Qui est Carlo Acutis ?
Carlo Acutis, mes amis, n’est pas un simple nom dans les annales poussiéreuses de l’Église. C’est un météore de sainteté, un adolescent italien né en 1991 à Londres, mort en 2006 à Monza, emporté par une leucémie foudroyante à l’âge tendre de 15 ans. Mais ne vous y trompez pas : ce garçon en baskets et sweat-shirt n’était pas de ces âmes tièdes qui se contentent de vivoter. Non ! Il était un « geek de Jésus », un apôtre du numérique qui, armé de son clavier et de son amour incandescent pour le Saint-Sacrement, a transformé Internet en une cathédrale virtuelle. Sa vie ? Une offrande, un « fiat » joyeux au Christ, une offrande de soi-même dans l’Eucharistie, qu’il appelait son « autoroute vers le ciel ».
Vous avez écrit sa biographie : qu’est-ce qui vous a touché chez lui ?
Ce qui m’a saisi, c’est cette alliance paradoxale entre sa normalité désarmante et sa radicalité évangélique. Imaginez : un gamin qui joue à la PlayStation, aime Pokémon, mais limite son temps d’écran pour ne pas s’égarer loin de Dieu. Un garçon qui, face à la mort, offre ses souffrances pour le pape et l’Église avec une sérénité qui désarme. C’est cette capacité à vivre l’ordinaire avec une intensité extraordinaire qui me bouleverse – un rappel que la sainteté n’est pas une posture, mais une présence.
Comment expliquer sa popularité chez les jeunes catholiques ?
Elle jaillit comme une source vive dans le désert de notre époque désenchantée ! Les jeunes catholiques voient en Carlo un frère, un miroir : il a des copains et des copines, porte des Nike, pianote sur son ordi, mais son cœur bat pour l’Eucharistie et la Vierge Marie. Il n’est pas un saint de vitrail, figé dans une auréole médiévale, mais un compagnon de route qui leur dit : « Vous aussi, vous pouvez ! » Sa foi simple, son humour, sa tendresse pour les pauvres – tout cela résonne avec une génération assoiffée d’authenticité, fatiguée des discours creux et des promesses vaines. Certains voient en lui un pur produit de « pastorale cool » d’une Église qui décroche avec les jeunes. J’aimerais tellement que ce soit vrai, et que partout les évêques accueillent Carlo, sa foi eucharistique, son amour de la pureté, son credo sans concession, avec autant d’enthousiasme ! Malheureusement, mon expérience me prouve qu’on en est encore loin. En espérant que la canonisation ravive les cœurs !
Est-ce que sa popularité va au-delà de la sphère catholique ?
Oh que oui ! Carlo déborde les frontières confessionnelles comme un torrent printanier. Des agnostiques, des curieux, voire des geeks athées, s’arrêtent, intrigués : qui est ce môme qui code des sites sur les miracles eucharistiques au lieu de se perdre dans les méandres du virtuel ? Sa vie interpelle par sa cohérence, sa joie, sa liberté face à la maladie. Je pourrais vous raconter l’histoire de mon ami Anura du Sri Lanka, bouddhiste de naissance devenu chrétien suite à l’intercession de Carlo dans sa guérison. Il n’est pas qu’un « saint catholique » ; il est un signe d’humanité pleinement vécue, un appel universel à ne pas mourir « en photocopie », comme il le disait si bien.
Lire aussi : Sainteté mode d’emploi : entretien avec avec l’abbé Christian Venard
Qui y a-t-il d’héroïque chez Acutis, et en quoi est-il un modèle ?
Son héroïsme n’est pas dans des exploits retentissants, mais dans la fidélité au quotidien. Aller à la messe chaque jour, réciter le chapelet, coder pour Dieu, donner son argent de poche aux SDF – voilà ses batailles. Si vous pensez que garder un regard pur à l’âge d’Internet n’est pas héroïque, je ne sais pas quoi vous dire. Il est un modèle parce qu’il montre que l’héroïsme n’exige pas une cape, mais un cœur offert. Face à la leucémie, il ne se révolte pas : il donne, il prie, il sourit. Un modèle pour nous tous, petits et grands, qui peinons à porter nos croix avec autant de grâce.
Quelle était sa vertu principale ? Je dirais la charité, mais une charité eucharistique, brûlante, qui jaillit de son amour pour le Christ présent dans le Saint-Sacrement. « Être toujours uni à Jésus, voilà mon programme de vie », proclamait-il. Cette union n’était pas une abstraction : elle se traduisait en actes, en regards, en dons. Une charité qui ne calcule pas, mais qui se dépense jusqu’au bout.
La sainteté passe par le dépouillement, or Acutis était riche. Quels enseignements en tirer ?
Carlo, fils de bourgeois milanais, aurait pu se vautrer dans le confort. Pourtant, il choisit le dépouillement intérieur : il donne ses biens, dort parfois par terre pour imiter saint François, limite ses plaisirs pour rester libre. Leçon magistrale : la sainteté n’est pas une affaire de portefeuille, mais de cœur. Dans les années 60, le diocèse à Lille a dû ranger le dossier de la canonisation des frères Philibert Vrau et Camille Feron Vrau, riches entrepreneurs du Nord et fondateurs de la Catho. C’était inconvenant de canoniser les patrons quand le Parti communiste raflait des scores historiques en attisant la lutte ouvrière et la conscience de classe. Une certaine presse en fait un marxiste, mais, en 2025, le pape François nous montre que nous avons dépassé ce clivage et que nous sommes désormais tous camarades dans un même combat pour le Ciel. On peut être riche de biens et pauvre d’esprit, vivre dans l’abondance et se dépouiller pour l’essentiel. Carlo nous crie que le vrai trésor n’est pas ici-bas, mais là-haut.
En quoi est-il un héros moderne ?
Parce qu’il sanctifie la modernité elle-même ! Dans un monde où le numérique nous enchaîne, Carlo l’a retourné en outil d’évangélisation. Son site sur les miracles, ses vidéos, son génie informatique ne sont pas des gadgets : ce sont des ponts vers Dieu. Il prouve que la sainteté n’est pas allergique au progrès, mais qu’elle le transfigure. Un héros qui, la balle au pied, défie le nihilisme ambiant avec un sourire d’enfant.
Acutis sera canonisé du vivant de ses parents. Vous les connaissez : quel a été le rôle de ses parents dans ce chemin et en quoi cela les a-t-il changés ?
Oui, Carlo va être canonisé prochainement, et ses parents, Andrea et Antonia, étaient là, vivants, pour voir leur fils élevé aux autels – un fait rarissime, sinon inédit ! Non seulement ses parents, mais sa grand-mère, sa cousine, son majordome, ses voisins, ses professeurs… Un récent article dans The Economist prétend que Carlo Acutis a moins d’historicité que sainte Philomène. J’ai dormi dans leur appartement à Milan, rencontré ses proches, et même les médecins qui l’ont accueilli à Monza. C’est aberrant de croire à un coup monté de sainteté. Mais je comprends aussi, dans une Église où de nombreux chrétiens (moi inclus !) sont blessés par tant de supercheries, de prophètes déchus et de charlatanisme spirituel. On se méfie, on cherche la petite bête. Faites confiance à Carlo, comme Claudel faisait confiance à cette petite fille qu’il appelait Espérance. Que vont trouver tous ces bollandistes ? La seule découverte que ce journaliste ait faite, c’est l’amour de la mamma italienne pour son fils aîné. Je suis content qu’il nous l’apprenne ! Je connais personnellement ses parents, leur rôle est limpide : initialement peu pratiquants, ils ont été bouleversés par la foi de leur fils. Antonia raconte comment Carlo, dès trois ans, la traînait dans les églises. Cette piété précoce a ravivé leur propre foi, les transformant en témoins actifs de sa cause. Leur fils les a évangélisés – comme une boule de neige qui a déclenché une avalanche d’amour ! Et aujourd’hui, ils veulent répondre eux aussi à cet appel à la sainteté. Nous devrions en faire autant !
Le danger existe si on l’admire sans l’imiter, si on le statufie au lieu de marcher sur ses traces.
D’ailleurs, être canonisé du vivant de ses parents, est-ce une première ?
Historiquement, c’est exceptionnel. Maria Goretti a été béatifiée par le pape Pie XII le 27 avril 1947, puis canonisée par le même pape trois ans plus tard, le 24 juin 1950. Ces deux événements, qui ont attiré un monde fou place Saint-Pierre, ont eu une spectatrice particulière : Assunta, sa mère. C’était la première fois qu’une maman voyait sa fille devenir officiellement sainte, alors que Maria Goretti était déjà orpheline de père de son vivant. On peut imaginer que d’autres saints comme Pierre de Vérone, le premier dominicain canonisé seulement 11 mois après son martyre, était un héros non seulement de la lutte contre les Cathares, mais aussi pour ses proches, ses parents et tous ses contemporains. La princesse de Monaco, Ippolita Trivulzio, était une nièce directe de saint Louis de Gonzague, et c’est elle qui fait venir cette nouvelle dévotion sur Le Rocher. Les saints modernes comme Thérèse de Lisieux ou les martyrs de jadis avaient souvent des parents décédés au moment de leur canonisation. Carlo pourrait bien être le premier « millennial » canonisé avec ses deux parents encore de ce monde – un signe que la sainteté jaillit là où on ne l’attend pas, même dans une famille bien vivante !
Quelles œuvres sont à l’origine de sa canonisation ?
Deux miracles portent sa canonisation. Le premier : la guérison en 2010 d’un enfant brésilien atteint d’une malformation grave du pancréas, rétabli sans explication médicale après des prières à Carlo. Le second : la résurrection quasi miraculeuse en 2022 de Valeria, une Costaricaine victime d’un grave traumatisme crânien, revenue à la vie après un pèlerinage de sa mère à Assise. À cela s’ajoutent ses expositions numériques sur les miracles eucharistiques – des œuvres qui continuent de rayonner.
Finalement, Acutis prouve que l’Église est de tous les temps, non ?
Absolument ! Carlo est la preuve vivante – ou plutôt sanctifiée – que l’Église n’est pas une relique, mais une mère féconde, capable de guider encore aujourd’hui des jeunes qui se baladent en jean et qui surfe sur leur Wi-Fi. Il nous dit que l’Église vit, respire, s’adapte, sans jamais renier son cœur : le Christ. Elle est de tous les temps parce qu’elle parle à chaque époque dans sa langue – hier avec des plumes, aujourd’hui avec des pixels.
Existe-t-il un risque d’idolâtrie de Carlo Acutis ?
Peut-être, quand on pense que notre civilisation est capable de se prostrer devant des Cari B et autres Marilyn Manson. Si l’on fait de Carlo une icône pop, un « saint selfie » pour adolescents en mal de likes, on va droit dans le mur de nos réseaux sociaux. Mais l’idolâtrie serait une trahison de son message : il ne pointait pas vers lui-même, mais vers Jésus. « Non io, ma Dio ! » Le danger existe si on l’admire sans l’imiter, si on le statufie au lieu de marcher sur ses traces. À nous de veiller : Carlo n’est pas une star, mais un guide vers l’Étoile. Ce jeune saint qui, du haut de ses 15 ans, nous défie de vivre l’infini dans le fini !





