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Marguerite est une nouvelle figure de la variété française, à mi-chemin entre le jazz de Boris Vian et la lyrique légèreté des comédies musicales de Jacques Demy. Derrière la voix puissante de la jeune Lyonnaise perce une critique pleine d’humour de la société marchande.
Sur quel terreau poussent les marguerites ? Celle que nous rencontrons, énergique et souriante, a grandi dans un milieu d’artistes : des parents diplômés des Arts-Décoratifs de Paris, une grande sœur photographe et un petit frère architecte. Son bac en poche, et bien qu’elle pratique déjà le chant, c’est d’abord vers le théâtre qu’elle se tourne. Mais la future chanteuse sort de son école au bout d’un an, dépitée : « Il semblait impensable pour mes camarades d’envisager qu’une femme puisse jouer autrement qu’à poil devant le public. On était censés privilégier le dégueulasse et les éructations plutôt que la beauté du jeu et des déclamations. »
Après une licence de lettres modernes, Marguerite intègre finalement une troupe de comédie musicale avant de monter à Paris, où, entre les petits boulots et les représentations, elle poursuit sa formation au conservatoire du IXe . « J’étais d’abord entrée pour affiner ma technique du chant lyrique. Mais j’en ai profité pour passer dans la classe de jazz. Cette discipline, en renforçant la voix de poitrine, donne plus de force aux paroles. »
L’interprétation, c’est le métier de Marguerite. Être « voix », c’est pour elle, avant tout, « aimer, s’approprier et défendre un texte pour le faire sonner au mieux à l’oreille du public ». Un exercice qui « relève autant de la comédie que du chant ». D’autant plus que ses chansons « racontent d’abord des histoires ».
C’est ce souci constant de la juste transmission des textes auprès du grand public qui la pousse à chanter en français. On pense alors à Jacques Demy et Michel Legrand, Claude Bolling et ses Parisiennes, à Ray Ventura et peut-être aussi à Blues Trottoir et Isabelle Antena.
Ce premier album, sorti en octobre dernier, raconte l’histoire d’une jeune fille en fleur qui éclot peu à peu dans l’amour et la maternité
Les titres de l’album ont été composés et produits par son époux Vincent Laissy, qui a suivi une formation de pianiste et d’organiste au Conservatoire national supé- rieur de musique (CNSM). Celui qui l’accompagne aussi sur scène est intarissable sur Schubert, Bach, Mozart, autant que sur Bill Evans ou Serge Lama et Daniel Guichard. Le couple s’est rencontré sur scène en 2013, jouant dans la même troupe une très belle adaptation de Tactique du Diable, de C.S. Lewis.
Les affinités de ces artistes les ont menés vers la création de grands spectacles musicaux, avec une adaptation du Prince Crapaud de leur ami Fabrice Hadjadj. Après avoir entendu leur proposition d’une mise en scène « grandiose », ce philosophe et dramaturge haut en couleur leur a répondu : « Cette pièce c’est une chaise, une bougie ; rien d’autre. En revanche je vais vous écrire un album. » Et c’est ainsi qu’est né Les Circonstances, un titre idoine, puisant dans l’œuvre du philosophe la double facette, élégiaque et critique, qui la caractérise.
Fabrice Hadjadj leur a écrit en un temps record une vingtaine de textes, dont onze figureront finalement dans l’album. « J’ai composé pour Marguerite un album de variété, au sens noble du terme, explique Vincent. J’ai cherché à explorer divers genres musicaux : de la bossa nova au rock en passant par la comptine et en soignant particulièrement les mélodies. J’ai voulu aller à rebours de l’idée qu’on devrait choisir entre la mélodie et le texte. Brel et Brassens (pour ne citer qu’eux) ne sont-ils pas d’excellents mélodistes, en plus d’être des paroliers indépassables ? »
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Ce premier album, sorti en octobre dernier, raconte l’histoire d’une jeune fille en fleur qui éclot peu à peu dans l’amour et la maternité, malgré « l’intrusion de la société techno-marchande dans nos relations amoureuses ». Et « quand c’est le temps des marchandises / De l’éprouvette et de l’écran », Marguerite se fait « chantre de la faiblesse, de l’imprévu, de la gratuité, de la chair d’argile ».
Avec son humour tendre, ses envolées énergiques et sa fraîcheur acerbe, la chanteuse rencontre, « est-ce un coup d’chance, était-ce écrit », l’enchantement enthousiaste d’un public déjà impatient de la revoir sur scène
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