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Simone Salvatori est le leader de Spiritual Front, groupe issu de la scène néo-folk post-industrielle. Avec son nouvel album, Amour braque, il n’hésite pas à explorer les recoins sombres de l’âme aux prises avec des passions destructrices. Profondément italien et libre-penseur, Salvatori est aussi tranchant et direct en entretien que dans ses disques !
À l’époque de « #metoo », vous qui évoquez « l’amour vache », n’avez-vous pas peur d’être accusés de sexisme ?
Nous n’avons jamais défendu les abus d’aucune sorte, et nous ne les cautionnons que quand ils relèvent d’un jeu sexuel entre adultes consentants. Je porte mon attention sur les humains et sur leur dignité, quels que soient leur sexe, leur nationalité ou leur religion. Mais il est vrai que l’amour a toujours partie liée avec la douleur car l’amour est un don, donc un acte de mutilation qui offre néanmoins du plaisir. Tu dois être prêt à donner quelque chose dans le but de rendre l’autre heureux. C’est un processus qui mérite que l’on souffre.
À quel point, le film de Zulawski, L’Amour braque, a-t-il influencé votre dernier album ?
J’aime son film, mais je dois admettre que je préfère le concept du titre. Le terme « braque » signifie bien davantage qu’« immonde », « vicieux » ou « tordu », et en italien, c’est lourd de sens.
On vous a présenté comme un groupe de « suicide pop ». Mais vous n’auriez pas l’air malin si l’un de vos fans se suicidait réellement !
J’espère que ça n’arrivera jamais ! Cela dit, le suicide, si l’on met de côté ses conséquences tragiques, est paradoxalement un acte de volonté extrême.
À quel point votre nationalité italienne a-t-elle influencé votre musique ?
J’aime mon histoire, j’aime ma culture, et en matière de musique, j’aime mes racines italiennes qui sont constituées par Morricone, Nicolai, Rota, et tant de classiques magnifiques. Si j’utilise la langue anglaise, ce n’est que pour être compris par davantage de gens, mais je n’ai jamais eu l’intention d’être un anglo-américain, ça n’aurait pas de sens.
Quelle est votre analyse du climat politique actuel en Italie ?
L’Union Européenne est une nouvelle forme de dictature déguisée. C’est une association de banquiers sans États, une élite financière qui dirige les territoires et ne prend des décisions qu’en fonction de son intérêt propre. C’est franchement évident, mais on persiste à vouloir persuader les peuples que l’on ne peut pas sortir de cette satanée machine qui ne fonctionnera jamais et qui n’a jamais fonctionné ! Depuis que l’Union européenne existe, les droits des travailleurs se sont effondrés, les droits sociaux se sont réduits et l’immigration n’a cessé de croître. Il y a un agenda politique très clair derrière l’Union Européenne et le nier est pathétique. Il n’y a guère de différence entre ce qui arrive en Allemagne, en France ou en Italie. L’UE déteste les nations, la culture et le passé et essaie de se passer d’idéaux et de transcendance, parce qu’elle a seulement besoin de consommateurs aveugles et dépourvus d’identité.
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Quel état d’esprit a présidé à l’enregistrement de « L’Amour braque » ?
À l’origine, il s’agit d’un voyage cathartique et intérieur. D’autres personnes, je l’espère, trouveront peut-être un peu d’elles-mêmes dans mes chansons…
« Asia Argento est l’une des pires actrices qui ait jamais paru sur terre ! Elle a trouvé du travail uniquement parce qu’elle est la fille d’un réalisateur aussi connu que surestimé » Simone Salvatori
On vous a souvent décrit comme « nihiliste ».
J’ai toujours considéré la notion de nihilisme d’une manière punk, je veux évoquer par là le refus des vérités préfabriquées que la société entend nous imposer. Ce système est nul parce qu’on le laisse nous marcher sur la tête, mais je ne crois pas pour autant à la fausse rébellion, parce que c’est exactement ainsi qu’ils espèrent que nous réagissions ! La seule rébellion authentique naît en nous et contre nous. Il faut être conscients de nous-mêmes et de nos chemins intérieurs.
Des musiques de Spiritual Front ont été utilisées dans des films assez violents…
Le conflit, c’est la vie, et, de cette opposition, une aube nouvelle peut naître. Mais cela ne signifie pas qu’il faille blesser les autres ! Le conflit est un moyen de ne pas accepter ce que l’on veut nous imposer comme des vérités, c’est l’instinct de révolte quand on s’attaque à notre liberté. Pour moi, la vraie violence, c’est de lobotomiser les gens pour les enfermer dans leur condition d’esclave. En ce qui concerne le cinéma, oui, il s’agit de films violents, mais loin de la réalité, c’est davantage des trucs pour les gamins.
Que pensez-vous des déclarations d’Asia Argento sur Harvey Weinstein alors qu’elle a entretenu avec lui une relation de cinq ans ?
Asia Argento est l’une des pires actrices qui ait jamais paru sur terre ! Elle a trouvé du travail uniquement parce qu’elle est la fille d’un réalisateur aussi connu que surestimé, et c’est vraiment déprimant de constater de quelle manière elle a recherché la notoriété. Aujourd’hui, personne ne fait plus attention à elle et c’est encore plus pathétique de voir comme elle prétend parler au nom de toutes les femmes. Si j’étais une femme, je serais vraiment offensée. Il est amusant de constater le grand nombre de fois où, au fil des ans, elle a travaillé et posé en photo avec Harvey Weinstein. C’est complètement ridicule, si tu veux défendre ton intégrité, tu mets un grand coup de pied au cul à n’importe quel producteur qui veut te baiser! Il est certain que, pour autant, les abus doivent être dénoncés, mais coucher à droite à gauche pour préserver un haut degré de célébrité ne se conjugue pas aisément avec « l’intégrité » et « l’honneur »
« La seule rébellion authentique naît en nous et contre nous. » Simone Salvatori
Avez-vous des influences culturelles françaises ?
Plus jeune, j’ai étudié le cinéma à l’université. Malle, Chabrol, Godard, Rohmer, Truffaut, Resnais, sont des réalisateurs cultes qui m’ont beaucoup impressionné avec leurs inoubliables chefs-d’œuvre et leurs sensibilités uniques. Une de mes premières chansons a été influencée par le film J’embrasse pas d’André Téchiné. Seul contre tous de Gaspar Noé est un autre de mes films fétiches, ainsi que Le Temps qui reste de François Ozon. Vous bénéficiez vraiment de milliers de grands films ! En matière de littérature, je citerai Genet, Camus, Proust, Simone de Beauvoir et Céline. Et pour la musique, je pense à Sexy Sushi et aux Négresses Vertes, ou encore, dans le style métal, je me souviens avoir aimé Massacra et Loudblast. Il n’y a pas longtemps, j’ai également découvert des clips de Peste Noire que j’ai trouvés complètement dingues.
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Et quels sont vos nouveaux projets ?
Je viens juste d’achever un nouveau projet industrialo-pop qui s’appelle The Lust Syndicate et qui devrait sortir sur Trisol Records. En ce qui concerne Spiritual Front, nous sommes constamment en train de rechercher des concerts. Nous verrons bien ce que l’avenir nous apportera, mais jusqu’à maintenant, ç’aurait pu être pire !
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