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Éditorial d’Arthur de Watrigant : Dans la brume

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Publié le

5 février 2026

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« À force d’avoir becté l’héritage gaullien comme un vulgaire jouisseur soixante-huitard, nos dirigeants successifs ont dénudé la France. » Éditorial du numéro 94.

La vie est compliquée. Lorsque les grands sujets de débat ne sont plus le taux de CSG ou le nombre de fonctionnaires payés pour se tourner les pouces, mais la souveraineté, la fragilité d’une nation ou le risque de voir une ogive nucléaire venir nous chatouiller les oreilles, soudain la nuance ou la morale se révèlent bougrement plus complexes. Limite suspectes. Plus le sujet est vital, plus la polarisation s’intensifie et plus nous sommes sommés de choisir un camp. « En matière de genre, je suis totalement binaire. En matière intellectuelle, je suis non binaire », a malicieusement glissé Alain Finkielkraut au Figaro. Avec Un Coeur lourd, le philosophe, poussé par Vincent Trémolet de Villers, publie une nouvelle pépite. Les idées ne se développent pas sur une autoroute rectiligne, tout comme l’honnêteté et la droiture ne s’amarreront jamais à une étiquette. Surtout politique. S’il y en a bien une que beaucoup aimeraient voir pendue pour haute trahison, c’est Marguerite Stern. Après avoir dévoilé son corps chez Femen pour une cause, elle dévoile aujourd’hui son âme dans un livre (Les Rives contraires) pour une quête. Une quête violente, douloureuse, mais aussi brûlante et lumineuse. Elle nous rappelle que chercher la vérité se paye au prix fort. À gauche comme en islam, l’apostasie vaut une condamnation définitive. Mais la droite se garderait bien de se croire immunisée.

Après un an d’ouragan Trump, le brouillard s’épaissit. L’Américain, dans son style de brute de primaire, rappelle que dans ce bas monde, tout n’est que rapport de force et que la politique est aussi une histoire de volonté. Vu de France, ça fait tout drôle. Les cartes sont rebattues. Oui, il a montré que le sens de l’histoire n’était qu’une invention gauchiste pour leur permettre de rester un peu plus longtemps sur le trône. Oui, il prouve qu’avec de gros moyens on peut dégager une ordure de dictateur qui arrose l’Europe de cocaïne et finance les islamistes, ou arrêter la pluie de bombes à Gaza qui ne tombent pas que sur des terroristes. Oui, il est le seul espoir du peuple iranien pour le débarrasser des bouchers enturbannés qui le massacre. Mais il rappelle aussi que personne n’est à l’abri de l’ubris, qu’humilier les plus faibles est vraiment l’apanage des petites frappes, même élues, et qu’une nation n’a pas d’amis mais uniquement des intérêts. America First avait promis Trump, et il le fait ; qu’importe s’il pique le Groenland, tant pis s’il sacrifie l’Ukraine.

Lire aussi : Éditorial d’Arthur de Watrigant : Boussole

Voici la triste réalité : l’indépendance n’a jamais existé sous protectorat. À force d’avoir becté l’héritage gaullien comme un vulgaire jouisseur soixante-huitard, nos dirigeants successifs ont dénudé la France. Nous voici relégués au rôle de commentateurs, loin du terrain. Mais commenter n’oblige pas à se fourvoyer dans le patriotisme de substitution, qu’il soit russe ou américain. Ni à répéter comme un perroquet les mensonges de Poutine ou à dire Amen à chaque sortie trumpienne, surtout pour justifier la mort d’une femme ou d’un infirmier à Minneapolis alors même que les enquêtes n’auront pas lieu. Certes la force est séduisante, l’héritage des Huns nettement moins.

Le meilleur moyen de percevoir encore quelque chose dans cette brume épaisse reste encore de se tenir debout et bien droit, l’intérêt supérieur de la nation comme objectif, le bien commun comme morale et le doute comme garde-fou. Mais comment douter quand l’espace médiatico- politique se communautarise ? Comment douter quand après des décennies de nazification par la gauche, le camp national a enfin voix au chapitre et l’esprit de revanche ? Comment douter quand le débat se réduit à criminaliser un adversaire devenu ennemi, chacun planqué dans son bunker ?

C’était peut-être aussi cela la mission de l’audiovisuel public : une agora où les cervelles se frottent et les opinions se confrontent. Une mission qui n’a jamais semblé aussi nécessaire qu’aujourd’hui. Dommage qu’une caste endogamique, aussi prétentieuse que détestable, l’ait oublié.

Quand la parole s’éteint, le bruit des fusils résonne.


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