Le 27 novembre dernier, Nikol Pachinian recevait un groupe de huit archevêques et évêques opposés au catholicos Garéguine II. La rencontre, médiatisée, a pour objectif d’étaler publiquement la division de l’Église. Parmi les évêques, plusieurs d’entre eux demandent, en effet, depuis des semaines au catholicos de « se retirer volontairement » afin d’éviter des « secousses inutiles » dans l’Église. En réponse, quelques jours plus tard, le 4 décembre, vingt-sept hauts clercs de l’Église apostolique signent une déclaration de « loyauté inconditionnelle » envers le catholicos Garéguine II. Dès le lendemain, l’un des signataires était arrêté pour… trafic de drogue. Le prélat est, encore aujourd’hui, en prison. C’est le quatrième dans ce cas.
Lire aussi : Quel avenir pour l’Irak ?
Nouvelle offensive de Nikol Pachinian le 8 décembre. Sur ses réseaux sociaux, le Premier ministre arménien publie sa « feuille de route après le retrait » du catholicos ! Il y demande « la transparence financière » de l’Église et prône « la nécessité pour l’Église apostolique arménienne d’être non politique ». Les prêtres sont invités à ne plus prononcer le nom du catholicos pendant la messe. La veille, le 7 décembre, il s’était d’ailleurs rendu à une messe célébrée ainsi – et sous protection policière – dans la cathédrale de la Sainte-Mère-de-Dieu de Gyumri. Le 4 janvier, quelques jours avant Noël – l’Église apostolique fête Noël à l’Épiphanie –, Nikol Pachinian présente les réformes qu’il entend engager pour l’Église arménienne : destitution du catholicos, élection d’un dirigeant intermédiaire, adoption d’une nouvelle constitution pour l’Église et élection d’un nouveau catholicos. Le 6 janvier, il prend la tête d’une marche « de réparation » pour l’Église, et déclare dans son discours de clôture que l’Église doit « être libérée du schisme et rendue au peuple ». Le lendemain, il réunit autour de lui « la première session du conseil d’amélioration de la sainte Église », qui rassemble une dizaine d’évêques opposés au catholicos.
La réponse du catholicos
Évidemment, l’Église arménienne ne peut accepter ni une telle mise au pas ni une telle soumission du pouvoir spirituel au pouvoir temporel. Si la Constitution arménienne prévoit la séparation de l’Église et de l’État, elle reconnaît « la mission exceptionnelle de la Sainte Église apostolique arménienne, en tant qu’Église nationale, dans la vie spirituelle du peuple arménien, dans le développement de sa culture nationale et dans la préservation de son identité nationale ».
Durant la liturgie de Noël, le catholicos dénonce donc « la répression » dont est victime l’Église. « Cette situation porte un coup sérieux à l’autorité de notre nation et de notre État et inflige une profonde blessure aux communautés et aux croyants. Malgré des actions illégales et anti-canoniques, notre Sainte Église, avec ses fidèles dévoués, reste ferme et inébranlable, fidèle à sa vocation et à sa mission données par Dieu. » Quelques heures plus tard, Etchmiadzine, le Saint-Siège de l’Église apostolique, annonce la convocation d’une Assemblée nationale ecclésiastique, la plus haute instance de l’Église, qui décide des grandes questions théologiques, canoniques et administratives.
Si elle doit se réunir, tous les sept ans, cela n’a pas été le cas depuis 2017. La réunion se tiendra en Autriche, du 16 au 19 février prochain.
La réponse suffira-t-elle ? Rien n’est moins sûr. À la veille des élections du printemps prochain, Nikol Pachinian veut mettre toutes les chances de son côté. Son principal opposant, Samuel Karapetian, alterne séjours en prison et en résidence surveillée, tandis que d’autres élus d’opposition sont démis de leurs fonctions. Et c’est pour cela qu’il entend mettre au pas l’Église, qui s’oppose à lui trop souvent, sur la question de l’Artsakh et des relations avec l’Azerbaïdjan, bien sûr, mais aussi sur son agenda progressiste.





