Skip to content

Dandys débraillés

Par

Publié le

21 décembre 2018

Partage

dandysme © Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1545404025082{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Le spectacle des rues nous réserve bien des surprises par l’éclectisme vestimentaire qu’il nous révèle : l’homogénéité, qui n’avait d’autre fondement que la reconnaissance de ses semblables laisse désormais la place aux mélanges bigarrés en un nouveau code social, où la fantaisie semble dominer la convention.

 

Sans aucune référence à Cocteau qui revêtait volontairement un duffle-coat par dessus son smoking, nul ne s’étonne désormais de baskets chaussées sous un costume ni d’une nuisette portée par dessus un pantalon : tout devient possible, la règle étant le mélange improbable ne se basant, contrairement à l’auteur de L’Aigle à deux têtes, sur aucun référent culturel. Tout a commencé dans les années soixante-dix en donnant le coup d’envoi du rejet de la bourgeoisie : à l’uniforme costume-cravate s’est substitué celui du jean’s et du t-shirt.

 

Lire aussi : A voir, à fuir, c’est la semaine littéraire de L’incorrect

 

Suivant la marque de fabrique de certaines vedettes de variétés comme Gainsbourg, le débraillé, le pas coiffé, le mal rasé appuyé par l’ivrognerie, la facilité se substituant à l’exigence devenaient un luxe accessible au plus grand nombre. Il ne fallait pas pousser bien loin pour que ce nouveau code n’explose, même si le jean’s reste un ancrage profond synonyme de liberté ; il se vend désormais lacéré ou déchiré et se porte avec un haut où les inscriptions fantaisistes se multiplient, tandis que les plus audacieux stigmatisent leur différence sur le corps lui-même : les oreilles ou les narines s’ornent d’anneaux ou de piercings, les bras, le dos ou les jambes se décorent de tatouages ethniques sans rapport avec la culture d’origine.

La fantaisie se pare ainsi du mensonge d’une vie racontée par l’inscription et d’une vie inventée par l’usure où, étrange paradoxe, le factice de l’attitude rejoint l’attrait de la nature par le goût du bio, de l’eau minérale au fond du sac et du vêtement de sport en toutes circonstances. Ce décalage est d’autant plus marqué que la jeunesse, fervente consommatrice de technologie où la mode se fait davantage sur Instagram que dans les magazines, devient à son tour le moteur d’une économie basée sur le modèle qu’elle rejetait quelques décennies auparavant, passant du « make love not war » au T shirt imprimé camouflage et au treillis de surplus.

 

La fantaisie se pare ainsi du mensonge d’une vie racontée par l’inscription et d’une vie inventée par l’usure où, étrange paradoxe, le factice de l’attitude rejoint l’attrait de la nature par le goût du bio, de l’eau minérale au fond du sac et du vêtement de sport en toutes circonstances.

 

Par ailleurs, selon un schéma bien connu, le comble est atteint par l’adoption d’un comportement contestataire basé sur les contraires: dénonçant l’apparat bourgeois que l’on qualifiait alors de « collet monté », la casquette se porte désormais visière sur la nuque, la chemise de ville, col ouvert bien entendu, s’extirpe hors du pantalon porté obligatoirement taille basse et tombant sur les hanches, laissant apercevoir le sous-vêtement jusqu’alors caché, le soulier se passe de lacets, le court se porte sur du long, la veste « rase-pet » dévoile le bas du dos et le gris remplace la couleur; mais tout cet ensemble de signes inversés, nouvel ordonnancement du bobo se distinguant de l’éternel jogging à capuche des banlieues, est marqué du logo de couturiers ou d’enseignes à la mode, en une manière nonchalante de montrer son niveau social, la Visa black s’accommodant parfaitement aux parkas élimées.

Cette nouvelle forme de démonstration passive, cherchant à prouver par tous les moyens la bonne disposition du porteur à une société qu’il qualifie pourtant de malade, démontre surtout un rejet du corps entretenu malgré tout dans les salles de sport: un paradoxe général, inquiétant, un flou peu artistique qui n’a de style que le nom.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest