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Aymeric Chauprade : « Macron est un meilleur président que ne l’aurait été Marine le Pen »

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Publié le

16 mars 2018

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Voilà un an qu’Aymeric Chauprade ne s’était pas exprimé. L’ancien conseiller de Marine Le Pen a accepté de s’expliquer sur tout ce qui avait alors désorienté ses plus ardents défenseurs. Pour le géopolitologue et député au Parlement européen, le combat pour la civilisation européenne continue.

 

Qu’est-ce qui vous a pris, en mars 2017, un mois avant la présidentielle, de venir témoigner contre Marine Le Pen dans un livre et dans Envoyé spécial, et, comme si cela ne suffisait pas, de déclarer que vous vous teniez à la disposition de la justice ?

Vous n’avez pas l’impression que c’est le FN qui devrait se justifier auprès des Français plutôt que moi? Qui est mis en accusation pour un vaste système d’emplois fictifs au Parlement européen ? Eux ou moi ? Qui est mis en examen dans le cadre d’un vaste système de surfacturation? Eux ou moi ? S’il y a bien quelqu’un dans cette affaire qui est « mains propres et tête haute », pour reprendre un slogan célèbre, c’est votre serviteur !

Il est parfaitement normal de répondre aux questions de la justice quand celle-ci veut vous interroger, surtout que je ne lui ai rien appris : elle en savait bien plus que moi ! Il est normal aussi de ré- pondre à des médias sur ce sujet, d’autant que l’on ne peut pas dire que je m’y sois répandu beaucoup ces deux dernières années malgré les sollicitations dont j’ai fait l’objet

Vous observerez que je n’ai jamais attaqué la personnalité de la présidente du FN. Marine Le Pen est une femme courageuse que d’aucuns auraient bien tort de tenir pour finie simplement parce qu’elle a raté un débat. Dans son parti, actuellement, je ne vois personne qui ait la carrure pour la remplacer. Son drame est qu’elle manque de confiance en elle, et ceci en dépit de ses grandes capacités intellectuelles. Ce qui fait qu’elle écarte les gens qui lui tiennent tête au profit des courtisans et des médiocres.

 

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Avant d’entrer au FN, je pensais que les médias et le « système », comme on dit au FN, désinformaient les Français à son sujet. C’est à la fois vrai et faux. C’est vrai parce que ses électeurs et une immense majorité de ses cadres ne sont ni des fascistes ni des crétins. C’est faux parce que les journalistes qui ont enquêté sur le système financier du FN avaient parfaitement raison de le faire.

Je ne vous cacherai pas que ce fut une grave déception de constater que les médias avaient raison de dire que le FN est une PME plutôt qu’un parti et que, à 45 ans, je m’étais fait avoir comme un bleu. Quand on désespère de voir son pays s’enfoncer, on finit par se jeter dans les bras de ce que l’on croit être le recours et on tombe de haut.

Je ne vous cacherai pas que ce fut une grave déception de constater que les médias avaient raison de dire que le FN est une PME plutôt qu’un parti.

Vous vous souvenez tout de même que si vous êtes devenu député au Parlement européen, c’est grâce à Marine Le Pen ?

Rassurez-vous, je n’oublie jamais d’où je viens. Ceci étant, les politiques ne sont pas propriétaires des votes. Pas plus Marine Le Pen que moi. La vraie boussole, c’est la fidélité à ses engagements et donc à ses électeurs. Or, je ne les ai pas trompés. Mes convictions sont intactes : je me bats toujours pour la civilisation française et européenne contre le risque d’islamisation de l’Europe occidentale.

 

Le 4 mai 2017, deux jours avant le second tour, vous aviez publié une tribune : « Pourquoi je voterai Macron ». Vous ne pouviez pas plutôt vous abstenir ? Au moins de l’écrire…

Je n’avais aucune raison de m’abstenir. Je n’ai demandé à personne de voter pour Emmanuel Macron, j’ai juste dit que j’allais le faire. Je savais très bien que cela n’allait pas faire plaisir, ni dans mon entourage proche, ni dans la « droite hors les murs », laquelle n’existe pas et n’existera d’ailleurs jamais puisque c’est une fiction intellectuelle parisienne.

 

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Je pensais alors et continue de penser que Macron serait un bien meilleur président pour la France que ne l’aurait été Marine Le Pen. Je sais que c’est difficile à entendre lorsque l’on est prisonnier de logiques partisanes mais je constate aujourd’hui plusieurs choses.

En politique étrangère, Emmanuel Macron mène une sorte de realpolitik qui est fidèle à notre tradition d’équilibre et cela me va bien. Nous recevons les Russes et nous leur parlons de nouveau, nous ne donnons pas de leçon de morale aux Chinois… D’autre part, les milieux économiques internationaux ont le sentiment (et, en la matière, le « sentiment » fait la réalité) que Macron réveille les forces vives et cela favorise l’investissement dans notre pays.

Emmanuel Macron, qui est intelligent, a su s’entourer de conseillers solides comme son conseiller diplomatique Philippe Étienne. Or je crois en l’intelligence ; je suis un élitiste assumé ; je préfère que les gens soient normaliens plutôt que des apparatchiks ignares comme l’étaient une bonne partie des ministres de Hollande. Je préfère un Bruno Le Maire, fin lettré et germaniste, comme ministre de l’Économie plutôt qu’un inculte. Cela n’est pas une garantie de mener une bonne politique, mais c’est important.

Emmanuel Macron, qui est intelligent, a su s’entourer de conseillers solides comme son conseiller diplomatique Philippe Étienne.

Je pourrais vous dire aussi tout le bien que je pense de M. Blanquer. Enfin avons-nous quelqu’un qui a réfléchi à notre système d’éducation avant d’arriver à son poste. Il a compris que l’école, telle qu’elle existe aujourd’hui, va être pulvérisée dans les années qui viennent par les neurosciences et l’intelligence artificielle, et il tente de l’adapter aux disruptions technologiques tout en réaffirmant les fondamentaux.

Pour être passé au FN, je sais que rien de tout cela ne se serait produit avec Marine Le Pen au pouvoir. Même si elle a des qualités personnelles, son parti reste, pardon de le dire aussi brutalement, un parti de bras cassés.

 

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Je suis un politique réaliste autant qu’un géopolitologue réaliste. Quand la solution idéale n’existe pas, j’opte pour la moins mauvaise solution. Quant à la politique du pire, je n’y ai jamais cru et il n’y a que les éternels adolescents pour croire que du pire sortira le renouveau. Si nous avions fait l’économie de la Révolution française, de son épanchement de haine, de jalousie, de sang, de destructions, au profit d’une réforme de la France et de son système politique en 1789, nous ne serions pas aujourd’hui encore prisonniers de cet état de guerre civile permanente entre les Français.

 

Et donc, près d’un an après l’élection de Macron, vous êtes content ?

J’ai écrit dans cette tribune que je voterai pour Emmanuel Macron pour des raisons économiques, mais que j’étais sans illusion sur la question de l’identité, pourtant essentielle et première à mes yeux. Et ne venez pas me dire que Marine Le Pen apportait la solution : je vous rappelle que lorsque j’avais publié une vidéo sur l’islam après l’attentat de Charlie, il m’avait fallu refuser d’obéir à son injonction de la retirer ! Le Front national, alors verrouillé idéologiquement par Florian Philippot, se refusait à toute critique de l’islam et je n’ai pas noté que ça ait évolué.

Concernant la présidence d’Emmanuel Macron, je ne peux pas être content puisque la question civilisationnelle, qui est le sens même de mon engagement politique, est oubliée. Mais j’essaie d’être juste. Les Français en ont assez du « tout blanc » ou « tout noir ». Je sais encore saluer ce qui doit l’être, dire du bien sur certains points de ceux que je combats par ailleurs. Il ne vous a pas échappé que Philippe de Villiers, pour lequel j’ai une grande estime, a lui aussi du respect pour le président Macron.

 

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La première limite de sa présidence est de toute évidence la question de la civilisation. La population française, en majorité de souche européenne, est en train d’être remplacée par une population extra-européenne pour l’essentiel issue du continent africain et dont la culture est islamique. Soyons clairs : ce fait démographique entraîne un changement progressif de civilisation auquel nous devons nous opposer de toutes nos forces.

La deuxième limite est que Macron apparaît comme le président des gagnants de la mondialisation, alors que l’enjeu, sur ce plan, est de faire en sorte que les perdants deviennent aussi des gagnants. Car pour ma part, je ne veux ni d’un projet pour les gagnants seuls, ni d’un projet des « perdants contre les gagnants », ce qui est le fonds de commerce du Front national comme de La France insoumise.

 

 

« Nous devrions être fiers que des migrants veuillent venir en France et prendre part à notre histoire commune, à notre langue, à notre culture », aviez-vous déclaré en 2016 à un journal britannique. Sous Macron, vous devez être rudement fier !

Dans notre société émotionnelle, faite de slogans plutôt que de raisonnements, il est de plus en plus difficile de s’exprimer sans voir sa pensée saucissonnée et caricaturée. Les mots-clés déclenchent les réflexes pavloviens, c’est comme ça… Qu’ai-je dit ? Pour résumer : que c’est en France que ces migrants veulent venir et pas en Arabie saoudite ! Peut-être parce que s’il y a plus d’argent à Riyad, il y a moins de liberté, vous ne pensez pas ? Peut-être parce que la France, avec sa culture et son rayonnement, est un des pays les plus attrayants au monde. Et nous ne devrions pas en être fiers ?

C’est tout ce que j’ai dit. Mes propos n’étaient en rien une acceptation indifférenciée de tous les migrants qui se présentent. Faites-moi la grâce de me reconnaître qu’en tant que géopolitologue culturaliste, je ne crois pas qu’il suffise d’avoir de la croissance économique pour assimiler des gens !

Je sais que dans notre histoire, plusieurs millions de personnes ont été des migrants avant d’accepter de faire « à Rome comme les Romains » pour devenir de véritables Français, mais ils étaient Européens. Aujourd’hui, ils sont pour l’essentiel musulmans et souhaitent le rester. Or l’idéologie islamique n’est pas soluble dans notre civilisation. C’est clair comme ça ?

 

On ne vous a pas du tout entendu dans le débat sur la refondation de la droite. Ça ne vous intéresse pas?

J’interviens quand j’ai quelque chose à dire et en général sur des sujets de défense ou de politique étrangère. Concernant la droite, il me semble que Laurent Wauquiez est bien parti pour procéder à cette refondation. Il souhaite rebâtir une vraie droite de gouvernement, avec des idées assumées s’agissant de l’immigration et de l’islamisation. Je n’ai pas de raison, à ce stade, de lui faire un procès d’intention. C’est un homme intelligent, cultivé et décidé. Il fait face aux réalités de son parti et on ne change jamais les choses en cinq minutes.

 

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Quelque chose m’intéresse plus que la refondation de la droite, c’est la refondation de la politique. La crédibilité des politiques est au plus bas en France. C’est toute la manière de faire de la politique qui doit être repensée. L’expertise dans un ou plusieurs domaines doit redevenir le critère de choix numéro un. Entendez-vous les Républicains critiquer Blanquer ou Le Drian ? Non. Simplement parce qu’ils sont compétents et que leur travail est incontestable. C’est aussi simple que cela.

 

La technicité ne suffit pas !

Il faut évidemment une vision politique cohérente et c’est cela qui doit tracer la ligne de clivage partisan. Mais commençons par restaurer le critère de compétence. La compétence et le résultat sont les critères de performance dans les entreprises. Ils doivent le redevenir en politique.

 

Alors comment doit-on selon vous mener, j’allais dire de façon « performante », le combat civilisationnel?

Le combat pour la civilisation, c’est que les nations européennes travaillent ensemble à protéger leurs frontières et à refuser l’islamisation de leurs territoires. C’est aussi construire un puissant capitalisme européen, capable de soutenir les industries de demain et la formation de géants européens du numérique capables de rivaliser avec les GAFAS américains et autres BATX asiatiques. Si l’Union européenne n’est qu’une « puissance de la norme », une entité qui ne crée que des contraintes et des interdits, alors le progrès technique fera des Américains et des Chinois les « hommes augmentés » de demain.

Je crois dans nos nations et je crois aussi dans un projet européen refondé. Il y a trop d’interdépendance aujourd’hui pour qu’un souverainisme pur et dur soit la solution. Il y a de nombreux domaines dans lesquels les Européens doivent créer des partages de souveraineté. Mais le système doit être flexible et fondé sur le principe du « gagnant-gagnant ». Dans ce monde multipolaire, avec des États-civilisation (Russie, Chine, Inde et États-Unis toujours), il nous faut une Europe à la fois puissance et civilisation. Ce qui ne signifie en rien l’effacement des nations; la France a un rôle moteur à jouer dans l’édification de cette Europe.

Dans ce monde multipolaire, avec des États-civilisation (Russie, Chine, Inde et États-Unis toujours), il nous faut une Europe à la fois puissance et civilisation.

Quel est l’ennemi prioritaire ? Et quel est le risque principal ? L’islamisation ou la marchandisation?

L’économie est mondialisée. Les océans sont des autoroutes sillonnées par des porte-conteneurs et traversées par des câbles sous-marins transportant des milliards de données. Depuis l’Antiquité se succèdent des mondialisations, des systèmes-monde dominés à chaque fois par des puissances différentes. Les États-Unis dominaient la mondialisation qui a débuté en 1945, mais les États émergents – et la Chine en particulier – remettent en cause cette domination pour ouvrir le chemin à une nouvelle ère de la mondialisation.

Le problème n’est pas de lutter contre la mondialisation, laquelle est le produit du progrès technique et scientifique (explosion des flux de marchandises, de données, de voyageurs, mais malheureusement aussi de migrants), il est d’adapter notre économie à l’environnement mondial tout en garantissant la survie de notre civilisation. Que je sache, ni les Japonais, ni les Chinois, ni les Coréens ne sont en train de perdre leur civilisation dans la mondialisation. Croire que nous allons pouvoir édifier une bulle hors de la marchandisation et de la science disruptive (intelligence artificielle, « homme augmenté ») est une illusion tragique.

 

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On peut choisir de le faire, mais alors il faudra s’attendre à voir débarquer chez nous, en 2040-2050, tels les conquistadors en Amérique latine face à des Indiens démunis ou telle l’Europe « civilisatrice » en Afrique à la fin du XIXe siècle face à des tribus désarmées, des civilisations augmentées disposant d’un avantage en puissance considérable et qui nous traiteront comme des esclaves.

Il y a deux risques mortels pour l’Europe : sous-estimer la capacité de l’islam à convertir nos sociétés au moment où les éléments de crise matérielle se combinent avec ceux de la crise spirituelle ; oublier ce qui a été depuis toujours la source de la domination européenne sur le monde, l’avantage scientifique et technique, en s’enfermant dans une prison éthique.

 

La redistribution des alliances dans le cadre de la rivalité entre les États-Unis et la Chine fait-elle craindre le pire ?

Quand ça se bipolarise comme c’est le cas, on rentre d’abord dans une phase de guerre froide. Ensuite, il y a des proxys, des guerres par délégation dans des zones du monde plus ou moins pauvres qui deviennent un terrain de jeu comme ce fut le cas en Amérique latine ou en Afrique durant la guerre froide. Après, soit ça s’arrête là, soit ça dérape.

Quand le numéro un mondial est en passe de perdre son statut, comme c’est le cas pour les États-Unis, ce sont toujours des phases très dangereuses, mais la Chine n’a pas intérêt à la guerre. De par son développement et sa masse démographique, elle deviendra le numéro un mondial, c’est juste une question de temps. La dissuasion nucléaire est faite pour que ça ne dérape pas. Généralement…

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