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Stronger, Revenge et England is mine : que faut-il voir ou ne pas voir au cinéma cette semaine.
STRONGER
De David Gordon Green
Avec Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson
En ce 15 avril 2013, Jeff Bauman est venu encourager Erin qui court le marathon : il espère bien reconquérir celle qui fut sa petite amie. Il l’attend près de la ligne d’arrivée quand une bombe explose. Il va perdre ses deux jambes dans l’attentat. Stronger est un film étonnant. Étonnant car en s’attaquant à un sujet mille fois vu outre-Atlantique – une tragédie nationale qui hisse un péquin lambda au rang de héros national malgré lui -, David Gordon Green réunit en un seul film une grossièreté pétaradante digne de Michael Bay et une pudeur élégante digne d’un Clint Eastwood. Au cinéma, tout est affaire de regard et c’est dans les scènes fortes que le réalisateur trouve la bonne distance. En épousant le point de vue d’Erin, la reconstitution de l’attentat est débarrassée d’une impudeur complaisante sans perdre sa puissance émotionnelle. Mais c’est à l’hôpital que David Gordon Green démontre ses talents de cinéaste. Sa caméra fixe les visages d’Erin et de Jeff, laissant en arrière-plan l’amputation, hissant ainsi l’enjeu sur la solidarité du couple. Malheureusement, la suite se gâte et le ton donné en ouverture mute en putassier jusqu’à devenir grotesque, voyeur et complaisant.
REVENGE
De Coralie Fargeat
Avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe
Trois riches chefs d’entreprise quadragénaires, mariés et bons pères de famille, se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra-sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres. Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme. Si Revenge s’affiche comme le porte-drapeau cinématographique de la vague néo-féministe reconvertie dans la filière porcine, il serait injuste de le limiter à cet aspect. Le deuxième film de la réalisatrice Coralie Fargeat est d’abord et surtout un authentique film de genre, un « survival » particulièrement jouissif. Les amateurs d’hémoglobine, de chairs meurtries et de second degré bien corsé, ces ingrédients indispensables de la série B, y trouveront leur compte parce que le film est malin, efficace, subversif et parfaitement exécuté. Mieux vaut que les autres passent leur chemin.
ENGLAND IS MINE
De Mark Gill (II)
Avec Jessica Brown Findlay, Jodie Comer, Jack Lowden
Portrait de Steven Patrick Morrissey et le début de sa vie à Manchester dans les années 70 avant qu’il ne devienne le chanteur emblématique du groupe The Smiths. England Is Mine est remarquable pour sa chronique de la vie d’un jeune homme ne vivant que par les livres et les disques. Pour les nombreuses lettres qu’il envoie au NME dans lesquelles il n’hésite pas à fustiger les groupes qu’il n’aime pas et à défendre les New York Dolls, le jeune homme s’attire déjà les foudres de ses contemporains. Mark Gill nous fait pénétrer dans l’environnement mancunien du milieu des années soixante-dix, un monde gris où les « lads » (sorte de voyous prolétaires exaltant la violence) n’aiment pas les « rats de bibliothèque » tels que lui. Le jeune Morrissey est seul au monde et son unique amie est Linder Sterling, interprétée avec brio par Jessica Rose Brown Findlay. Linder est la sœur spirituelle du Mozzer, une artiste connue pour ses collages féministes parmi lesquels la pochette du 45 tours « Orgasm addict » des Buzzcocks (une femme à la tête en forme de fer à repasser). On la reverra plus tard à la tête de l’excellent groupe Ludus que les esthètes new wave des années 80 connaissent bien. Mozzer & Linder partagent le goût des lettres et une fascination certaine pour un univers désespéré. Jack Lowden, jeune acteur à la mode, campe parfaitement cet adolescent qui comprend peu à peu que sa seule échappatoire passe par la pop. Un film qui donne envie de se (re)plonger dans la discographie des Smiths. Par Jean-Emmanuel Deluxe
https://www.youtube.com/watch?v=9a2jGAeiVBc
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