Skip to content

Jérôme Fehrenbach : Serviteur d’état

Par

Publié le

29 septembre 2026

Partage

© Claudia Corbi

Quand il nous accueille dans son bureau pour réchapper à l’impitoyable soleil de juillet, c’est d’abord son extrême courtoisie qui nous frappe. Au premier coup d’œil, on devine un homme très consciencieux et d’une parfaite méticulosité – peut-être est-ce son tropisme germanique –, qui se révèlera vite un hôte charmant. Nul doute que Jérôme Fehrenbach est bien de cette race des grands commis de l’État grâce auxquels la France tient encore debout.

C’est dans le sein familial que s’est forgée sa haute estime pour le service de la chose publique. Le chemin parcouru depuis, s’il a de quoi donner quelques complexes, ne semble dans sa bouche qu’une formalité : Sciences Po, HEC, ENA. De ses stages, il retient surtout un passage à l’ambassade française en Jordanie qui lui permit d’assister, devant une grande tente bédouine du Wadi Araba, à la signature du traité de paix israélo-jordanien en 1994, en présence de Clinton, Arafat, Husseïn, Peres et Rabin. « C’est Simone Veil qui représentait le gouvernement Balladur. J’ai été la chercher à l’aérodrome dans des conditions rocambolesques : il fallait quasiment forcer les barrages américains ! » Les postes de responsabilité se sont alors enchaînés à la manière du cursus honorum romain : inspection des finances, plusieurs cabinets ministériels jusqu’à Matignon sous Dominique de Villepin, la Caisse des dépôts, et désormais la direction d’un organisme professionnel. Autant dire que notre interlocuteur connaît parfaitement les arcanes de l’État, qu’il compare à un orgue dont chaque service serait comme reclus dans un tuyau. « Il reste des hauts fonctionnaires de très grande qualité, mais ils se battent contre des moulins. Toutes ces énergies sont noyées dans une masse indistincte, d’où les leviers d’action ont disparu parce que tout est devenu affreusement compliqué. »

Lire aussi : Mgr Wilhlem von Ketteler, l’évêque des ouvriers

En parallèle de cette vie trépidante, Jérôme Fehrenbach mène rien moins qu’une carrière d’historien, en mettant à profit chaque temps mort de la vie pour traquer les ombres du passé. « Je suis habité par l’idée que nous sommes au-devant de grands bouleversements, et face au risque d’amnésie, je me sens le devoir de transmettre. » Philipp von Boeselager, Anne de Gonzague ou l’évêque von Galen : son intérêt le porte avant tout vers le genre biographique, par fascination pour « cette flamme mystérieuse » qui embrase des êtres cousus de doutes et de blessures, et reflète leur part ineffable de divinité. Et cette flamme, il la cherche dans les archives, quand d’autres historiens se contentent de raconter ce qui l’a déjà été. « En travaillant sur Anne de Gonzague, j’ai trouvé un fonds d’archives dans sa descendance allemande que personne n’avait consulté. J’étais dans une tour du château d’Anholt : quand vous ouvrez le ruban qui renferme des documents jamais ouverts depuis 200 ans, c’est absolument exceptionnel ! » Fuyant la frivolité comme la peste, c’est encore par sens du devoir qu’il choisit ses sujets : « Chaque ouvrage historique est comme une bouteille à la mer porteuse de messages plus ou moins codés pour notre temps. »

Mais les messages codés s’accordent mal à l’urgence des temps, et c’est pourquoi Jérôme Fehrenbach s’est finalement lancé dans l’arène des essais avec La République épuisée. « Un essai que je n’ai pas pu m’empêcher d’écrire » nous confesse ce lecteur de Bossuet et Tocqueville, de Manent et Delsol, tant les signes de la crise matérielle et morale qui nous frappe deviennent alarmants. Avec l’âge lui est venu ce courage de dire tout haut des vérités qui font mal. Il ne peut d’ailleurs conclure notre entretien sans aborder la légalisation de l’euthanasie, qui embrigade malgré eux médecins, infirmiers et fonctionnaires dans une œuvre mortifère – de quoi tourmenter la conscience de ce catholique, qui parle avec pudeur
 de sa foi, mais appelle au retour des vertus chrétiennes dans la cité. C’est après tout la question que posait sa magistrale biographie de l’évêque Wilhelm von Ketteler, grand adversaire de Bismarck : le monde moderne va-t-il tuer toute forme de vie intérieure ?

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest