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Arte propose une série italienne autour d’un miracle qui en confirme un autre : comment l’Italie ressuscite en tant que grand pays du cinéma. Alléluia !
« Ceux qui obéissent à la chair pensent aux choses de la chair. Ceux qui pensent à l’esprit pensent aux choses de l’esprit. Mais la chair c’est la mort tandis que l’esprit c’est la vie et la paix ». C’est sur une phrase de l’Épître aux Romains prononcée par le prêtre dépressif Marcello que s’achève le premier épisode d’Il Miracolo, prodigieuse série italienne créée par le romancier Niccolo Ammaniti, traitant des miracles à l’époque contemporaine et que diffuse actuellement Arte (disponible sur le site de la chaîne).
Cela fait déjà quelques années que l’Italie donne des signes de vitalité au cinéma et à la télévision. Rome sert souvent de cadre à ces méditations filmiques, que ce soit dans le chef d’œuvre de Sorrentino La Grande Belleza, dans le désormais culte Romanzo Criminale, dans Baby qui traitait de la prostitution occasionnelle de certaines jeunes filles de la bonne société ou bien encore dans Suburra qui narrait les affrontements entre les clans mafieux du Latium et les gitans. Il Miracolo fait aussi la part belle à la Ville, filmée sous tous les angles, montrée de jour et de nuit dans ses recoins les plus sordides et ses appartements bourgeois. On y suit l’un des personnages principaux, le Premier ministre italien Fabrizio Pietromarchi, admirablement interprété par l’acteur Guido Caprino.
DU PLASTIQUE ET DU SANG
Athée et confronté à une crise politique qui pourrait conduire l’Italie à quitter l’Union européenne, Pietromarchi voit ses certitudes s’effondrer après la découverte d’une madone calabraise pleurant des litres de sang humain. Autrefois propriété d’un chef mafieux, la madone n’a rien de bien extraordinaire à première vue. De plastique et de taille moyenne, elle est pourtant un défi lancé à la science, une contradiction miraculeuse à la première loi de la physique énoncée par Anaxagore : « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau ». Comment est-il possible qu’une statuette aussi banale puisse pleurer du sang ? Et, surtout, puisqu’il est acquis que le miracle se produit, que signifie-t-il ?
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Les huit épisodes d’Il Miracolo tentent d’y répondre, nous laissant cheminer au plus près de ses personnages, tous très différents. Les femmes y sont particulièrement touchantes, notamment l’épouse de Pietromarchi – jouée par la sublimissime Elena Lietti – en épouse au foyer volage et en mal de passion. Plus rationaliste encore que son mari, elle ne veut pas changer de monde. Elle est le pôle opposé au prêtre Marcello qui, en crise de foi, s’abandonne pleinement à la madone, figure rédemptrice et émancipatrice pour ce joueur compulsif érotomane et gravement malade qui n’avait sans doute pas la vocation. L’interprétation du père Marcello a d’ailleurs valu à Tommasso Ragno un prix d’interprétation masculine mérité au festival Séries Mania 2018 ;
Réalisation et bande originale sont à l’avenant, rivalisant avec le meilleur cinéma actuel. Les Tindersticks, groupe fétiche de la réalisatrice Claire Denis, offrent un écrin idéal à cette œuvre contemplative mais paradoxalement rythmée, à la narration fluide et enlevée. Regardez-la vite avant qu’elle ne disparaisse, ce « miracle » est un joyau.
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