Le septième arrondissement. Des rues quasi-noires, malgré Noël, comme il est de coutume depuis les écologistes. Noires et désertes. Quelques rares silhouettes tristes qui se pressent, dos baissé, muselées, le long de boutiques fermées. Ne manque que le déchirant hululement des sirènes d’alarme pour que le tableau soit complet. Enfin, ils sont là. Une manif sous « les fenêtres de Véran ». De loin, on entend le chant des résistants repris par la trop maigre foule. L’affaire est organisée par Philippot, mais chacun est invité. En pratique, c’est une centaine de personnes qui se sont réunies, guère plus. Tous fidèles des Patriotes. Chaque semaine et dans toute la France, de tels rassemblements ont lieu. Pour lutter contre la « Corona folie ».
On se souvient que les premières mesures de privation, finalement, l’ont été pour des raisons sanitaires. Le Tabac ! les limitations de vitesse ! Oui, cela a commencé ainsi et personne n’a rien vu. Pensez donc ! La santé, c’est intouchable ! La ruse était maligne.
Philippot, c‘était pour moi l’âme du Front National, celui qui l’avait rajeuni et qui, issu de la diaspora chevènementiste, portait en lui une chance : décoller des têtes le sobriquet d’« extrême droite » qui permettait de les disqualifier d’autorité. Il était aussi celui qui avait fait perdre toute chance d’éviter Macron : Le Frexit était (est ?) sans doute une noble idée mais fut jugée impraticable. La France ne pouvait se battre seule contre tous, l‘oligarchie ne pouvait laisser un État vivre libre. Sa fronde avait inquiété les Français. Mieux valait une Europe mal taillée, un Euro trop cher que cette aventure périlleuse. Marine Le Pen l‘avait probablement compris et, mal à l’aise, bafouilla pour défendre ce Frexit qui ne s’appelait pas encore ainsi. Le reste est histoire.
Et puis est venu le confinement. Acte 1, acte 2. Et puis Florian Philippot s’est révélé être quasiment le seul politicien à se battre vraiment contre la folie qui nous enserre. Le seul à réclamer la réouverture totale, le retour à la réalité d’avant. À décoder cette dictature sanitaire. Comme Raoult, Fouché.
Monté sur un banc, muni d’un hygiaphone, en jean et teddy, Florian Philippot harangue son monde. Surtout, il ne parle que de Liberté. Liberté ! Et je me souviens d’une époque bénie ou les chansons n‘évoquaient que cela. Liberté comme le demandaient les beatniks ! Freedom comme le hurlait Richie Havens ! Une période où les libertés nouvelles se gagnaient au jour le jour. Où malgré la science-fiction la plus lucide, d’Orwell a Asimov, on n’osait imaginer que ces libertés nous seraient bientôt confisquées une à une. On se souvient que les premières mesures de privation, finalement, l’ont été pour des raisons sanitaires. Le Tabac ! les limitations de vitesse ! Oui, cela a commencé ainsi et personne n’a rien vu. Pensez donc ! La santé, c’est intouchable ! La ruse était maligne.
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Depuis. On est allé jusqu’au bout. Interdiction de se déplacer, de se rassembler, et ce même en famille, fermeture des commerces, interdiction de manifester, interdiction de l’Art, de la Culture (condamnés bientôt à la pire des marginalisations). Interdiction de la vie sociale. Dictature : Comment ne pas utiliser le mot ? Bien sûr, Philippot parle d’oligarchie, de Davos, du « grand reset », rappelle à quel point la crise sanitaire en enrichit certains. Comment tout est forcement lié.
Et moi qui, jadis, ne m’occupais guère de « politique », vaguement anarchiste, ne demandant qu’une chose à l’État, de me laisser vivre à ma guise, je sais que c‘est la première fois, peut être, que j ‘ai envie de me battre. Que j’ai peur d’un futur de Nuit et Brouillard. Et alors que s’élève une Marseillaise, je regarde encore une fois la maigre foule. Dépité d’une si maigre adhésion, je rêvasse aux forces en présence. Je rêve d’une coalition qui puisse renverser le pouvoir via les urnes. Je rêve d’union souverainiste ; comme beaucoup j‘imagine. De Montebourg à Marion ! Que sais-je ? Sans y croire une seconde.
Et je rentre chez moi, rendez-vous pris avec Florian pour un portrait. Façon Harpeer’s Bazaar ou play Boy. Bien gonzo…. Je veux découvrir l‘adolescent de jadis derrière l’homme qui décidément m‘intrigue et – pourquoi le cacher – me séduit par bien des aspects. Il y a des lampions et des guirlandes rue Lecourbe. À led, évidemment, mais c‘est mieux que rien. Depuis toujours, Noël remue en moi le plus dérisoire des ineffables. C’est ainsi. Je pense à des images d’archives, à d’autres Noëls ,sous l’occupation. Quand la désobéissance civile était une vertu, la résistance l’option de bien des braves. Je pense à Hugo racontant les émeutes de Paris, en juin 1832, en 48. Je pense à la Commune et même à Mai 68.
Et hausse les épaules : L’heure peut-elle être encore aux Barricades ?
Il y a de la buée sur mes lunettes noires, et je ne sais si c’est le masque.





