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Dimanche 12 janvier, dans la torpeur ouatée d’une fin d’après-midi d’hiver, les catholiques du monde entier ne se doutent pas que, dans quelques heures, le pape émérite Benoît XVI ainsi que le cardinal Robert Sarah livreront à l’Église un vibrant plaidoyer en faveur du célibat sacerdotal, suscitant une polémique à l’échelle planétaire, violente, brutale, parfois impitoyable à l’endroit des deux prélats. Dans quelques heures en effet paraîtront dans Le Figaro les bonnes feuilles d’un ouvrage publié d’abord en français chez Fayard : Des profondeurs de nos cœurs, écrit « en hommage aux prêtres du monde entier » est né d’une très vive inquiétude des deux hommes d’Église face aux attaques que subit la figure du prêtre, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église.
« Je ne peux pas me taire », invoque le pape émérite pour justifier de sortir de son silence, au soir de sa vie, presque sept ans après sa renonciation au trône de Pierre et son engagement à vivre en retrait, à l’ombre de murailles léonines. Cet ouvrage, s’il n’a pas été écrit à quatre mains – aux dernières nouvelles, le pape Benoît n’est plus co-auteur de l’ouvrage, mais il en est assurément contributeur… distinction formelle et quasi-sybilline née de cette polémique médiatique insensée dont l’objectif premier était d’escamoter le débat, de minorer la portée du texte – cet opus donc a été pensé par deux esprits à l’unisson. En effet à la profondeur théologique de l’un répond l’élévation spirituelle de l’autre.
La polémique, et la confusion autour de la signature du pape émérite sont sans doute le reflet de pressions et de jeux de pouvoir.
Le sujet : le célibat sacerdotal, objet d’âpres débats lors du synode sur l’Église d’Amazonie convoqué par le pape François en octobre dernier. Celui-ci avait cette fois-ci choisi avec soin les participants, pour la plupart acquis à sa volonté d’ouverture du sacerdoce à des hommes mariés, les viri probati : il s’agit de permettre à la jeune Église d’Amazonie d’accéder plus facilement à l’Eucharistie. La relation finale du synode, logiquement, a adopté à la majorité des deux-tiers cette demande d’ordination d’hommes mariés. Inutile de dire que le pape François, qui n’a pas été mis au courant de la parution de ce texte du pape émérite, quelques semaines avant la publication de son Exhortation, n’a dû que moyennement apprécier ce plaidoyer pour le célibat sacerdotal, dont la clarté et la profondeur théologique sont indiscutables. La polémique, et la confusion autour de la signature du pape émérite sont sans doute le reflet de pressions et de jeux de pouvoir.
« Leur vie entière est en contact avec le mystère divin. Cela exige de leur part l’exclusivité à l’égard de Dieu. Cela exclut par conséquent les autres liens qui, comme le mariage, embrassent toute la vie. De la célébration quotidienne de l’Eucharistie, qui implique un état de service de Dieu permanent, naquit spontanément l’impossibilité d’un lien matrimonial »
Si elles visaient à instiller l’idée d’un Benoît XVI sénile ou manipulable, la lecture de son texte prouve de façon éclatante qu’il n’est ni l’un ni l’autre. Remontant aux premiers temps de l’Église, et s’appuyant sur les pères de l’Église il démontre la réalité historique et la nécessité ontologique du célibat sacerdotal : « Leur vie entière est en contact avec le mystère divin. Cela exige de leur part l’exclusivité à l’égard de Dieu. Cela exclut par conséquent les autres liens qui, comme le mariage, embrassent toute la vie. De la célébration quotidienne de l’Eucharistie, qui implique un état de service de Dieu permanent, naquit spontanément l’impossibilité d’un lien matrimonial ».
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Loin de mépriser le corps, ou la sexualité – Dieu a accordé une place privilégiée à l’institution du mariage – il affirme qu’« il ne semble pas possible de réaliser simultanément les deux vocations ». Le pape émérite rappelle que, bien plus qu’une discipline, une loi comme dans l’Ancien Testament le célibat est depuis l’Incarnation et la Rédemption constitutif du sacerdoce : « Le culte que le Christ a rendu au Père a été un don de soi jusqu’au bout pour les hommes. C’est dans ce culte, dans ce service, que le prêtre doit s’inscrire ».
Il y a d’ailleurs de très belles pages qui racontent avec quelle joie simple et vraie les populations reculées de Guinée, qui avaient conservé et transmis la foi par la prière quotidienne et l’enseignement du catéchisme, l’accueillirent quand il vint célébrer la messe.
Le texte du cardinal Sarah se situe sur un terrain pastoral, et complète la réflexion théologique précédente. Et c’est crucial, car c’est en vertu d’une praxis pastorale renouvelée que François et les pères synodaux veulent ouvrir une brèche dans le sacerdoce : combatif, le cardinal guinéen entend s’y opposer, au nom justement de sa propre expérience missionnaire. Il y a d’ailleurs de très belles pages qui racontent avec quelle joie simple et vraie les populations reculées de Guinée, qui avaient conservé et transmis la foi par la prière quotidienne et l’enseignement du catéchisme, l’accueillirent quand il vint célébrer la messe. Jamais, explique-t-il, cet amour de l’Eucharistie, don total de Dieu aux hommes, n’aurait survécu avec une telle intensité si le prêtre, alter Christus, avait été l’un d’eux, vaquant avec femme et enfants à ses obligations quotidiennes… dont l’administration des sacrements ! Et proposer aux populations d’Amazonie des « prêtres de seconde classe » relève selon lui d’un incroyable mépris.
« Si nous ne comprenons plus notre propre célibat, regardons la Croix. Elle est le seul livre qui nous en donnera le sens véritable »
Portant un regard aigu et lucide sur la crise que traversent l’Église et singulièrement le sacerdoce, il s’adresse, avant tout, à ses frères prêtres : « Si nous ne comprenons plus notre propre célibat, regardons la Croix. Elle est le seul livre qui nous en donnera le sens véritable ».
Marie d’Armagnac
DES PROFONDEURS DE NOS CŒURS Benoît XVI – Cal Robert Sarah Fayard 180 p. –18 €

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