À l’heure où la République vacille, il est essentiel de se replonger dans les leçons du maître de l’anti-républicanisme, Charles Maurras (1868-1952). Hasard du calendrier, les éditions de Flore viennent de republier plusieurs textes importants qui n’étaient plus trouvables. Dictateur et roi, écrit par Maurras avec son ami Frédéric Amouretti à l’été 1899, paraît pour la première fois en 1903 dans La Revue d’Action française, avant d’être repris en appendice de l’Enquête sur la monarchie (1924). En pleine affaire Dreyfus, dans les jours qui suivent les arrestations du 12 août orchestrées par le gouvernement de Défense républicaine, Maurras ramasse le gant que vient de laisser la Haute-Cour à l’opposition antirépublicaine, suite au coup d’État raté de Déroulède. Ce texte court, écrit pour hâter les conversions royalistes, doit montrer que le régime monarchique constitue la solution la plus propice au salut national : le roi sera d’abord dictateur pour rétablir la situation (cette partie du texte, très circonstancielle, a été ensuite réduite, de même que les pages relatives à la « question juive »), puis roi.
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Une trentaine d’années après l’échec de la restauration par l’Ordre Moral, Maurras entend démontrer par la raison, plutôt que par romantisme, la supériorité du régime monarchique : « Ce que nos ancêtres ont fait par coutume et par sentiment, le poursuivre nous-même avec l’assurance et la netteté scientifiques, par raison et par volonté. » Tout le programme maurrassien est là. Il constate d’abord l’incurie de la France républicaine, qui est montée à l’envers. « En haut », c’est l’excès de libertés qui règne : l’État est divisé contre lui-même pour tout ce qui touche aux sujets cruciaux, la faute à son républicanisme qui change sans cesse les dirigeants, multiplie les centres de décision et rend le pays esclave des mouvements de l’opinion, du régime des partis ou du va-et-vient des événements. « En bas », il y a à l’inverse excès d’autorité : ne pouvant être subsidiaire, la République bride les corps intermédiaires et moleste les citoyens sur les affaires qu’ils connaissent le mieux. La conséquence, c’est l’inefficacité générale et la dégénérescence civique. Le remède, c’est le renversement complet de cet ordre, afin de replacer l’autorité « en haut », en un unique centre de commandement détaché des intérêts particuliers, et les libertés « en bas », où devront refleurir mille petites républiques familiales, communales et professionnelles. Ce renversement vital, seule la monarchie – débarrassée de toute forme de parlementarisme – est capable de l’opérer pour Maurras, car c’est sa nature même. Démonstration limpide que suivent une ébauche de constitution et quelques pistes pour un programme de gouvernement.
Un second texte contenu dans le même ouvrage, De l’Autorité légitime (1924), interroge les fondements de la légitimité du pouvoir. En bon positiviste, Maurras y démontre que c’est l’efficacité, et non une sacralité a priori ou une élection, qui fait la légitimité. « Le gouvernement légitime, le bon gouvernement, c’est celui qui fait ce qu’il a à faire, celui qui le fait bien, celui qui réussit l’œuvre du bien public. Sa légitimité se vérifie à son utilité. » Cette légitimité de fait est ensuite couronnée par le droit, qui est lui-même accompagné d’une auréole morale ou religieuse – raison pour laquelle, dit Maurras, les républicains mettent toujours la République au-dessus du suffrage universel. Ce sont les services rendus qui font la sacralité du pouvoir. Dans le cas inverse, celui-ci est caduc : « Un pouvoir qui n’y suffit pas [au salut public] est un pouvoir que son incapacité destitue. » Toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite.






