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Axel Tisserand : « Maurras, c’est maintenant ? »

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Publié le

7 février 2020

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Philosophe, ancien élève de Pierre Boutang, Axel Tisserand a consacré un essai important à l’actualité de Charles Maurras en 2019.

 

 

En 2018, Maurras a été retiré du Livre des commémorations nationales. L’éditrice Françoise Nyssen (Actes Sud) était alors ministre de la Culture. Qu’en pensez-vous ?

 

Paradoxalement, c’est un signe de l’actualité de Maurras, qui dérange toujours. Il est le représentant des Ténèbres opposées aux Lumières. Nos élites manichéennes sont incapables de penser notre culture en dehors de préjugés idéologiques. Que Maurras ait été alors désigné comme l’ « écrivain antisémite », alors qu’il l’était naguère comme le théoricien du nationalisme ou de la monarchie, en dit également beaucoup sur notre époque réductrice. C’est pourquoi j’ai tenu, dans mon livre, à revenir longuement sur un antisémitisme aussi regrettable que peu original. On peut lire Maurras en dehors de son antisémitisme. Je suis en cela disciple de Pierre Boutang.

 

Lire aussi : Le Lys noir : « Notre but est de détruire la République française »

 

Pourquoi avoir décidé d’interroger la pertinence de la philosophie de Maurras pour notre temps ?

 

Comme tout « continent » – le mot est de Thibaudet – il peut être abordé sous différents angles. Le « Maurras » que j’ai exploré est l’anthropologue et le philosophe de la cité, parce qu’en ce début de XXIe siècle, l’homme et la nation sont devenus les deux questions majeures, avec pour fil rouge un mondialisme matérialiste et consumériste. Il explique, d’un côté, la contestation de la nature humaine et donc de la famille comme fondement de la société (mariage pour tous, PMA, GPA, théorie du genre, homme « augmenté », transhumanisme) et, de l’autre, la remise en cause de l’enracinement et de la nation. Or Maurras, tant par son anthropologie – qui est une critique fondamentale de l’homme des Lumières, qui se dissout aujourd’hui en une somme de « droits à » – que par son nationalisme mesuré, vecteur d’universalité, répond à ce double enjeu. Sa conception de l’homme, fondée sur la philosophie classique et le thomisme, sans négliger les apports de son temps, se revendique comme un « compromis laïc » dont le besoin se fait plus cruellement sentir encore qu’à la fin du XIXe siècle, dans la France spirituellement très éclatée qui est la nôtre. Or ce « compromis laïc », j’ai tenu à le mettre à l’épreuve des apports de notre temps : je n’ai pas eu besoin de forcer le trait pour faire dialoguer Maurras avec des penseurs aussi différents que, par exemple, Pierre Manent, Marcel Gauchet, Chantal Delsol, Fabrice Hadjadj, Jürgen Habermas, P.-A. Taguieff ou JeanPaul II. Maurras apparaît alors au cœur des problématiques actuelles.

L’élection de Macron a signé l’échec définitif de la « bonne république » : la Ve, monarchie républicaine plaçant l’arbitre au-dessus des partis, n’est plus qu’un mythe. L’oligarchie a repris le dessus, tout en se faisant le vecteur d’un pouvoir bruxellois qui soumet la France à son protectorat. En république, il ne saurait y avoir de « roi empereur en son royaume » !

Concrètement, quelles idées de Maurras un royalisme contemporain pourrait-il retenir ou utiliser ?

 

La crise des Gilets jaunes a révélé l’essoufflement de notre démocratie représentative : d’un côté, la pertinence du peuple comme ethnos est dénoncée – l’Europe, cette abstraction pesante, incarnerait la démocratie – et, de l’autre, le pays réel, c’est-à-dire l’ensemble de nos forces vives, est méprisé par des élites transnationales formant un pays légal indifférent à la notion même de Bien commun : elles partagent ce que le regretté Roger Scruton appelait l’« oikophobie », la phobie de sa demeure, de sa patrie – la seule encore autorisée. Maurras a dégagé les invariants de la monarchie française par-delà ses évolutions historiques : indépendance de l’exécutif, pouvoir régalien fort, autonomie de la société civile sous l’arbitrage royal. Elle est la mieux à même d’assurer ce Bien commun. L’élection de Macron a signé l’échec définitif de la « bonne république » : la Ve, monarchie républicaine plaçant l’arbitre au-dessus des partis, n’est plus qu’un mythe. L’oligarchie a repris le dessus, tout en se faisant le vecteur d’un pouvoir bruxellois qui soumet la France à son protectorat. En république, il ne saurait y avoir de « roi empereur en son royaume » !

 

 

Propos recueillis par Matthieu Baumier

 

 

 

ACTUALITÉ DE CHARLES MAURRAS Axel Tisserand Téqui 450 p. – 24 €

 

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