroïne tirera de lui quelque chose. La littérature accomplit de ces miracles.

PEAU NEUVE, JEAN-PIERRE MONTAL, Séguier 190 p., 19€50

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