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Dans sa Lettre aux femmes voilées et à ceux qui les soutiennent, Jeannette Bougrab, ancienne présidente de la Halde et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, effectue un tour du monde effrayant des persécutions infligées aux femmes musulmanes qui ne veulent pas porter le voile. L’indifférence de la France la stupéfie.
Vous avez passé trois ans en Finlande, pays de culture luthérienne où il serait en quelque sorte inconvenant de s’interroger sur la signification du port du voile islamique. En France, au moins, on peut en parler.
Ce n’est pas parce que j’ai écrit un livre pour dénoncer ce que signifie le port du voile et comment il est imposé, sous peine d’incarcération, de tortures voire de mort dans certains pays, à travers des exemples concrets, qu’on peut en parler. Certes, en Finlande, les choses sont plus posées, mais, en France, il est impossible de débattre sereinement de ce sujet.
Lorsque j’énonce de simples faits – par exemple que des femmes sont jetées dans des geôles et torturées parce qu’elles ont arraché leur voile en public – je suis violemment attaquée. Quand je dis que des femmes sont assassinées parce qu’elles ont simplement réclamé leur émancipation, les gens ne m’écoutent pas. Alors même que toute la France, le pays des droits de l’homme, le pays des Lumières, le pays de Voltaire, devrait être au côté de ces femmes-là, on ne l’est pas.
[ #CULTURE ?? ] @WillFranken
"Notre culture occidentale tremble devant la propagande trans, les lubies victimaires et les dogmes de l’islam. Cela suscite des performances médiocres. La peur est un puissant agent du conformisme." #lincorrect ??https://t.co/wX3dWUUSHy
— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 4, 2019
Comment l’expliquez-vous ?
À vrai dire, je ne m’explique pas cette faillite du modèle français. Je suis très surprise de voir que des jeunes femmes françaises sont « pro-voile », alors qu’en Iran, des femmes qui n’ont pas grandi dans un État de droit, qui n’ont pas grandi avec ces valeurs de liberté, qui n’ont pas baigné dedans depuis leur plus tendre enfance, se révoltent contre le sort qui leur est fait. C’est une sorte de servitude volontaire que je n’arrive pas à comprendre.
Peut-être estiment-elles que le port du voile relève de la liberté des femmes : elles choisissent de le porter ou pas ?
Que des femmes le mettent volontairement, je n’en doute pas. Ce que je dis, c’est que c’est un acte qui relève de pratiques contraires aux valeurs républicaines d’égalité et de liberté. Le voile est devenu une sorte de certificat d’islamité : porter le voile, ce serait être une bonne musulmane. Le voile serait un signe de foi, alors que c’est d’abord un acte politique. Or, tandis que les intellectuels français se taisent, les mots les plus forts dénonçant la condition de la femme sous la férule islamiste viennent d’Égyptiennes ou d’écrivains comme Kamel Daoud qui vivent en terre d’islam. Si j’ai écrit ce livre, c’est aussi pour me faire leur porte-voix, et pour relayer la parole de ceux qui se sont exilés aux États-Unis ou au Royaume-Uni, et qu’on ne trouve décidément pas en France.
#ISLAM ?? Wilson Chowdhry : "Les enseignants non-musulmans étaient harcelés jusqu’à leur démission, on mettait les élèves chrétiens en fond de classe !"
Un témoignage glaçant sur ces zones islamistes au coeur de nos capitales européennes ???????https://t.co/6ro15udAhM
— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 28, 2019
Vous rappelez la responsabilité écrasante de la France – et l’aveuglement de ses intellectuels – avec les 122 jours que l’ayatollah Khomeiny a pu passer en France pour y préparer la révolution islamique de 1979, revenant d’ailleurs à Téhéran dans un avion affrété par l’Élysée !
Mais ça continue ! Hier, c’était Khomeiny ; aujourd’hui, c’est Ben Salman. On déroule le tapis rouge au jeune prince saoudien, en le présentant comme un réformateur, alors qu’il n’est que l’incarnation du wahhabisme le plus rétrograde qui soit. Savez-vous que le jour où les femmes ont eu le droit de conduire en Arabie saoudite, il a fait arrêter de nombreux militants des droits des femmes, qui ont été torturés, et qui, pour certains, croupissent toujours en prison ?
Depuis des décennies, les intellectuels de gauche français, à de rares exceptions, se sont toujours fourvoyés avec les pires criminels. Ils ont soutenu le stalinisme, ils ont soutenu les Khmers rouges, ils ont soutenu le FLN – alors qu’il comportait déjà une dimension religieuse, pour le moins forte, puisque ceux qui se risquaient à boire ou à fumer durant le ramadan avaient le nez coupé – ils défendent maintenant les islamistes ou, du moins, leur trouvent des excuses et minimisent les abominations qu’ils commettent. La différence entre hier et aujourd’hui est que nous vivons dans un monde globalisé où l’information circule : l’excuse du « je ne savais pas » ne tient plus ; on sait.
Sous l’influence d’un certain nombre de prêcheurs formés par le wahhabisme ou issus des Frères musulmans s’est propagée une réinterprétation de l’islam, qui veut s’imposer partout et à toutes : des femmes sont maintenant agressées en Algérie parce qu’elles sortent sans voile ! (Jeannette Bougrab)
Et non seulement on sait, mais ça se passe maintenant près de chez nous, comme quand le cinéaste Theo Van Gogh a été assassiné en 2004, à Amsterdam, parce qu’il avait réalisé un film de douze minutes, Soumission, dont quatre minutes étaient consacrées à la dénonciation du hijab obligatoire, ou carrément chez nous, comme Sohane Benziane, cette jeune fille de 17 ans retrouvée morte, brûlée vive, dans un local à poubelles de Vitry-sur-Seine en 2002. On a déjà oublié tout cela ? La France a décidément une capacité d’amnésie effrayante…
Vous citez Amin Zaoui, éditorialiste à Liberté Algérie, qui écrit que sa génération, celle des années 1980, « n’a jamais eu le moindre doute en l’islam de nos grands-mères ». Vous faites donc une différence nette entre l’islam et l’islamisme ?
Oui, bien sûr. L’interprétation qui est faite aujourd’hui du Coran est une forme radicale. Salman Rushdie, qui est issu d’une famille musulmane conservatrice, l’a dit lui-même : sa grand-mère n’aurait jamais accepté que sa fille porte le voile. La mienne non plus ! Elle était très pieuse et portait un fichu à la maison pour faire la cuisine, mais elle ne mettait jamais ce que j’appelle « ce maudit chiffon » quand elle sortait. Sous l’influence d’un certain nombre de prêcheurs formés par le wahhabisme ou issus des Frères musulmans s’est propagée une réinterprétation de l’islam, qui veut s’imposer partout et à toutes : des femmes sont maintenant agressées en Algérie parce qu’elles sortent sans voile !
Asia Bibi : retrouvez la chronologie de sa captivité, dans ce papier de notre dossier spécial #islam ?????https://t.co/UQ8P1aWVsq
— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 29, 2019
« L’obscurantisme avance à visage découvert », comme l’a titré récemment El Watan dont je ne suis pas sûre qu’il aurait pu être publié dans un journal français, de la même manière que je ne vois quel journal français accepterait de publier les dessins de Dilem, le caricaturiste de Liberté Algérie, tant ils seraient à coup sûr poursuivis devant les tribunaux, sans parler des risques de « représailles ».
Vous distinguez islam et islamisme mais vous ne cachez pas que, dans l’islam, la femme est, par nature, inférieure à l’homme…
Dans l’islam en effet, la femme vaut la moitié d’un homme. Pour éviter tout malentendu, je suis pour ma part athée et laïque, et je considère que la femme est un homme comme les autres ! Cela étant, je n’ai pas la prétention de dire qu’il faut réformer un texte religieux datant du VIIe siècle après Jésus-Christ. C’est une forme d’utopie qui n’est pas la mienne.
Il est nécessaire de s’extraire des principes islamistes qui exigent une société inégalitaire où la femme est inférieure à l’homme, et où la liberté de conscience n’existe pas puisque l’apostasie est condamnée. (Jeannette Bougrab)
Ma préoccupation est celle de la sécularisation. La Tunisie, par exemple, vient de faire un grand pas en adoptant le principe d’égalité en matière successorale. C’est un modèle, sur ce plan, en cela qu’il s’oppose aux principes islamistes et procède d’une volonté de sécularisation de la société. Il est nécessaire de s’extraire des principes islamistes qui exigent une société inégalitaire où la femme est inférieure à l’homme, et où la liberté de conscience n’existe pas puisque l’apostasie est condamnée.
On vous sent partagée entre révolte et désespoir…
Je suis révoltée. C’est pour cela que je cite Albert Camus, pour lequel j’ai une grande admiration, mais je me sens en réalité très seule. Je suis pessimiste et admettez que j’ai quelques raisons de l’être quand je vois que depuis les premières affaires de voile à Creil, dans l’Oise, il y a trente ans, la situation n’a fait que se dégrader. À l’époque, la polémique avait porté sur le port du hijab, le foulard islamique ; maintenant, c’est le port du voile intégral qui se propage et ce sont ceux qui, comme moi, ont le front de s’en indigner qui sont mis en accusation…
LETTRE AUX FEMMES VOILÉES ET À CEUX QUI LES SOUTIENNENT
Jeannette Bougrab
Éd. du Cerf
190 p. – 18 €.
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