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En juillet, nous fêterons le cinquantième anniversaire du festival de Woodstock et nous nous trouverons submergés par les images d’Épinal. On omettra sans doute d’évoquer le village de Woodstock où se situait précisément l’œil du cyclone, et que fréquenta Jean-Yves Labat de Rossi, « Mr Frog », le seul musicien français de cette histoire.
Nous l’avons rencontré pour remettre les pendules à l’heure, et parce que L’Incorrect répond à toutes vos questions.
OUI. Il représentera une évolution artistique, technologique et esthétique majeure
« Outre le festival organisé par Michael Lang, l’influence de Bearsville Records à Woodstock a duré près de trois décennies », nous confie M. Frog. Ce complexe dirigé par Albert Grossman (patron du label et manager de Bob Dylan et de Janis Joplin) fut le berceau de « l’un des meilleurs studios des États-Unis et la source d’un véritable foyer de création artistique et technologique ».
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En effet, avant l’arrivée « d’Uncle Albert », le village de Woodstock était surtout le paradis des folkeux en tout genre, mais Bearsville contribua à l’évolution de la scène rock avec The Band (les musiciens de Dylan) puis Utopia, le groupe de Todd Rundgren, dont M. Frog était le synthé.
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— L'Incorrect (@MagLincorrect) March 2, 2019
« Utopia a vraiment été le premier groupe avec une interface synthé intégrale, qui a été mise au point dans le studio A de Bearsville ». Woodstock fut donc bien un laboratoire qui a donné naissance à de nombreuses évolutions technologiques et esthétiques, lesquelles ont fait sortir le rock de ses origines premières. Bien des musiciens doivent beaucoup à ces pionniers de l’électro-acoustique.
NON. On s’y ennuyait à en mourir
« On vivait retirés du monde et centrés sur nous-mêmes. On revenait épuisés des tournées. On s’ennuyait quand même beaucoup à Woodstock… d’où la consommation de quantités hallucinantes de drogues et d’alcool ».
Le nombre des victimes de ce « Woodstock way of life » est effarant: « De cette époque les survivants se comptent sur les doigts de la main. »
OUI. Toute l’aristocratie rock y a séjourné
« Les Rolling Stones y sont venus préparer une tournée. Billy Mundi (le batteur des Mothers of Invention) et Mick Ronson (le guitariste de David Bowie) y vivaient, ainsi que The Band, Paul Butterfield (une légende du blues de Chicago), Gary Windo (saxophoniste de Robert Wyatt et de Dave Masson du Pink Floyd).
https://www.youtube.com/watch?v=TKAwPA14Ni4
On y comptait aussi John Holbrook (l’un des meilleurs ingénieurs du son de sa génération), le Full Tilt Boogie band (le groupe de Janis Joplin), Dylan et John Sebastian (le leader de Lovin’ Spoonful) y possédaient également une maison. J’ajouterai les nombreux séjours des Isley Brothers pour le Rythm’n’blues et de Joe Cocker et son batteur B. J Wilson (Procol Harum).
Todd Rundgren y avait monté son propre studio ainsi que Levon Helm (le batteur de The Band). Avant que ce soit la norme, la majorité des musiciens y jouissaient déjà de leurs propres home-studios ». Régulièrement, dans les clubs de L’expresso Café au Joyous Lake jouaient des groupes de tous styles.
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« Dans cet espace réduit, on rencontrait des pointures du music business tels que Jonahan Vegoda l’avocat et manager de Stevie Wonder, qui possédait aussi une maison à Woodstock, ainsi que Michael Lang bien sûr (l’organisateur du célèbre festival de Woodstock). »
NON. Ce n’était pas « peace, love and happiness »
« Au contraire. La compétition était vive entre les musiciens et les différents groupes. Pour le reste, c’était « business as usual »: Albert possédait un empire constitué de deux studios, le très select Bear restaurant, le Bear café ainsi qu’un théâtre, le Bearsville Theater où, entre autres, s’est produit Paul Newman ».
Uncle Albert avait le sens des affaires: « Tous ses artistes avaient une ardoise au Bear, garantie par leurs royalties bien entendu… » Pas d’utopie communautaire : « Tout était très hiérarchisé entre les super stars, les stars et leur entourage, les musiciens du prog rock étant assez condescendants envers les groupes de country et les autres.
Pas d’utopie communautaire : « Tout était très hiérarchisé entre les super stars, les stars et leur entourage, les musiciens du prog rock étant assez condescendants envers les groupes de country et les autres.
Il y avait encore quelques hippies qui traînaient autour de la place du village. Mais il était plutôt question de savoir à qui appartenait le dernier bolide ». Les accidents étaient nombreux et « tout ce beau monde passait régulièrement au tribunal pour conduite en état d’ivresse. »
MR Frog alias JEAN-YVES LABAT DE ROSSI
Après une éducation de petit séminariste, Jean-Yves Labat de Rossi, en bon « baby-boomer » se plonge dans le rock, passe par le « swinging London » puis invente la pop électronique sous le nom de « Mr Frog ».

Après une période aussi créative qu’excessive qui le fera passer par les geôles d’Idi Amin Dada, notre froggy n’a pourtant jamais perdu la foi. Depuis, avec sa compagne Anne Dieumegard, il dirige l’excellent label discographique Ad Vitam Records, dont les débuts ont été marqués par l’enregistrement du disque « D’une seule voix », réunissant des musiciens juifs, chrétiens et musulmans, qui leur ont valu tous les honneurs, et même de rencontrer le pape Jean-Paul II. www.advitam-records.com
Jean-Emmanuel Deluxe
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