En ce début juin, les presque 12 000 élèves parisiens en classe de troisième dans le public ont renseigné leurs vœux de lycée sur la plateforme Affelnet (AFFectation des ÉLèves par le NET) et sont dans l’attente des résultats d’affectation. Avec la double volonté d’augmenter la mixité sociale et scolaire dans les lycées, la réforme Affelnet de 2021 comporte trois volets : l’évaluation des résultats scolaires de l’élève, l’introduction d’un bonus de points en fonction de l’indice de position sociale (IPS) du collège de l’élève et le « bonus secteur » calculé à partir de l’adresse d’habitation du collégien et celle du lycée demandé.
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Et ces volets semblent présenter des lacunes manifestes eu égard à l’envergure de la tâche, comme l’a parfaitement démontré Marion Oury, maître de conférences en sciences économiques à Paris Dauphine, dans une note pour la Fondapol. D’abord concernant la notation des élèves. Pour hiérarchiser le niveau scolaire des élèves, la plateforme a fait le choix, invisible pour les familles et élèves, de regrouper les notes par palier de 5 points. En clair, un 15 vaut un 20, un 10 vaut un 14,9, un 5 vaut un 9,9, et un 0 vaut un 4,9. Pour le ministère, c’est un moyen de prendre en compte la différence de notation par les collèges.
De plus, l’évaluation de l’élève est aussi faite sur sa capacité à maîtriser ce qu’on appelle le « socle commun », mis en place en 2016. Or, le socle commun – dont la méthode est unanimement désignée comme opaque et arbitraire – est utilisé à parts égales avec les notes de bulletin. Les élèves ne peuvent prendre connaissance de leur résultat au socle commun qu’après avoir eu leur affectation et avoir fait une demande de « fiche-barème » auprès du rectorat. La seconde nouveauté est l’introduction d’un bonus IPS qui correspond à l’indice de position sociale du collège. Les établissements parisiens sont divisés en trois catégories IPS : les « IPS faible » (38 % des collèges publics), les « IPS moyen » (37 %) et les « IPS fort » (25 %).
Cette réforme révèle l’incompétence des technocrates qui nous gouvernent, dont la vision idéologique, statistique et uniformisante ne résout pas un sujet aussi humain
À noter que les collèges privés parisiens appartiennent, pour 75 % d’entre eux, à la catégorie « IPS fort ». Si la volonté de donner sa chance à chacun est louable, le fait que les résultats scolaires jouent un rôle mineur par rapport à la position sociale du collège de l’élève pose des interrogations à plus d’un titre. La dernière nouveauté de cette réforme est la sectorisation des différents lycées. Auparavant, l’académie de Paris était découpée en quatre districts, ce qui donnait un important bonus aux élèves domiciliés à proximité des lycées mais les collégiens pouvaient tout de même choisir des établissements plus éloignés. Dorénavant, on attribue à chaque collège seulement 5 lycées de secteur situés à 25 minutes maximum en transports en commun. Cette réforme réduit considérablement le nombre de choix des élèves (d’une dizaine de lycées à cinq à présent).
En tout et pour tout, cette réforme révèle l’incompétence des technocrates qui nous gouvernent, dont la vision idéologique, statistique et uniformisante ne résout pas un sujet aussi humain que celui-là. Alors que l’école traverse une zone de turbulences plus qu’inquiétante, faut-il confier un sujet tel que celui-là à une caste qui, ayant acté la fin de l’excellence française, scolarise ses propres enfants dans des établissements étrangers ? Elle se mue dorénavant en croque-mort, nivelant vers le bas les derniers grands lycées qui faisaient autrefois la fierté de l’enseignement public français au nom de l’inclusion. Le privé se frotte les mains.





