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Éditorial culture de Romaric Sangars : 2026, réaction créatrice

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Publié le

9 janvier 2026

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« On est passés de Jean-Paul Sartre à Emmanuelle Béart et des disciples de Michel Foucault aux invités de Jean-Pierre Foucault. » Éditorial culture du numéro 93.
© Alireza Heidarpour - Unsplash

2026 sera maoïste, si l’on en croit Jean Berthier et il n’y a malheureusement guère de raisons de douter de son affirmation. Obsession égalitaire, tabula rasa, dévalorisation des anciennes autorités mais contrôle idéologique permanent assuré par l’enrégimentement des plus crédules, c’est-à-dire des plus jeunes, qui vous lynchent symboliquement sur les réseaux, plutôt que concrètement dans la rue comme à l’époque du stade artisanal du wokisme, enfin du maoïsme. On va encore beaucoup rire. Les nouveautés en sont rarement, les mêmes fièvres reviennent toujours infecter les esprits, les mêmes déconstructions qui donnent les mêmes ruines, et les mêmes ruines les mêmes réactions créatrices. Plutôt que du conservatisme ou de tendances rétrogrades, revendiquons-nous de cette réaction créatrice.

La différence avec les années 70 du siècle dernier, c’est néanmoins le déclin du prestige des intellectuels. Ce ne sont plus eux qui régentent les modes idéologiques, à moins qu’ils sachent se recycler en YouTubeurs loquaces. Je ne m’en plains pas en soi, pensons que ces prophètes version Lumières, à part Camus et Bernanos, ont systématiquement opté pour le totalitarisme ; le côté Néron des poètes athées. Bernard de Clairvaux ou François d’Assise, tout illuminés qu’ils fussent, se montraient tout de même des guides moins hasardeux que les philosophes rationalistes. De là à substituer à ceux-ci, comme cela se produisit dans les années 80, des chanteurs de variété, des clowns et des actrices, c’est un élargissement qu’on peut trouver un peu trop vague.

On est passés de Jean-Paul Sartre à Emmanuelle Béart et des disciples de Michel Foucault aux invités de Jean-Pierre Foucault. Désormais la première influenceuse venue prétend éclairer les âmes et désigner, du bout de ses faux ongles, l’horizon aux masses. C’est le progrès, mais comme depuis deux siècles, toujours dans le sens de la descente.

Lire aussi : Éditorial culture de Romaric Sangars : Du faible niveau des assaillantes

« D’où parles-tu, camarade ? », demandaient les maos, et finalement, au milieu de leur fatras jargonneux, ce n’était pas une si mauvaise question, à condition de l’arracher à son ornière économico-sociale. Mieux vaut écouter des artistes qui parlent à partir d’une expérience forte qu’à partir d’une grille idéologique à la mode, ce qui reste la meilleure manière de se donner une consistance quand on n’a rien à dire. C’est parce qu’Olivier Marchal est un ancien flic que ses tragédies modernes affichent un tel relief, qu’elles drainent une telle charge, que leur tension s’allume à des pôles actifs. C’est parce que Nicolas Chemla est absorbé réellement dans d’autres dimensions en traversant les tunnels qu’il peut révéler quelque chose de singulier au lecteur. C’est parce que Choderlos de Laclos était vraiment militaire qu’il a pu exprimer les codes du libertinage selon des logiques stratégiques, qu’il a su associer des réalités inédites avec une telle force de détonation.

« Qu’est-ce que tu as traversé, camarade ? », devrait être la question posée à tout créateur. Copier ceux qui ont traduit une navigation physique ou psychique sans avoir soi-même éprouvé l’expérience en question ; jouer aux sous-Artaud, aux sous-Hugo, aux sous-Baudelaire, voilà ce que font la plupart des faiseurs qui marchent, aujourd’hui comme hier, dénaturant ce qu’ils prétendent incarner. L’expérience seule porte à la nouveauté, parce qu’elle implique une incarnation unique du phénomène. Tout le reste est redite. On est resté imperméable ou préservé ou tiède, alors on enfile une posture, on récite un catéchisme, on adapte une œuvre du passé aux canons moraux du jour : grande manie actuelle, éternel viatique des impuissants.

Face à l’épreuve, au déclin, au piège utopiste, on peut toujours réagir, forger la riposte, décupler l’énergie vitale. Alors nous serons de taille à affronter notre temps et, au lieu d’en être le simple produit, nous lui imprimerons une courbure imprévue. Faisons de 2026, également, un grand moment de réaction créatrice.


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