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Premier recueil splendide de Marion Richard, qui avait jusqu’ici publié au sein des revues Arpa et Nunc : elle livre avec Désirer danser un ensemble abouti, composé de vers amples au rythme d’océan, ensemble ramassé en cinq parties mais ici comme une tragédie conjurée par le chant.
Car la poétique de Marion Richard s’inscrit évidemment dans l’ici et maintenant, à savoir une époque au matérialisme exclusif qu’elle domine par les pouvoirs alchimiques de sa musique. « J’écris puisque ne puis / danser », avoue-t-elle, tellement prise par la colère qu’il faut bien en faire quelque chose. « Et je souffle à vos bouches mortes mes chansons de mage (Sous les lèvres éteintes vos ossements frémissent) / Et j’y verse le vin doré de mes voyages / Vous êtes si nombreux / Vos genoux sont brisés / Vous avez trop marché dans vos chemins boueux, / jonchés de ces oiseaux que la tempête écorche / – et les ciels verts d’orage ». Comment danser, lorsque les ruines imposées par un système indécent, commandent à la conscience retenue et la pudeur ? Écrire alors, et peut-être les mots se mueront-ils en danse ?
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C’est le prodige de ce livre que d’y être parvenu : avoir ingéré la violence extérieure pour un chant du dedans. La nuit, les sources, les lisières, les clairières, les loups, le corbeau, le félin : une poétique grandeur nature. « Il grondait un bruit long comme un gémissement / et ce n’étaient ni les monstres / ni les bêtes / C’était / la terre ravalant son feu jusqu’en son cœur. » Marion Richard nous offre un poème compagnon par temps d’adversité. Elle en a conscience : « Plus ancien que le premier arbre, / mon chant ! / Et plus vivant que les fontaines et les aubes / que le battement double des âmes choisies, / Plus nouveau, plus nouveau, / mon chant, / que la faim de tes yeux le long de mes seins nus. » Dansons le Verbe.
Gwen Garnier-Duguy
DÉSIRER DANSER Marion Richard Revue NUNC/Éditions de Corlevour 90 p. — 15 €
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