Skip to content

Dominique Reynié : Feu sur l’euthanasie !

Par

Publié le

14 avril 2026

Partage

Avec « Accompagner ou provoquer la mort », le politologue Dominique Reynié publie une somme parfaitement documentée sur les ravages que provoquerait une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.
© Benjamin de Diesbach

Fin février, l’Assemblée nationale approuvait en deuxième lecture la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté en une version très permissive, puisque beaucoup des « garde-fous » étaient finalement retoqués. Cette légèreté satisfaite avec laquelle une loi si grave, qui s’apprête à renverser le plus vieil et le plus universel interdit humain, nous faisant par-là sortir des voies de la civilisation, est avalisée par la représentation nationale, dans l’indifférence à peu près générale de nos compatriotes, a de quoi faire frémir. Le char moderne avance avec fureur ; il dévale la pente du progrès, renverse tous les obstacles, répand dans son sillage cette culture de la mort dénoncée par Jean-Paul II dans Evangelium vitae.

Heureusement, quelques David se sont levés pour tenter d’en arrêter la course infernale. Le dernier en date : Dominique Reynié, président de la Fondapol, qui réalisait en janvier une enquête d’opinion poussée sur l’avis mitigé des Français à propos de ladite loi, et faisait la tournée des plateaux pour redire la gravité de l’acte euthanasique. Voilà que le même Reynié publie, avant le round décisif, Accompagner ou provoquer la mort, un ouvrage salutaire regroupant les contributions de médecins, juristes, psychiatres et experts de la santé qui, en s’appuyant sur la réalité clinique et les expériences euthanasiques à l’étranger, examine de manière exhaustive les conséquences funestes que provoquerait une légalisation de l’euthanasie. Il ressort de cet essai que cette légalisation serait une aberration (ce mot est le nôtre) à tous les niveaux.

Aberration médicale. Cette loi repose sur un mensonge : l’idée que l’euthanasie ou le suicide assisté serait un soin parmi d’autres. Or, ceux-ci ne suppriment pas la souffrance comme ils le prétendent (ce que la loi actuelle permet en revanche de faire, pour peu que les soins palliatifs soient partout développés), mais la vie en tant que telle. Une rupture du serment d’Hippocrate qui provoquerait une révolution copernicienne de la médecine, faisant du soignant un prestataire de services sommé de satisfaire les desideratas de ses patients-clients, quand bien même ceux-ci contreviendraient à sa vocation. Les médecins devront commettre un acte dont l’interdiction tenait lieu de principe fondateur – raison pour laquelle de nombreux professionnels de santé s’y opposent. L’ouvrage montre du reste l’incompatibilité entre euthanasie (éthique de l’autonomie) et soins palliatifs (éthique de la vulnérabilité) ; les pays ayant légalisé le premier tendent inévitablement à marginaliser les seconds. Il faut choisir.

Aberration sémantique. Les débats ont vu fleurir tout un tas d’expressions – « fin de vie », « aide active à mourir », « mourir dans la dignité », « secourisme à l’envers » – au détriment du vocabulaire admis (le mot « euthanasie » qui a disparu) à des fins ouvertement manipulatoires. Il s’agit d’accentuer la dimension compassionnelle de la démarche, pour mieux masquer l’inhumanité de l’acte.

Lire aussi : Geoffroy de Lagasnerie : quand la gauche veut en finir avec la démocratie

Aberration éthique. La dignité est intrinsèque à l’être humain en tant que sujet moral, et non fonction de ses moyens physiques et mentaux. Cette légalisation serait par ailleurs la transgression du plus puissant interdit humain, acte qui annonce l’érosion de toutes les barrières érigées pour contenir les conséquences de cette transgression première : dans tous les pays l’ayant légalisé, l’euthanasie échappe vite à toute forme de contrôle. Euthanasier qui le demande, c’est ne pas mesurer la fluctuation des sentiments provoquée par la fin de vie, et ne pas comprendre que pareille demande est avant tout un appel à l’aide. Dans ces situations de détresse, comment s’assurer du consentement libre et éclairé de la personne, face aux pressions sociales, familiales ou économiques ? Le recours écrasant à l’euthanasie plutôt qu’au suicide assisté dans les pays ayant légalisé les deux montre que beaucoup préfèrent recourir à un tiers pour aller au bout de la démarche, preuve d’un chancellement au moment fatidique. Enfin, l’essai dévoile l’opportunisme financier de l’euthanasie pour des sociétés endettées et vieillissantes, preuve en est le soutien cynique des mutuelles.

Aberration sociale. Les psychiatres, gériatres et spécialistes du handicap nous avertissent, la légalisation de l’euthanasie va distordre notre regard envers les plus vulnérables, leur et nous suggérant qu’un tel état ne vaut pas la peine d’être vécu. C’est un « validisme » de fait (déjà auguré par l’avortement systématique des trisomiques) qui n’aura rien à envier aux eugénismes du siècle dernier. Par ailleurs, les cas à l’étranger le démontrent, les pauvres et les isolés sont surreprésentés dans le recours à l’euthanasie. Puisque la grandeur d’une civilisation se mesure à la manière dont elle traite ses êtres les plus fragiles, c’est un devenir-barbare qui guette notre société « inclusive ».

Aberration juridique. La légalisation de l’euthanasie entrerait en contradiction évidente avec des principes précieux de notre droit pénal. Que deviendrait l’obligation de porter secours à une personne en danger, ou la pénalisation de l’incitation au suicide ?

Aberration philosophique. L’euthanasie serait le moyen de maîtriser ses fins dernières – or, la mort s’impose à nous quoiqu’on le veuille, cette maîtrise est donc illusoire. L’euthanasie relèverait de la liberté corporelle – mais alors pourquoi ne pas permettre l’euthanasie pour tous, quels que soient l’âge, la santé et les motifs, en plus de légaliser les drogues et la vente d’organes ? L’euthanasie serait un acte individuel n’enlevant rien aux autres – or, elle a des conséquences lourdes sur les médecins, les proches et la société.

Aberration politique. Tout dans le processus a été vicié, depuis les avis réversibles du Comité consultatif national d’éthique jusqu’aux débats biaisés de la Convention citoyenne. Les progressistes imposent une mesure qui est loin de figurer parmi les préoccupations prioritaires des Français. Aucun vrai débat n’a eu lieu. La majorité transitoire et divisée qui s’apprête à voter ce texte a été élue dans des conditions rocambolesques suite à la dissolution, et n’a jamais abordé ce sujet durant une campagne électorale exécutée à la hâte. Contrairement à ce qui est dit, la France n’est pas du tout à la remorque du progrès, puisque seuls neuf pays ont légalisé euthanasie et suicide assisté, et cinq le suicide assisté.

Aberration démocratique. L’étude de la Fondapol, reproduite dans cet essai le prouve, la majorité des Français n’est pas favorable à cette loi. Ils n’en ont pas suffisamment discuté ; ils veulent donner la priorité aux soins palliatifs ; ils rejettent nettement les conditions de mise en œuvre de l’euthanasie et craignent que les plus fragiles y recourent. Les oppositions, très marquées chez les jeunes, se manifestent dans tous les groupes politiques et sociaux.

Puisse ce constat documenté, précis et implacable – auquel il manque toutefois l’expertise des trois monothéismes pour être tout à fait complet – faire comprendre à nos responsables politiques le drame qui se joue. Rabelais l’avait dit : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »


ACCOMPAGNER OU PROVOQUER LA MORT ?, DIR. DOMINIQUE REYNIÉ, ÉDITIONS DE L’OBSERVATOIRE, 360 P., 24 €

EN KIOSQUE

Découvrez le numéro du mois - 6,90€

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest