Il s’appelle Ambroise. Il est arrivé sur terre il y a un peu moins de trois ans avec de sacrés bagages en soute. Bien lourds. Ses parents les portent, sans jamais se plaindre, toujours joyeux. Ils sont admirables. Si on avait demandé son avis à une Intelligence artificielle ou à un médecin amnésique de son serment, il ne serait pas là. Les statistiques le donnaient bon perdant. Il n’aurait même pas dû franchir la ligne d’arrivée. Chez Ambroise, il n’y a pas grand-chose qui va. Rien n’est vraiment au bon endroit, on lui a même greffé un robinet au-dessus du nombril pour qu’il se nourrisse. Il est toujours là, défiant les probabilités. Un large sourire se dessine jusqu’à ses grosses lunettes, laissant juste apparaître deux petites dents. Le sourire des innocents. Sa tête lourde, perchée sur un petit cou, tombe en arrière. La position parfaite pour regarder le ciel. Il n’entend rien, ne voit pas grand-chose, mais dans la pénombre, il discerne mieux que nous tous la lumière.
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Samedi 26 septembre, il s’est rendu sur les Champs-Élysées, à l’appel du pape Léon XIV, entouré de plein d’autres petits Ambroise. Ils volaient au-dessus de la foule ; l’homme en blanc les attendait. Le monde s’est ému de voir Léon XIV les bénir. Même ceux qui, la veille encore, faisaient la promotion de leur mise à mort in utero ou dans les Ehpad. « Vous n’êtes pas un poids, vous êtes le coeur battant de notre humanité », a affirmé le Saint-Père le lendemain à Lourdes, la capitale mondiale du christianisme. Léon XIV est à l’image du Christ, doux et humble. Il ne nous engueule pas, en plus. Discret, il a remis la fonction au centre. Une autorité morale pour l’humanité tout entière. Les « grands de ce monde » ont joué des coudes pour être au pied de l’autel, à côté des pauvres et des malades. Ils étaient tous là : des ministres, en poste et anciens, des candidats, des influenceurs, des industriels et même une première dame. Qui peut conduire un tel troupeau sinon le Christ ? Derrière eux, une foule immense, joyeuse comme au Paradis. Il y avait bien çà et là quelques râleurs et de vieilles reliques soixante-huitardes qui ne comprenaient pas. Ils se sont fait rouler dessus par la ferveur et la liesse des catholiques. La veille, la jeunesse avait pris d’assaut le Stade de France. Plus un strapontin de disponible, et toutes les places étaient parties, un jour d’août, en moins d’une heure. « Vous êtes les saints de France », leur a lancé Léon XIV. Lui a compris ce que nous n’avions pas vu. Une jeunesse qui a soif et tape à la porte des églises. Un renouveau par le bas. Ils sont minoritaires, mais s’en tamponnent. Depuis quand les majorités changent le monde ? Cette jeunesse n’est pas honteuse, bien au contraire, elle est fière et radieuse. Elle a l’âme brûlante et le cœur débordant d’espérance. Elle a la foi. Celle qui élève des cathédrales, fait danser les mots et illumine le monde. Les montagnes n’ont qu’à bien se tenir.
Ce samedi 26 septembre, il n’y avait plus d’adversaire ni d’ennemi. Juste une belle et grande famille. Personne n’avait remarqué l’absence d’Emmanuel Macron. Au milieu d’eux, le Saint-Père est venu rappeler une chose : la vérité est le Christ. Il a évincé les idoles qui ne donnent rien mais qui prennent tout. « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire », répondait la petite bergère de Lourdes à ses accusateurs. Venus de toute la France sans sabots mais le cœur pur, ils ont chanté le Salve Regina à l’unisson et sous nos pieds, on pouvait sentir vibrer de nouveau des racines millénaires. La chrétienté est en ruines, la fille aînée de l’Église a encore été infidèle, mais ce week-end-là, la France avait le visage de la fille prodigue. Elle était belle.
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