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Dans les couloirs du temps : la Haute époque

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Publié le

3 février 2026

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Du Roi Soleil aux amateurs du XIXe siècle, la passion française pour l’objet n’a cessé de mêler grandeur et profondeur. Chaque mois, L’Incorrect vous proposera une promenade dans les couloirs du temps.
© Aguttes

Voyez cette image. On se croirait dans un tombeau de la Vallée des Rois en pleine Égypte Antique ! C’est une composition savante mettant en scène des objets d’art de la dernière vente Haute Époque de la maison Aguttes, le 17 décembre dernier.

Au centre, un homme avance. Il avance depuis longtemps, et pour toujours. La jambe gauche tendue, le torse droit, le regard fixé devant lui, il marche sans jamais arriver. Sculpté dans le bois, peint avec soin, il n’incarne pas tant un individu qu’une fonction : continuer à vivre après la mort, continuer à exister pour être reconnu, continuer à être. Sa peau ocre dit la vie sous un soleil absent de la tombe ; sa posture dit le mouvement, figé dans l’immobilité.

À droite, un haut coffret veille. Enduit de stuc, couvert de couleurs et de dieux attentifs, il rassemble protections, formules et symboles. Anubis surveille, Osiris promet. C’est une boîte à continuité : un contrat minutieusement négocié avec l’invisible, décoré avec précision afin d’éviter toute erreur d’acheminement dans l’au-delà.

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Et puis il y a ces visages… À gauche, deux masques. Plus loin, le masque doré : immobile, éternellement jeune. Le masque funéraire regarde sans voir, exprime sans parler. L’or, ici, n’est pas luxe mais langage : il dit que la chair devient divine, que la mort n’est pas une fin mais un passage : administratif, certes complexe, mais parfaitement anticipé. Le défunt possède désormais une identité garantie, reconnue par les dieux comme par le temps.

Ce qui frappe, dans l’art de l’Égypte antique, ce n’est pas seulement la mort – qui est partout – mais la constance. L’art funéraire égyptien présente une unité iconographique et stylistique presque unique. Ainsi, ce masque doré d’époque ptolémaïque, œuvre tardive de l’histoire égyptienne, est-il chronologiquement plus proche de nous qu’il ne l’était, en son temps, des grandes pyramides… ! Et pourtant, il parle le même langage : mêmes codes, mêmes formes, même assurance sereine face à l’éternité. Là où nos styles se succèdent, se contredisent et s’effacent, l’Égypte antique répéta, encore et encore, les mêmes profils, les mêmes glyphes, les mêmes dieux, presque sans discontinuité, durant trois millénaires.

Et tandis que l’Égypte antique s’acheminait doucement vers sa fin, l’Enfant Jésus y séjourna avec la Sainte Famille, fuyant le massacre d’Hérode. Comme si, avant de changer la face du monde, la nouvelle ère avait pris le temps de traverser l’ancienne, d’en éprouver la durée et d’en goûter la densité plurimillénaire. En regardant ces objets d’art aujourd’hui, hors de leur tombe et de leur sable, quelque chose interpèle. Ces objets, conçus pour durer toujours, nous parviennent chargés d’une ironie discrète. Ils avaient tout prévu, sauf nous ! L’homme marche encore. Le masque brille toujours. Simplement, l’au-delà a changé d’adresse. Et l’éternité, manifestement, s’accommode fort bien de notre contemplation !

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