André Bonet est avant tout un passeur de talents. Pendant quarante ans, à compter de 1982, il a animé avec passion le Centre Méditerranéen de Littérature à Perpignan. Désormais, il est adjoint au maire de cette ville en charge de la Culture. Gaulliste revendiqué et catholique affiché, il est particulièrement attaché à l’histoire catalane et très sensible à l’héritage pied-noir qui a profondément marqué Perpignan depuis l’été 1962.
Pour illustrer quarante années de rencontres littéraires et artistiques, André Bonet a choisi de dresser quarante portraits des personnalités les plus connues qu’il ait rencontrées dans ce cadre. Comme l’écrit son ami Éric Naulleau dans sa préface : « Exercice de gratitude, célébrations des pouvoirs de la littérature, tombeau pour quelques chers disparus, Les arbres ne meurent pas en hiver tient aussi de l’autoportrait d’un homme que la même passion définit à tous les âges de son existence. »
DE BRAUDEL À SANSAL
On ne citera pas ici tous les noms retenus, mais passons en quelques-uns en revue. Le grand historien Fernand Braudel (1902-1985), tout d’abord, qui « avec ses collègues de la revue des Annales » a « apporté à la connaissance du passé l’expérience des sciences humaines et de la géographie ». Jules Roy (1907-2000) ensuite, l’ami d’Albert Camus, une « figure indomptable de Pied-Noir « barbare » ». Quant à la figure de l’Égyptien Albert Cossery (1913-2008), qui habitait une chambre de La Louisiane, une mythique adresse toujours existante de Saint-Germain-des-Prés, André Bonet considère « qu’elle incarne durablement un art de la paresse créative qui rayonne à jamais dans les murs de l’hôtel ».
Esprit de nature très indépendante, André Bonet admire le courage des âmes bien forgées, comme celle du commandant Hélie de Saint Marc (1922-2013) que révélèrent à un jeune public la parution des Champs de braise chez Perrin en 1995, ouvrage couronné par le Prix Femina essai. Les écrivains contemporains ont également leur place dans ce livre, à l’instar de l’Algérien Boualem Sansal, « lanceur d’alerte contre les faux prophètes ». Comme en conclut André Bonet lui-même : « J’ai eu la chance du danseur étoile qui valse avec les mots des plus beaux palais de la langue française. » Le lecteur prendra plaisir à se faire guider avec une si belle fougue sur cette scène littéraire d’excellence.
Jérôme Besnard

LES ARBRES NE MEURENT PAS EN HIVER
André Bonet
Érick Bonnier
500 p, 25€





