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Édouard Louis pense-t-il la littérature aussi mal qu’il l’écrit ?  Oui

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Publié le

13 novembre 2025

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Édouard Louis publie dans la collection de son ami Lagasnerie un recueil d’entretiens avec Mary Kairidi, méditations dirigées faisant office de manifeste pour une littérature « radicale, contemporaine, lyrique et révolutionnaire. » Le camarade Louis y avoue ses postulats, assénant d’emblée que « tout est explicable », au sens que des leviers sociologiques expliqueraient tous nos goûts, nos penchants et nos destinées. Ce « tout est explicable » réduit l’individu à un pur jouet des circonstances absolument dénué d’intériorité réelle comme de libre arbitre. On ne voit donc pas dans quelle zone, à partir de là, dans quelle solitude habitée, dans quelle âme, oserais-je dire, la littérature pourrait trouver une quelconque résonance, si le lecteur n’est plus qu’un sac de conditionnements qu’on pourrait retourner en épuisant alors tout le mystère. Autre postulat : l’émotion en littérature serait suspecte en raison des préjugés bourgeois anti-peuple méprisant également le corps et l’explicite. Et le romantisme, cette grande réaction contre la cérébralité française du XVIIIe ?

En quoi, dans la doctrine moliéresque du « plaire, émouvoir, instruire », l’émotion est-elle suspecte ? Comment prétendre que le naturalisme ou l’expressionnisme ne seraient pas explicites ? Ces fausses généralités permettent à l’auteur d’évacuer la question réellement esthétique de l’articulation pertinente de l’émotion avec la pensée et la forme, que lui-même ne maîtrise pas, car il oscille, dans ses fascicules plaintifs, entre sentimentalisme facile et étonnements bourdieusiens faussement intellos, en déplaçant chaque question sur la même éternelle grille de lecture binaire qu’il affectionne : dominants-dominés, et en fonction de laquelle il voudrait réduire toute la réalité du monde extérieur.

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Pas étonnant qu’à partir du moment où l’homme est vide et le monde binaire, sa liberté devienne aberrante, puisqu’elle n’est plus que la tentation de choisir le mauvais camp, celui des dominants. Aussi Louis reproche-t-il à Sartre de vouloir préserver la liberté du lecteur, cette liberté étant dès lors comprise comme une possibilité de déni devant la binarité à laquelle, par une posture de la « confrontation » Louis veut nous soumettre, la littérature devenant un complément de propagande. Ce jeune homme d’à peine trente ans vendu comme icône subversive pour boomers par de puissants relais dans l’édition, l’université et les médias, objectivement du côté des dominants idéologiques du pays, va donc nous contraindre à prendre parti pour la révolution intersectionnelle à coups de constats brutaux et larmoyants, au moment où la pseudo élite culturelle du pays s’est lancée dans le wokisme mondial.

« Que faire de la littérature ? », l’enrégimenter, nous explique donc Édouard Louis au fil de sa traversée confuse de l’histoire littéraire mêlée à ses ressentiments de transfuge étoilé.Et s’il écrit plat, ce n’est pas parce qu’il n’a pas les moyens de faire autrement tente-t-il de nous prouver en improvisant une phrase pompeuse la bouche en cul-de-poule (on imagine), mais parce qu’il suit Rothko et Annie Ernaux (deux voies opposées), lesquels, en art, changent de perspective plutôt que de manière. Sa modernité a donc l’âge de ses arrière-grands-parents et imiter une vieillarde nobélisée serait le nec plus ultra de l’avant-garde. En réalité, cet art au premier degré visant la sidération de l’intelligence, le chantage à l’émotion, l’utilité politique directe n’est qu’une vieille resucée de l’art totalitaire du xxe siècle, sans le style et la rhétorique de l’époque. Le point de vue « depuis sa petite bulle narcissique » est en fait la seule minuscule innovation, conforme à l’esprit du temps, qu’apporte Édouard Louis dans cet
antique et misérable dévoiement.

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