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Depuis l’élection de Donald Trump, on n’entend plus guère l’ONU. Pourtant à sa tête se trouve un étonnant secrétaire général, dont il se pourrait bien qu’il révolutionne le « Machin ».
Connaissez-vous Antonio Guterres ? La question n’est pas si absurde, quand on constate que parmi les trois grands leaders mondiaux que sont le Pape François, Trump et Guterres, il est le seul à ne pas posséder de compte officiel sur Facebook. Et sur Twitter, ses 443 000 « followers » sont une goutte d’eau à côté des 53 millions et 17 millions respectifs de Trump et de François. Quand on sait qu’une des missions du secrétaire général de l’ONU est la communication, ce détail laisse songeur…
Pourtant, quand en 2016 son nom courait parmi les favoris pour le poste de secrétaire général, des lobby LGBT et pro-avortement commençaient à faire une crise d’apoplexie découvrant ses déclarations passées. En effet, en 1995, alors premier ministre du Portugal, Antonio Guterres avait déclaré à la télévision : « L’homosexualité n’est pas un aspect qui me plaît particulièrement ». Lors du premier référendum de 1998 pour la dépénalisation de l’avortement, toujours premier ministre, Guterres avait fait campagne pour le « non », au nom de ses valeurs morales, au grand dam des militants socialistes.
Pourtant cette réputation de catholique de gauche, conservateur sur les mœurs, ne l’a nullement empêché de devenir secrétaire général de l’ONU. Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés de 2005 à 2015, il connaît bien les structures onusiennes, leurs codes et leurs leviers, et malgré ses déclarations politiquement incorrectes d’il y a 20 ans, sait parfaitement manier la langue de bois et donner des gages de pluralité, d’inclusion et d’ouverture.
Il est possible qu’un jour qu’un jour Trump trouve en Guterres un allié pour défendre sa vision.
Né en 1949 à Lisbonne dans le Portugal de Salazar, Antonio Guterres a reçu une éducation chrétienne. Jeune étudiant, il n’a jamais milité ouvertement contre le pouvoir en place contrairement à ses petits camarades de gauche, préférant intégrer la jeunesse universitaire catholique, ce qui lui inspira une foi catholique profonde, notamment dans l’étude du concile Vatican II. Dans cette période, il s’intéresse également de près à la franc-maçonnerie. Il adhère au parti socialiste portugais en 1973, au sein duquel il gravit tous les échelons (député, secrétaire général du PS) pour devenir premier ministre de 1995 à 2002. À partir de 2005, en tant que Haut Commissaire pour les réfugiés, il est confronté aux multiples crises migratoires qui lui confèrent une expertise dans ce domaine.
En devenant le 9e secrétaire général de l’ONU, Guterres savait qu’il aurait de nombreux défis à relever dans une institution en crise. Sur son fonctionnement d’abord, où la présence des cinq membres permanents au conseil de sécurité engendre de plus en plus de frustrations auprès des autres nations qui dénoncent un manque de représentativité, d’autant que l’opposition systématique du camp Russie-Chine au camp USA-France-Royaume Uni et vice-versa empêche ledit conseil de fonctionner.
L’intervention militaire en Syrie menée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni sans mandat onusien en avril 2018 n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la crise vécue au sein de l’organisme. Sans compter la multiplications des conflits et des crises comme le terrorisme, les migrants, les Rohingyas, la guerre en Syrie, le dégel des relations avec la Corée du Nord, le conflit au Yémen ou au Sud Soudan, l’éternel conflit israélo-palestinien, ou encore le conflit chypriote, soit autant d’occasions où l’ONU, trop technocrate, n’a pas fait preuve de réactivité ou de réussite. Même les opérations de maintien de la paix qui avaient plutôt bonne presse ont désormais du plomb dans l’aile depuis la révélation d’agressions sexuelles commises par des casques bleus en Afrique et à Haïti notamment.
Dialogue avec Trump
Ce que Guterres ne pouvait pas imaginer, c’est qu’il aurait à surmonter ces défis aux côtés de Donald Trump, qui déclara juste après avoir été élu que « l’ONU avait un grand potentiel, mais qu’à ce jour ce n’est qu’un club où les gens se réunissent, parlent et passent du bon temps » !
Depuis, la liste des désengagements américains d’instances internationales s’accélère, à l’instar de la sortie des accords de Paris ou du conseil des droits de l’homme. Aujourd’hui l’imprévisibilité de la diplomatie américaine fait peser un risque sérieux sur la pérennité de l’organisme, notamment sur le nancement de ses agences.
Pourtant, bien que tout semble opposer les deux hommes, une des premières réussites de Guterres est d’avoir su gérer Trump et son administration en maintenant un dialogue constant avec eux. À tel point que le 20 octobre 2017, Trump affirmait au cours d’une conférence de presse en présence de Guterres, qu’il était devenu un « ami », qu’il était « talentueux », et qu’il faisait un « travail spectaculaire ». Autre preuve de ce réchauffement des relations, le remplacement du Jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein comme Haut Commissaire aux droits de l’homme, très critique à l’égard de Donald Trump, par l’ex-présidente du Chili Michelle Bachelet, certes socialiste, mais moins critique à l’égard des États-Unis où elle a fait une partie de ses études. Enfin sur les questions de politiques familiales et l’avortement, il est possible qu’un jour Trump trouve en Guterres un allié pour défendre sa vision.

En outre, Guterres est en train de mener une réforme « dimensionnante » au sein l’ONU. Quand il était Haut Commissaire aux Réfugiés, il avait modifié cette institution en réduisant de 30% le personnel basé au siège à Genève pour allouer des ressources supplémentaires au terrain. Sa réforme de l’ONU suit globalement la même idée et peut se décliner en quatre points : la réforme du fonctionnement du secrétariat général en matière de paix et de sécurité, afin de donner plus de cohérence à la partie politique et opérationnelle ; la réforme de la gestion de l’ONU avec une démarche de simplification des procédures et des contrôles financiers ; la rationalisation du système de développement, visant à alléger les structures de l’ONU au siège et sur le terrain et à en supprimer les doublons ; et enfin la lutte contre les abus sexuels et la mise en place de la parité dans les structures onusiennes.
Temple du politiquement correct
Guterres a réussi le tour de force de convaincre un grand nombre d’États de se lancer dans ces réformes – même si de nombreuses discussions seront encore nécessaires. Compte tenu de son habileté diplomatique et de sa patience, il réussira vraisemblablement à aller au bout, ce qui toutefois ne manquera pas de le maintenir éloigné du terrain et de renforcer encore plus son image d’homme discret. Certes, l’ONU demeurera sûrement le temple du politiquement correct qu’il est, mais Guterres constitue certainement l’un des meilleurs secrétaires généraux de l’histoire récente de l’ONU, moins idéologue que Ban Ki Moon et plus compétent que feu Kofi Annan.
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