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C. D. : « La privatisation d’ADP a vraisemblablement été décidée par Emmanuel Macron pour dédommager Vinci »

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Publié le

6 janvier 2020

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Au-delà de l’assourdissant silence médiatique dans lequel il étouffe, le RIP soulève la question du maintien de la souveraineté nationale face au droit mondialisé à se déplacer. Entretien avec Coralie Delaume.

 

 

 

 

La volonté du gouvernement de privatiser Aéroports de Paris (ADP) est-elle due au fait que ce n’était pas rentable ?

 

C’est au contraire une entreprise très rentable, qui rapporte de l’argent à l’État. En 2018, les dividendes versés par ADP à l’État actionnaire se sont élevés à 174 millions d’euros : des revenus dont la collectivité va être dépossédée avec la privatisation, car c’est le concessionnaire privé qui les empochera. Il faut savoir qu’ADP est une entreprise en pleine croissance, dont le chiffre d’affaires a crû de 24 % en 2018, et le bénéfice de 6,8 %. Si on la privatise, ce n’est donc nullement pour remettre sur pied une entreprise qui se porterait mal.

Au printemps, 248 députés et sénateurs de tous bords se sont alliés pour demander qu’ADP devienne un service public national (ce qui le rendrait non privatisable). Et depuis le 13 juin, la phase de recueil des signatures d’électeurs est ouverte. Il en faut 4,7 millions, ce qui est énorme. Mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras.

Des parlementaires de gauche et de droite se sont rassemblés pour déclencher une procédure de Référendum d’Initiative Partagé (RIP) : en quoi va consister exactement cette procédure de RIP, et comment y participer ?

 

La procédure du RIP est née d’une réforme constitutionnelle de 2008. Elle prévoit qu’à l’initiative de 180 parlementaires minimum, une proposition de loi puisse être soumise à référendum si 10 % du corps électoral apportent leur soutien. C’est la première fois, avec ADP, que cette possibilité démocratique nouvelle est utilisée. Au printemps, 248 députés et sénateurs de tous bords se sont alliés pour demander qu’ADP devienne un service public national (ce qui le rendrait non privatisable). Et depuis le 13 juin, la phase de recueil des signatures d’électeurs est ouverte. Il en faut 4,7 millions, ce qui est énorme. Mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. L’inscription se fait de manière très officielle sur un site ad hoc de ministère de l’Intérieur : www. referendum.interieur.gouv.fr.

 

Lire aussi : Les liquidateurs

 

La mobilisation a d’ailleurs atteint maintenant le million de signatures : Emmanuel Macron avait promis d’abaisser le seuil à ce nombre, croyez-vous qu’il tiendra parole ?

 

Malheureusement, je crains que non.

Les journaux télévisés ont à peine évoqué le RIP au moment du déclenchement de la procédure, alors qu’ils nous ont littéralement matraqués pendant toute la durée du grand débat. Pourtant, le RIP est un processus inscrit dans la Constitution, cependant que le grand débat, lui, était une initiative discrétionnaire du Président, sans base légale.

Les opposants ont dénoncé récemment une absence de médiatisation de cette mobilisation, pourquoi ?

 

Parce qu’il y a un black-out médiatique quasi complet ! Si l’on étudie la médiatisation comparée du « grand débat » lancé par Macron pour répondre à la crise des Gilets jaunes, et celle du référendum ADP, il n’y a pas photo. Les journaux télévisés ont à peine évoqué le RIP au moment du déclenchement de la procédure, alors qu’ils nous ont littéralement matraqués pendant toute la durée du grand débat. Pourtant, le RIP est un processus inscrit dans la Constitution, cependant que le grand débat, lui, était une initiative discrétionnaire du Président, sans base légale. Il y a donc un parti pris médiatique évident. Il faut savoir par ailleurs qu’au début de l’été, certains des parlementaires initiateurs ont demandé au CSA d’inciter les chaînes de télé à informer les citoyens. Ça leur a été refusé au motif que « la loi ne prévoit rien d’explicite en ce domaine ». Mais au risque de me répéter, elle ne prévoyait rien non plus sur le grand débat.

La privatisation d’Aéroports de Paris a vraisemblablement été décidée par Emmanuel Macron pour dédommager Vinci (l’acheteur probable et également propriétaire d’une bonne part de nos autoroutes via des sociétés concessionnaires qui sont en fait ses filiales) de l’échec du projet Notre-Dame des Landes.

Les souverainistes et opposants à l’Union européenne l’accusent souvent d’être derrière les privatisations, au nom du principe de « concurrence libre et non-faussée ». Est-ce le cas pour ADP ?

 

Ils ont raison en général, la Commission européenne prescrit régulièrement des ouvertures à la concurrence ou des démantèlements de monopoles publics. Mais s’agissant d’ADP en particulier, pour une fois il n’y a pas de lien. La privatisation d’Aéroports de Paris a vraisemblablement été décidée par Emmanuel Macron pour dédommager Vinci (l’acheteur probable et également propriétaire d’une bonne part de nos autoroutes via des sociétés concessionnaires qui sont en fait ses filiales) de l’échec du projet Notre-Dame des Landes. Une petite privatisation entre amis, quoi.

 

Lire aussi : Un capitalisme fou

 

Avec le mouvement des Gilets jaunes, l’opposition espère capitaliser sur le mécontentement de la France périphérique pour obtenir le nombre de signatures nécessaires au déclenchement du RIP. Y a-t-il véritablement chez les Gilets jaunes un attachement à un service public comme ADP ? Après tout, ce n’est pas une population qui prend souvent l’avion…

 

Un attachement au service public, ça, c’est certain. Parmi les Gilets jaunes, le précédent des autoroutes a été très souvent évoqué. Mais il est vrai que beaucoup de gens utilisent l’autoroute. S’agissant des aéroports c’est différent. Ceci dit, il faut aussi prendre conscience du fait que cette privatisation ne concerne pas uniquement les gens qui ont les moyens de voyager. ADP est une entreprise stratégique au niveau national. Ne serait-ce que parce qu’avec 100 millions de personnes y transitant chaque année, les trois aéroports parisiens (Le Bourget, Orly, Roissy) constituent la principale frontière de notre pays. C’est donc une question de principe. Bien sûr, les partisans de la privatisation expliquent que le contrôle des frontières (douane, police) restera du ressort de la puissance publique. Mais enfin, c’est un principe. Imaginons que demain, ADP soit revendu à un consortium chinois, ainsi que cela s’est produit avec l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Serait-ce sain, en matière de souveraineté nationale ?

C’est-à-dire une véritable machine à cash que le concessionnaire privé aura hâte de faire fructifier. Tout cela sera bétonné au maximum pour construire commerces et hôtels en abondance. Cette privatisation, enfin, ce sera plus de vols, pour plus de rentabilité. Donc plus de kérosène, notamment si est effectivement bâti le terminal 4 envisagé à Roissy.

Ensuite, il y a, attachés à cette privatisation, des enjeux écologiques et d’aménagement du territoire qui concernent tout le monde. Il fait savoir qu’avec ADP vont être cédés 6 700 hectares de terrain aux portes de Paris. C’est-à-dire une véritable machine à cash que le concessionnaire privé aura hâte de faire fructifier. Tout cela sera bétonné au maximum pour construire commerces et hôtels en abondance. Cette privatisation, enfin, ce sera plus de vols, pour plus de rentabilité. Donc plus de kérosène, notamment si est effectivement bâti le terminal 4 envisagé à Roissy. Cela pourrait conduire à faire passer au-dessus de la tête des riverains 500 vols de plus par jour.

 

 

Propos recueillis par Emmanuel de Gestas

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