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Ed Sheeran est un artiste qu’il devrait être impossible de détester : sa dégaine de gentil nounours rouquin, son côté inoffensif, son absence totale de vulgarité bling-bling… tout chez lui porte à inspirer la confiance. Il habite toujours dans sa région de naissance, le Yorkshire, dans une propriété sur laquelle il a fait construire un pub, il a épousé son amour de lycée, Cherry Seaborn, s’investit dans la vie associative locale, donne aux œuvres de charité et passe plus de temps à vélo que dans des voitures de sport de mauvais goût. Alors que peut-on reprocher à Ed Sheeran ? Sa musique, tout simplement.
Car sous son allure adorable qui en fait le copain de bistro parfait, Ed Sheeran participe, de même que n’importe quel rappeur en jogging, au nivellement par le bas de la culture contemporaine populaire. Sa pop de stade fadasse est calibrée pour plaire aux jeunes filles incultes (sa présence sur les bandes-originales de Bridget Jones ou de Twilight n’est pas due au hasard), et la liste de ses amis et collaborateurs de la pop est sans équivoque : Justin Bieber, Taylor Swift, Khalid, Camila Cabello, Cardi B, 50 Cent, Bruno Mars… L’antithèse même de ce que représente le musicien joufflu.
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UN SIMPLE ZICOS DE PUB
Certes, il semble lui-même abasourdi par son phénoménal succès (il a engrangé en 2017 plus de 75 000 livres sterling par jour), avoue qu’il le comprend mal et qu’il ne se considère pas comme talentueux, mais tout ceci pose une question plus large : comment un sympathique bonhomme dénué de charisme et à la musique aussi simpliste que peu agréable à l’oreille a-t-il pu réussir à devenir l’une des plus grosses stars de la musique contemporaine (l’autre étant sa meilleure amie Taylor Swift) ? Le monde en a-t-il à ce point marre des grands créateurs démiurgiques qu’il se rabat sur le premier musicien de pub venu ? Lors du Montreux Jazz Festival de 2014, il avait rempli la salle intermédiaire du festival, le Lab, précédé d’un autre musicien du même genre, Passenger, qui avait la lourde tâche d’ouvrir pour celui qui allait faire la tournée des stades quelques années plus tard. Les deux avaient la même configuration de scène : seul avec une guitare sèche et des pédales. Ed Sheeran ne tenait pas la comparaison.
Le symptôme d’une époque qui a tellement fait pour effacer ses héros et toute idée de grandeur au nom de la sacrosainte égalité qu’elle se retrouve à aduler Monsieur Tout-leMonde. Certains y verront un fabuleux progrès, un « grand bond en avant » dans l’abîme niveleur. D’autres, qui tiennent peut-être ce magazine entre les mains, hausseront les épaules avec un soupir abattu, et repenseront à Lord Byron, à Henri de la Rochejaquelein, Wagner, ou Iggy Pop, et se diront que notre époque, décidément, ne mérite plus aucun héros.
WE CAN’T BE HEROES ANYMORE
S’il ne s’agit pas ici de descendre Ed Sheeran, qui n’est somme toute qu’un gars honnête (et sûrement très bien entouré, au vu de ses juteux placements et de ses partenariats lucratifs), il convient de le voir tel qu’il est : un symptôme. Le symptôme d’une époque qui a tellement fait pour effacer ses héros et toute idée de grandeur au nom de la sacrosainte égalité qu’elle se retrouve à aduler Monsieur Tout-leMonde. Certains y verront un fabuleux progrès, un « grand bond en avant » dans l’abîme niveleur. D’autres, qui tiennent peut-être ce magazine entre les mains, hausseront les épaules avec un soupir abattu, et repenseront à Lord Byron, à Henri de la Rochejaquelein, Wagner, ou Iggy Pop, et se diront que notre époque, décidément, ne mérite plus aucun héros.
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