« Je prends l’avion, mais pour l’environnement j’ai déjà fait ma part : j’ai avorté », ricanait une des chroniqueuses-humoristes dont France Inter a le secret. Ce genre de plaisanterie n’est qu’un des avatars du malthusianisme ambiant qui règne sur notre société. Faire taire ce mantra selon lequel il faut arrêter de faire des enfants pour sauver la planète, voilà le moindre des bienfaits de l’essai salutaire La Bombe de la dénatalité. L’auteur, Oscar Bockel, est un haut fonctionnaire et diplomate spécialiste de la démographie. Il publie au Cerf son premier ouvrage, richement documenté, et rempli de démonstrations limpides.
Le livre commence par illustrer l’étendue du choc démographique. Non, l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs, ni les populations plus fertiles. Quelques chiffres : le monde était à 5,3 enfants par femme en 1963, il est aujourd’hui à 2,2, soit à peine au-dessus du seuil de renouvellement. Même l’Inde vient de passer sous ce fameux seuil et s’apprête à voir sa population décliner. La France a raison de se désoler de son 1,56 enfant par femme, mais il suffit de se comparer pour se consoler (un peu). La Tunisie est à 1,45, la Thaïlande à 0,87… Sauf exceptions, souvent en Afrique subsaharienne, ce déclin est mondial.
Il ne s’agit pourtant pas de nier la gravité de la situation, au contraire. Le titre du livre est éloquent, et l’Europe n’a pas fini de payer le prix de sa chute de natalité. Pour illustrer le bouleversement en cours, Bockel compare la situation avec deux des plus gros chocs démographiques négatifs qu’a connus l’Europe : « D’un point de vue purement quantitatif, le niveau actuel de la fécondité européenne équivaut à subir une épidémie de Peste noire par génération et le niveau français à combattre une Première Guerre mondiale permanente. » Voilà qui remet les choses en perspective.
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Ce déclin est d’autant plus inquiétant que la dénatalité est un phénomène qui s’auto-alimente : « L’effacement de la norme sociale de l’enfantement le rend considérablement plus difficile, avec des sociétés qui s’organisent progressivement autour des personnes célibataires. Sur le plan matériel, du marché du logement à l’aménagement urbain, en passant par les rythmes de travail et l’offre de loisirs, tout est de moins en moins pensé pour accueillir des familles. Sur le plan culturel, la tolérance aux enfants diminue à mesure que ceux-ci sortent de nos vies. » Sans compter l’effet incitatif qu’il y a à être entouré d’amis ayant des enfants, le mimétisme étant un mécanisme humain fondamental.
Si l’auteur répète que le déclin est multifactoriel, il insiste sur une cause particulièrement déterminante : l’arrivée du smartphone, et avec lui, le scrolling, les réseaux sociaux, les applications de rencontre. Les raisons qu’on suppose facilement pour expliquer la dénatalité sont remises à leur place : éco-anxiété, infertilité… L’effet de ces phénomènes, sans être nul, doit être largement relativisé d’un point de vue global. La principale raison est bien l’effondrement du couple et de la famille, plus largement l’individualisme général et le délitement des liens sociaux. Point de panacée face à cela ! Mais l’auteur insiste sur le levier du « troisième enfant ». Logique : difficile de convaincre les couples sans enfants de bouleverser leur vie. À l’inverse, la possibilité pour les foyers ayant deux enfants d’en accueillir un troisième passe surtout par des considérations matérielles.
Les périodes de dénatalité ont déjà eu lieu plusieurs fois dans l’histoire, rappelle Bockel. En citant le démographe Alfred Sauvy : « Lorsque les Barbares se sont présentés aux portes de Rome, les autorités ont trouvé des terres à leur donner, mais non des soldats à leur opposer. »





