Parmi les traditions stupides importées des États-Unis, et qui déferlent sur la vieille Europe quand les jours raccourcissent, il n’y a pas qu’Halloween. Il y a aussi le « Secret Santa », cette initiative faussement bienveillante, qui pousse les collègues de bureau à offrir des gadgets merdiques à leurs semblables pour faire semblant de les apprécier. Et puis, surtout, il y a les pulls de Noël ! D’où vient cette idée qu’il faudrait faire des concours de pulls moches, fabriqués par des enfants chinois dans des conditions indignes, pour être sympa à l’approche de l’hiver ? 30 balles pour une merde en acrylique avec un caribou qui rigole, et puis quoi encore…
Les alternatives existent et sont nombreuses. Personne n’a attendu l’Amérique pour s’habiller quand il fait froid. En Islande, on porte des lopapeysa (« lopi », en abrégé), sortes d’armures thermiques tricotées, assez stylées, avec des motifs géométriques autour du buste et sur les manches. La version tradi est en laine naturelle, avec des dessins rouges, jaunes et verts, mais pas de danger qu’on vous prenne pour un rasta. Il faut peut-être mieux, en revanche, éviter les pulls norvégiens, réservés aux beautés scandinaves, qui les portent trop grands, les jambes seulement vêtues de chaussettes à motifs. Pour les courageux, il y a le pull fair isle sans manches, grand classique des lookbooks Ralph Lauren, mais pas évident quand on n’habite pas Dowton Abbey. Avec son look à l’ancienne, il sera parfait pour vous engueuler avec votre femme à propos de « cette serpillière de vieux schnock » si vous cherchez un motif de dispute avant la messe de minuit.
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Les gros cardigans à col châle qui pèsent plusieurs kilos sont également un classique (validé par Steve McQueen notamment), tout comme les cols roulés de sous-marinier britannique (en bleu marine ou blanc cassé) ou encore les pulls Aran et Guernesey, jadis portés par les marins pêcheurs. Au sujet de ces derniers, une légende glauque dit que leurs motifs torsadés étaient propres à chaque famille, pour permettre aux épouses qui avaient tricoté les pulls d’identifier leurs maris sur le rivage, malgré la décomposition. Admirable esprit pratique. Et puis il y a tout le reste, cardigans à lettre majuscule des universités américaines, cols ronds en shetland brossé (« shaggy sweaters ») avec leur nonchalance à la Kennedy, pulls de cricket à col en V…
En un mot, rien ne justifie le port du pull de Noël, sauf le conformisme d’entreprise. Aurait-on imaginé ça il y a encore quarante ans ? Un regroupement d’abrutis faussement cool, qui perdent leur vie dans des jobs du tertiaire, en train de festoyer avec des gobelets en plastique, vêtus d’une manière qui fait honte à leurs propres enfants ? Sans déconner…
Rien ne justifie le port du pull de Noël, sauf le conformisme d’entreprise





