Dans ce texte extrait du Dictionnaire du conservatisme (Éd. du Cerf), la philosophe replace le conservateur dans son biotope, ce lieu commun qui est le monde où, la persévérance s’affronte au réel pour le rendre habitable et transmissible.
Le conservateur ne considère pas la société comme une œuvre d’art nouvelle à créer de ses mains, mais comme un monde qui lui préexiste, avec ses caractères et ses lois propres, qu’il est en charge de veiller et d’améliorer. Le conservateur voit la politique comme une praxis (une action sur une matière déjà là) et non comme une poiésis (une création). C’est pourquoi le jardin représente sans doute le symbole le plus vivant et le plus efficace de la pensée conservatrice. Le jardinier est celui qui se complaît à améliorer de ses mains le monde naturel. Il l’améliore pour son plaisir et son utilité, pour la beauté et l’harmonie. Le conservateur améliore la société par l’éducation et la politique – qui sont des arts de jardinage : ici l’artisan ne crée pas son objet, il le reçoit et le modèle. Il fait cela pour le bien commun, pour le bonheur et aussi pour l’honneur. Car on a à cœur de laisser derrière soi plus et mieux que ce qu’on a reçu et trouvé. Cultiver consiste à grandir ce qui existe hors de soi et selon des lois qui bien souvent nous dépassent. Ce n’est pas un travail mécanique d’accroissement des choses. Mais plutôt (...)
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