Skip to content

Benoît Saint-Denis : le dernier chevalier

Par

Publié le

26 septembre 2024

Partage

Ancien des forces spéciales, Benoît Saint-Denis a connu une ascension fulgurante dans le MMA professionnel, jusqu’à s’imposer comme une tête d’affiche de l’UFC, la ligue la plus populaire du sport. L’idéal de la chevalerie française qui anime BSD lui confère une fougue hors du commun dans la cage, ressort de ses succès sportifs et de sa popularité.
© Capture d'écran YouTube
© Capture d'écran YouTube

L’aventure débute comme il se doit à dix-huit ans, âge où un Nîmois issu d’une famille militaire fait honneur à sa tradition et réussit les tests du 1er RPIMa, prestigieux régiment des forces spéciales de l’armée de terre. En opération, le jeune Benoît s’épanouit pleinement, mais il compte les jours lors des escales à la caserne de Bayonne. Pour les faire passer plus vite, il débute en 2017 le jiu-jitsu brésilien, sport spécialisé dans le combat au sol. Très vite, il excelle et devient champion de France. L’année suivante, il s’attaque à la boxe pour maîtriser l’autre dimension du combat, qui se déroule débout. S’appropriant peu à peu les différentes facettes de la confrontation à mains nues, c’est tout naturellement que Benoît Saint-Denis se dirige vers la discipline qui les mélange toutes, le MMA.

Toujours en 2018, il participe à un stage de détection chapeauté par Daniel Woirin, l’entraîneur français le plus titré dans ce sport. Le vieux briscard repère immédiatement l’immense potentiel du militaire, et lui propose de le guider vers le plus haut niveau mondial. À la fin de son contrat dans l’armée, Saint-Denis se trouve à la croisée des chemins. La carrière des armes offre, malgré ses risques, une sécurité économique certaine, alors que seule la crème de la crème des combattants professionnels échappe à la précarité. Mais la guerre est depuis son plus jeune âge la raison d’être du Français, élevé au son du cor de Roland et du fracas des lames des chevaliers de la Table Ronde, et c’est à l’instant où se referme le grillage de la cage qu’il la rencontre la plus pure.

Alors Saint-Denis fait ce qu’il a toujours le mieux réussi, foncer la tête baissée vers son rêve. En 2019, il ne renouvelle pas dans les forces spéciales et se plonge tout entier dans les arts martiaux, avec l’objectif de rejoindre sous deux ans l’UFC. Malgré le covid, l’ancien des forces spéciales tient le rythme effréné de huit combats en deux ans, tous remportés avant la limite. Il affirme par là même son style : combattre n’importe qui, n’importe quand, n’importe où. Saint-Denis refuse de gérer sa carrière comme il est courant pour les grands espoirs dans les sports de combat, qui choisissent avec soin des adversaires à leur portée pour se construire des palmarès ronflants.

Cette impétuosité est vite remarquée et, à la fin de l’année 2021, le jeune guerrier voit s’ouvrir les portes du palais tant désiré, l’UFC. Le pari fou est réussi. Pourtant, la partie est loin d’être gagnée. Car l’organisation américaine ne ménage pas les nouveaux arrivants, qui doivent faire leurs preuves dans des conditions souvent défavorables. Le 30 octobre 2021, le Frenchie affronte ainsi après un délai de préparation très court un des cadors des moins de 77 kg, catégorie pour laquelle il est trop léger, un désavantage décisif. Le combat tourne à l’exécution pour Saint-Denis, qui finit avec un visage ensanglanté et tuméfié, et un nez cassé en prime. L’essentiel n’est pas là, car le petit bleu a déjà gagné le respect de l’UFC pour sa combativité bluffante, rendant toujours les coups et refusant de poser un genou à terre. Quelques mois plus tard, son adversaire est contrôlé positif à l’ostarine, produit dopant dernier cri à la puissance inégalée. Il est suspendu un an, et le prestige de Saint-Denis s’en trouve encore rehaussé. Entre temps, BSD a remporté son premier combat à l’UFC en juin 2022 dans la catégorie des légers, les moins de 70 kg, qui correspond mieux à son gabarit et où il évolue désormais.

S’il est alors déjà estimé dans le petit univers des connaisseurs, sa rencontre avec le grand public n’a lieu qu’en septembre de la même année, quand l’UFC organise sa première soirée à Paris. Saint-Denis ouvre le bal, et fait une entrée remarquée sur Les Commandos, chant des forces spéciales, drapeau français sur les épaules et sérénité absolue sur le visage. Dans un monde de rap, d’arrogance et de provocations, cette sobriété rustique apporte un vent de fraîcheur. Et puis une fois dans l’octogone, Benoît Saint-Denis se métamorphose en God of War, dieu de la guerre, le surnom qu’il s’est choisi. Il met KO son adversaire au deuxième round et remporte le prix de performance de la soirée. Entre celui qui fut son serviteur et la patrie, la romance éclot.

Car la France raffole immédiatement de la griffe Saint-Denis. Déjà, elle trouve en lui un champion à son image : Français de souche, humble, patriote, ouvertement chrétien. Surtout, il transpose ses idéaux chevaleresques dans la cage, ce qui séduit définitivement le public : une fois en face de son adversaire, Saint-Denis ne connaît pas la marche arrière. Il traque sa proie sans relâche, l’asphyxiant jusqu’à ce qu’elle perde connaissance ou demande grâce. Pas un virtuose technique bien qu’il possède des fondations solides, c’est d’abord son courage, sa condition physique et sa dureté au mal à toute épreuve qui lui donnent une place parmi les meilleurs au monde.

Lire aussi : La boxe et le MMA étranglés par la bureaucratie

Cette place, Saint-Denis va savoir la défendre en juin 2023 contre un adversaire face à qui il fait office de faire-valoir, le Brésilien Ismael Bonfim, espoir numéro un de la catégorie. Agressif, formidable puncheur et brillant technicien, ce dernier fait fuir tous ses opposants potentiels. Évidemment pas notre Français, qui relève le défi et déchaîne le jour J un déluge de violence sur le prodige. Pour neutraliser sa boxe redoutable, Saint-Denis lui réduit les bras en miette par des coups de pieds dévastateurs, avant de se jeter sur lui et de finir par l’étrangler à la fin du premier round. Le monde du MMA reste sans voix ; il tient un nouveau monstre.

Saint-Denis confirme en enchaînant deux victoires éclair en septembre puis en novembre, à chaque fois contre des adversaires de renom. Le Français devient l’étoile montante du MMA mondial. Dana White, le boss de l’UFC, lui offre alors un nom de rêve : Dustin Poirier, numéro 3 de la catégorie, légende du sport, dont la boxe chirurgicale a foudroyé les plus grands, et notamment Conor McGregor à deux reprises.

Le 10 mars dernier, les yeux de tous les amateurs de sport de combat sont rivés sur Miami, quand les deux hommes s’élancent l’un face à l’autre. Le Frenchie attaque plus furieusement que jamais. Cette insouciance est d’abord payante, et offre le premier round à Saint-Denis. Dans son coin, pendant la pause, coach Woirin s’époumone pourtant : « Arrête d’aller à la bagarre Benoît ! » Mais seule la guerre coule dans les veines de l’ancien commando, qui attaque la deuxième reprise avec la même fougue. Poirier, un ordinateur dans la tête, trouve alors l’ouverture sur une gauche puissante, et conclut dans la foulée d’un splendide crochet droit au menton.

Ce KO brutal ne signe cependant pas la fin de l’engouement autour de Saint-Denis. Il révèle simplement sa faille principale, cet excès de générosité inhérent à son état d’esprit. Mais pour planter ce drapeau tricolore qu’il chérit tant sur le toit du monde, cette allégorie de la chevalerie aux lys devra apprendre à canaliser cette furia francese, sous peine de buter sur d’éternels Azincourt. Ce 28 septembre, BSD est la tête d’affiche du prochain événement de l’UFC à Paris, contre un adversaire à peine moins dangereux que Poirier. L’occasion pour l’ancien soldat de montrer qu’il sait tirer les leçons de la guerre.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest