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[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1550053247048{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]Le bon usage de l’eau de toilette est un art qui relève davantage de la retenue que de la démesure : comme une dose excessive de sel corromprait le plus subtil des mets, savoir se parfumer devra se compter en gouttes parcimonieuses plutôt qu’en flots débordants.
Nous avons tous vécu cela : une sortie de bureau dans un métro bondé, collés à un voyageur qui nous aura gratifiés d’une eau de toilette tenace et dégradée par sa propre sueur, ou encore un collègue qui vous aura fait don de sa trace olfactive rien qu’en vous serrant la main, tel un virus informatique envahissant et ravageur, et qu’aucun savon ne saura effacer avant au moins deux heures.
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Si le parfum était jadis un élément de toilette destiné à flatter ou masquer les odeurs naturelles d’un coup de chapeau lors d’une révérence, cette conception utilitaire et romantique n’est plus qu’un souvenir : il s’agit désormais de marquer un territoire de manière animale en se servant d’une fragrance comme d’un élément de séduction.
Ce langage olfactif, s’il est muet, en dit pourtant long : selon la cherté et l’image du produit, le porteur en affirme son niveau de vie, sa domination sur les concurrents éventuels et le leurre d’une fausse individualité, la quantité palliant souvent la qualité en un choix relevant davantage de l’idée qu’il se fait de lui-même plutôt de ce qui convient à sa peau.
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De plus, pour contrecarrer l’image de fugacité que renferme une fragrance équilibrée, il faudra désormais qu’elle dure au-delà de son spectre naturel, comme pour affirmer la persistance d’un pouvoir que l’on voudrait sans fin.
Suivant servilement les publicités au schéma primaire d’une femme tombant dans les bras d’un homme parfumé, jeune, beau et riche, les neurones miroirs de notre prédateur moderne feront la substitution factice d’une personnalité privilégiant l’apparence au détriment de la richesse de l’intellect.
#LigueduLOL : "Le problème n’était pas la « masculinité toxique », mais l’entre-soi d’une petite caste privilégiée et prétentieuse dont seuls les acteurs seront changés demain, et certainement pas le mode de fonctionnement."
Par @gabirobfrance ??https://t.co/7c2ITZfRYH
— L'Incorrect (@MagLincorrect) February 11, 2019
De plus, pour montrer son adaptation à une société dont il se croit un rouage essentiel, il choisira des jus aux inspirations citadines comme le bitume, le caoutchouc et le chimique se démarquant du floral, trop bucolique à son goût; ou au contraire, s’il se dit rebelle selon un terme très prisé de la bobosphère, sa préférence ira vers des odeurs synthétiques de terre, d’encens ou de nature sauvage, les deux acceptions renvoyant à l’image d’une virilité exacerbée qu’il affichera sans complexe.
Certains grands parfumeurs ont compris les limites de ce message qui commence déjà à dater, et proposent désormais des eaux sur mesure telles qu’on les concevait jadis chez les gantiers ; cependant l’art de se parfumer avec goût est une discipline à redécouvrir si tant est que l’on désire renouer avec la tradition tout en restituant la justesse et l’équilibre de sa personnalité.

La goutte d’eau qui fait déborder la vase
La fugacité d’une eau est un élément qui se rapporte à la vie elle-même : de la note de tête, première sensation dès l’ouverture du flacon, l’on retiendra la fraîcheur et la jeunesse ; la note de cœur, qui révèle les composantes essentielles de la préparation, s’accordera à l’âge adulte, tandis que la note de fond qui accompagnera la peau sera comme l’expérience d’un homme mûr qui rassemble ses souvenirs avant de disparaître, selon l’ordre naturel des choses.
S’accorder à cette vision symbolique est déjà se mettre en phase avec le monde : trouver sa place au sein d’un groupe social, jouer de son influence par le vrai et non par l’artifice, et privilégier la discrétion sans jamais qu’elle s’assimile à de la faiblesse.
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C’est dans ce but que l’homme laissera la préséance au beau sexe, la féminité qui, par essence, est le moteur de la séduction : il se contentera alors d’une simple eau de Cologne imprégnant son vêtement ou son mouchoir, s’il n’a pas fait le choix de mettre deux gouttes du parfum de son épouse au creux de sa pochette pour penser à elle tout le jour durant.
Car le parfum est, comme le sexe, le sentiment et le bonheur, une histoire intime qui ne souffre pas la démonstration, le point de départ d’un comportement social en marge du courant actuel qui exacerbe l’individualité dans ce qu’elle a de plus dérisoire.
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