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L’enchevêtrement de ces deux activités faisant courir le risque d’un conflit d’intérêts, il lui faut ce soir choisir un pseudo. Un livre de Drieu la Rochelle emportera sa décision. Dandrieu donc. Un nom qui lui collera tellement à la peau qu’il finira par l’infuser, si bien qu’il songera à en faire son identité légale. La légende ne dit pas s’il ne l’a pas fait par paresse ou pour le plaisir de surprendre de vieux amis au contrôle d’un aéroport. Ou par goût du jeu. Ou par respect filial. Ou par disposition littéraire. De manière générale, il prend un plaisir malicieux à s’entourer d’un nuage de mystère.
Il est le dernier d’une famille baroque et fatigante, au diapason d’un père militaire foutraque, fondamentalement anticonformiste, vétéran entre autres des campagnes de Syrie, d’Allemagne, d’Algérie. Un homme aimant passionnément la vie militaire mais ayant un problème avec l’ordre, causé par un tropisme littéraire débordant. Les chemins tortueux d’une carrière peu favorisée par ce tempérament en pétard l’ont conduit jusqu’à la ville éternelle où Laurent naît en l’an de grâce mil neuf cent soixante-trois.
En sortant de cours, il va avec ses amis se procurer dans les librairies du Quartier les auteurs classés quelques instants plus tôt comme infréquentables par les chargés de conférence
Dandrieu qui ne l’est pas encore, ne tarde pas à vouloir rationaliser les convictions familiales contre-révolutionnaires, plus esthétiques qu’intellectuelles. Ses parents ont de toute façon quitté leurs pénates romains pour Versailles. De belles années pour Laurent à l’Institut d’Etudes Politiques à l’époque pas si lointaine où la liberté de penser était de mise. En sortant de cours, il va avec ses amis se procurer dans les librairies du Quartier les auteurs classés quelques instants plus tôt comme infréquentables par les chargés de conférence. Homme libre il chérit la mer, et demande à effectuer son service dans la Royale. Las : « J’avais une vue merdique, je sortais de Sciences-po et j’étais nul en maths. » Il échoue dans un état-major de la DGSE. Ses notes terminaient sur le bureau du Premier ministre et le travail était intéressant, mais l’environnement pas du plus romanesque.
Beaucoup plus romanesque a été le début des années 90, quand Laurent devint Dandrieu. Pendant cette traversée du désert pour ceux qui pensaient à droite, il contribue en tant que chef culture à la revue Réaction, trimestriel monarchiste costaud de quatre-vingt dix-huit pages qui dure quatorze numéros, de 90 à 94. « Personne dans l’équipe n’y a gagné un franc mais beaucoup des membres de l’équipe ont été appelés à de beaux destins dans la presse, l’université et l’édition », dit-il en commandant un verre de blanc. C’est à ce moment qu’il commence à piger à droite et à gauche, mais à droite. Dans L’Idiot international, mais surtout au Spectacle du monde sous la direction de Michel De Jaeghere. Désormais connu du groupe Valmonde, il rejoint le port d’attache de Valeurs actuelles en 1999.
Une fois dans la place, aux manettes des pages cultures il ventile, disperse et panthéonise au gré de sa sacrée plume.
Une fois dans la place, aux manettes des pages cultures il ventile, disperse et panthéonise au gré de sa sacrée plume. Pour se détendre il écrit Woody Allen, portrait d’un antimoderne; pour détendre les autres il pond un Dictionnaire passionné du cinéma ; et pour ne détendre personne, Église et immigration : le grand malaise. Liste non exhaustive. Il prend un soin méticuleux à écrire le moindre papier comme on écrit un roman. Que fait-on le soir quand regarder des films et lire des bouquins est son travail ? « J’ai une passion, c’est l’amitié. Je sors beaucoup. Et j’écoute de la musique, un des rares domaines culturels que je n’ai pas exploités professionnellement. » De la pop et de la musique baroque.
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Dans le milieu de la presse de droite, tout le monde connaît son nom. Mais tout le monde ne le connaît pas personnellement. C’est peut-être pour cette raison qu’il traîne une réputation de bougon invétéré. Geoffroy Lejeune est son patron à Valeurs : il a connu Laurent Dandrieu pendant un stage avant de gravir tous les échelons : « Laurent est un agréable compagnon. Il a un humour très anglais. Pour notre rédaction très jeune, il est comme un grand frère. Tout le monde sollicite son jugement très sûr pour qu’il relise des papiers. Il est toujours disponible pour aider. » Une gentillesse que sa rédaction lui rend bien. Humour anglais, mais pas que : il rit volontiers aux dialogues d’Audiard et aux dessins de Gottlieb. Quand à sa disponibilité, il n’en est jamais avare car il donne régulièrement conférences, formations et débats.
Sa personnalité n’a qu’un défaut mais d’ordre totalitaire : le goût de l’absolu. « Le problème quand on l’a, c’est qu’on est condamné à l’insatisfaction », dit-il cette fois en commandant un second verre de blanc. On peut rayonner d’espérance mais être le seul à ne pas le savoir.
Louis Lecomte
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