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Le juste prix

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Publié le

19 mars 2019

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Depuis l’adoption de la loi Égalim sur l’alimentation en France, qui cherche à garantir un juste prix pour les producteurs, la grande distribution française est pointée du doigt. Est-elle la seule responsable de la ruine de nos agriculteurs ?

 

Portée par le député En Marche Jean-Baptiste Moreau, agriculteur creusois et ancien président de coopérative, la loi Égalim (adoptée en octobre 2018 après 5 500 amendements!) se veut garante du bon traitement des agriculteurs en France.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Fragments de France

 

Elle énonce ainsi un contrôle des prix, prenant en compte les coûts réels des producteurs, ces derniers étant très souvent rognés par les principales enseignes de la grande distribution. Leclerc, Carrefour, Intermarché se partagent plus de 55 % de l’activité d’un secteur qui rapporte 177 milliards d’euros (2016), et dont la portion congrue revient aux producteurs.

 

Le fameux « prix juste » (juste pour qui?) matraqué auprès des consommateurs est le cheval de bataille de nos grands distributeurs, pour lesquels il est bien plus facile de faire baisser les prix à quelques malingres producteurs français, qu’à de grands groupes comme Coca-Cola ou Nestlé…

 

Comment peser face à eux dans les négociations? Les agriculteurs sont réduits à une variable d’ajustement. Résultat: aujourd’hui un tiers d’entre eux gagnent à peine 350 euros par mois! Pour rentrer dans leurs frais, les agriculteurs sont ainsi encouragés à faire « du volume »… Mais s’ils le voulaient, la taille des surfaces agricoles serait rapidement problématique : nos 450000 exploitants français travaillent en moyenne sur 60 hectares (Agreste 2017).

On est très loin des exploitations ukrainiennes, qui font des dizaines de milliers d’hectares, devant qui même nos prospères céréaliers de la Beauce font figure de nains.

 

La folie des grandeurs

 

La trajectoire rationnelle – si l’on poursuivait les grandes lignes des politiques productivistes et technocratiques d’après-guerre – enjoindrait ainsi à l’État et aux acteurs du milieu agricole de poursuivre une politique de remembrement (facilité par les départs massifs à la retraite de nos paysans), la productivité industrielle et la spécialisation de quelques petits acteurs sur des produits de qualité voués à l’export.

 

Lire aussi : Le jour du saigneur

 

Et c’est précisément ce que la loi Égalim veut éviter. En effet, « un choix de société », aux lourdes conséquences, doit être fait aujourd’hui. Soit nous voulons des « fermes aux mille vaches » et de gigantesques exploitations surveillées par des drones et exploitées par des machines, qui transformeront durablement les paysages français et la sociologie du monde rural, soit nous choisissons de garantir à nos nombreux exploitants une vie décente et une juste rétribution.

La loi Égalim est censée favoriser la seconde solution. Mais côté achats, les consommateurs demeurent contradictoires: ils prétendent vouloir consommer moins de produits transformés (et donc cuisiner eux-mêmes) et plus de denrées locales de bonne qualité, mais privilégient d’abord le « meilleur » prix, sans être très regardant sur la provenance ou la saisonnalité…

 

 

Le fameux « prix juste » (juste pour qui?) matraqué auprès des consommateurs est le cheval de bataille de nos grands distributeurs, pour lesquels il est bien plus facile de faire baisser les prix à quelques malingres producteurs français, qu’à de grands groupes comme Coca-Cola ou Nestlé…

Cette aporie se traduit par l’appauvrissement de nos agriculteurs, la banqueroute de nombreux exploitants et leur disparition dans une ou deux décennies. Aussi, la loi Egalim est-elle d’abord un signal salvateur et une solution d’urgence.

 

Lire aussi : Paysans du futur

 

Mais elle ne suffit pas à dénoncer toute la malignité des intermédiaires de la restauration et de la distribution, qui captent toute la valeur ajoutée de la chaîne en échange de produits insipides et mauvais pour la santé.

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