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In memoriam V. S. Naipaul (1932- 2018)

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Publié le

25 septembre 2018

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« Un des derniers écrivains qui nous liaient à notre passé. Il nous manquera un écrivain de la stature de Naipaul, qui soit une grande conscience intellectuelle de son époque ». Peut-être cet aveu de l’amie qui m’apprit la mort de Naipaul contient-il l’écho de cette unique déclaration que fit l’écrivain dans les coulisses de la remise de son prix Nobel : « J’ai été récemment à une messe dite pour la mort d’un ami et j’ai été ému par la beauté du rite. La beauté du rite chrétien et son alliance avec le droit romain me suffisent pour vouloir défendre cette civilisation ».

 

C’est le poète russe Joseph Brodsky qui m’exhorta à lire Naipaul au début des années 1980. Je découvris que ces deux outsiders de la littérature occidentale – l’un Russe de Saint-Pétersbourg, l’autre Britannique des confins de l’Empire – avaient un regard lucide, plein de curiosité et d’attention sur notre monde. La valeur de leur style tenait à un attachement indéfectible à décrire le monde tel qu’il était, sans s’encombrer d’aucune idéologie ni d’aucun idéalisme. « Je ne vois comme remède au malheur des hommes qu’un changement des cœurs, écrivait Joseph Conrad, mais si l’on regarde l’homme au cours des deux mille dernières années, on ne trouve guère d’espoir pour un tel changement ». Les pessimistes d’excellente qualité sont d’un plus grand secours à l’homme que les optimistes de circonstance. Si Brodsky a levé le voile sur le monde soviétique de son temps, Naipaul nous a éclairés sur le monde post-colonial, sur la fin de l’Empire britannique et ses conséquences. L’un et l’autre avaient en commun cette supériorité : celle de ne pas renier l’Histoire et de refuser le rôle de victime. « Déteste l’oppresseur, redoute l’opprimé », écrivit Naipaul dans son roman Les Hommes de paille : six mots libérateurs pour qui sait les lire.

Et c’est précisément ce que les progressistes – les réactionnaires – rabiques ne lui pardonnèrent pas : de s’être refusé à singer l’attitude de l’opprimé. C’est à l’admirable ouverture d’esprit de quelques lettrés conservateurs que Naipaul doit sa survie, à commencer par son premier éditeur, André Deutsch. « Comment as-tu fait pour avoir eu le droit d’écrire et de publier librement, en dehors du consensus ?» lui demandai-je un jour. « Écoute, me dit-il, tu ne te poses pas cette question quand tu écris. Tu écris sans penser à la critique, ni aux censeurs, ni à l’air du temps. Tu écris au mieux de tes connaissances, de tes capacités, en essayant de ne pas mentir, de ne pas trahir. Et puis, un jour, après des années, avec un peu de chance et beaucoup de travail, tu verras les gens commencer à se retourner sur ton passage et à se dire : « Ce type, ça fait déjà un moment qu’il tourne, ma foi, il doit y avoir quelque chose en lui. »

 

Lire aussi : Samuel Brussell : Pourquoi je n’ai jamais pu me sentir à gauche alors que j’avais tout pour l’être (et tout à y gagner)

 

Une autre fois, quand je m’étonnai qu’après ses deux livres sur le monde islamique – Crépuscule sur l’Islam et Jusqu’au bout de la foi –, il n’ait jamais été menacé par quelques courroucés, il eut cette réponse, placide et évidente : « Jamais ils ne m’ont menacé, pourquoi l’auraient-ils fait ? Je les respecte. Ils me respectent ». Ce respect et cette honnêteté qu’il a toujours manifestés pour son lecteur, pour son semblable, la splendide loyauté qu’il a témoignée envers la civilisation des Évangiles et du droit romain, la très haute idée, noble et intransigeante qu’il avait de la littérature lui valent aujourd’hui un hommage universel. Salman Rushdie lui-même, coqueluche des libéraux et valeureux ennemi de Naipaul a déclaré : « Nous étions en désaccord à peu près sur tout mais aujourd’hui, je pleure la mort d’un frère ». Naipaul et ses livres ont trouvé « un chemin dans le monde. »

 

Morceaux choisis :

 

Vous ne pouvez pas dire : “Je veux vivre dans ce pays, bénéficier de ses lois et de sa protection, mais j’entends n’en faire qu’à ma tête“. Ce multiculturalisme est devenu un véritable racket.

 

Un gouvernement qui piétine ses lois peut aussi facilement vous piétiner vous.

 

Sur la fatwa dont l’ayatollah Khomeini frappa Salman Rushdie : « C’est une forme de critique littéraire extrême ». V. S. Naipaul

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