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Pierric Tenthorey En terrain mimé

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Publié le

21 octobre 2019

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A première vue, Paris en été est une grande ville bien vide. Mais l’absence des uns fait la présence des autres. Surgissent alors d’étranges personnages tout prêts à émerveiller. Cet été, Pierric Tenthorey fut indiscutablement de ceux-là. De juin à août, il a joué son Homme encadré sur fond blanc sur la scène du Tristan Bernard.

 

 

L’argument de sa pièce, qui fête cette année ses dix ans, est le suivant : un homme, en costume et chapeau mou – mi-Blues Brother, mi-Monsieur Hulot – « posé » sur le plateau à côté d’un cube blanc, découvre que des gens le regardent et qu’il est enfermé. Cherchant à s’évader, mille pièges se dressent contre lui, le faisant inlassablement échouer dans son entreprise. Toutes les dix minutes c’est à la situation initiale qu’il revient, faisant de ce personnage muet un prisonnier de l’espace et du temps.

Son histoire commence très tranquillement, comme toute histoire suisse. Il naît franco-helvète d’un père vétérinaire et d’une mère au foyer en 1981. Voilà, on en a fini avec le seul passage stable de sa biographie.

Si ce personnage de l’Homme encadré est muet, nous n’en dirons pas autant de son créateur qui se montre généreux en paroles et en anecdotes. C’est au bar du théâtre qu’il nous raconte ses pérégrinations artistiques le plus naturellement du monde.

 

Son histoire commence très tranquillement, comme toute histoire suisse. Il naît franco-helvète d’un père vétérinaire et d’une mère au foyer en 1981. Voilà, on en a fini avec le seul passage stable de sa biographie. Sa vie bascule (ou dégénère) lorsque vers six ou huit ans il attaque les cours de théâtre. Ayant épuisé le sujet au terme d’une période qu’on pourrait presque compter en mois, il s’essaye à la magie vers douze ou treize ans. Jusqu’au moment où il réalise que ces deux activités peuvent s’enrichir l’une l’autre.

 

Fort de cette base technique, il met du fromage dans la fondue en travaillant comme magicien-animateur d’anniversaires et de comités d’entreprise à treize-quatorze ans. Avec les cachets, il se paie des cours au seul cabaret de magie de Paris, Le double fond, sous la direction de Jean-Pierre Crispon. Ensuite ou en même temps, il est successivement, parfois conjointement (voire inversement) mime autodidacte, champion du monde de magie rapprochée toutes catégories (2015), comédien, peintre, romancier, metteur en scène, tragédien, humoriste radiophonique, cinéaste, claquettiste…

 

 

Lire aussi : Théâtre : S’en sortir

 

 

N’en jetez plus ! Avec une obsession : trouver dans toutes ces disciplines sa propre voie, ses propres « astuces », sa propre personnalité. Un itinéraire en zigzag qui n’a qu’une seule trame, l’autodidactisme érigé au rang d’art.

 

Il y a de quoi se méfier. Après tout, il n’est pas rare de voir des artistes reconnus dans un domaine convaincus d’exceller dans un autre. Combien d’écrivains pamphlétaires se croient peintres égaux du Gréco ? De patrons de bar qui se croient sociologues ? D’actrices qui s’entendent chanteuses ? Force est de constater que, pour ce que nous avons pu en voir, la fourmillante production de Pierric Tenthorey, bien qu’inégale, n’est jamais déshonorante et se révèle efficace. Au contraire ; la prodigalité de son œuvre globale rend plus indulgent pour chaque œuvre individuellement. Qui plus est, l’Helvète au visage adolescent a le bon goût de ne pas jouer l’esbroufe. Il fait, il essaie de faire bien, tant mieux si c’est bien, tant pis si ça l’est moins, on aura essayé.

 

Là où Pierric Tenthorey est le plus doué, c’est quand il se ne concentre pas sur un art, mais qu’il rassemble tous ses talents au service d’une même œuvre. C’est le principal atout de ses spectacles : l’assurance d’y retrouver une ambiance visuelle et sonore léchée, un propos artistique touchant et drôle, et une technicité impressionnante.

Parce qu’il utilise parfois des mots, mais qu’il peut tout autant de contenter de couleurs, de gestes ou de musique, Pierric Tenthorey pourrait être compris universellement, au-delà des langues et des cultures. Un peu comme un de ses maîtres Charlie Chaplin, dont Les Temps modernes n’ont pas besoin de traduction.

Le théâtre expérimental est souvent très clivant : d’aucuns y voient du génie, d’aucun du grotesque. Pierric Tenthorey arrive à rendre ce genre accessible au grand public par la poésie. D’autre part son travail, pour autonome qu’il est, n’est pas hors-sol. Il respecte, s’inspire, et met en scène des classiques : Shakespeare, Marivaux, Dvoràk, Molière, Beckett, Wilde, Tchekhov, Laurence Sterne, Strindberg, Sagan, Poulenc, Haydn, Martinù et bien d’autres.

 

Parce qu’il utilise parfois des mots, mais qu’il peut tout autant de contenter de couleurs, de gestes ou de musique, Pierric Tenthorey pourrait être compris universellement, au-delà des langues et des cultures. Un peu comme un de ses maîtres Charlie Chaplin, dont Les Temps modernes n’ont pas besoin de traduction. Parce qu’il s’adresse au coeur de son spectacle.

 

Nicolas Pinet

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