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Emilia Perez : Un bibelot sociétal

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21 août 2024

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Dans Emilia Perez, sensation multi-primée de Cannes, Jacques Audiard transforme le genre de la comédie musicale en démonstration de force néo-libérale. Navrant.
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La violence masculine et sa transmission hantent le cinéma de Jacques Audiard. Tout comme les familles recomposées qui, dans, prenaient la forme d’une colocation pansexuelle multiraciale – ou à peu près. L’âge aidant, la soif de genres semble animer Audiard qui après le western (Les Frères Sisters) investit la comédie musicale, avec la prise de risque supplémentaire d’un idiome qu’il ne maîtrise pas : l’espagnol. Trois films, trois genres, trois langues, qui dit mieux ? On aimerait saluer la ré- invention constante, mais Emilia Perez ne casse pas le genou à un débiteur de la mafia.

Le retour à ses thématiques de prédilection – fatum violent, emprise genrée – est maquillé par le dépaysement général puisque le film débute avec le changement de sexe d’un baron mexicain de la drogue : Manitas Del Monte (Karla Sofia Gascón) qui met littéralement sa mort en scène pour reparaître dans la vie de sa veuve (Selena Gomez) et de ses enfants quelques années plus tard, trans- formé en une lointaine cousine qui va prendre soin d’eux, le tout grâce à l’entregent d’une avocate, Rita (Zoe Saldana) embauchée pour organiser son opération et plus tard ses activités philanthropiques.

DU CINÉMA DE GENRE BINAIRE MAIS POST-SEXUEL

Emilia Perez, d’après le nom d’élection du héros-héroïne, est une histoire de rédemption. Le méchant trafiquant de drogues devient une grande conscience qui finance une ONG pour retrouver les cadavres des victimes disparues assassinées par les cartels, et donc par ses œuvres. L’ombre portée d’Almodóvar se fait sentir tout le film. La problématique sexuelle de Manitas-Emilia est aussi gratuite que le personnage de Carmen Maura dans La Loi du désir (1986), puisque chez Almodovar, l’usage du trans rompait avec le franquisme congédié, faisant office de signe de libération et rien de plus. Chez Audiard, il marque à la fois le refus du virilisme et la réquisition optimale d’un sujet de société qui fait recette.

Emilia Perez est un pur produit du néo-libéralisme ; l’argent y achète tout, le sexe, la famille, le respect, le pardon.

Soyons persifleurs, si le cannibalisme intrafamilial était une valeur prônée par l’audiovisuel public pour devenir soi-même, Manitas boulotterait ses moutards plutôt que de subir une vaginoplastie. Le film ne dépasse pas la binarité attendue : Manitas a une voix de rogomme et l’allure de la Bête, Emilia, toute en courbes, est plus douce et presque indécelable. Pour signifier que la personnalité homme – macho, dominatrice – reprend possession d’Emilia, la voix de Gascón devient sourde et basse, comme si elle prenait racine dans des organes fantômes.

FÉMINISME D’ATMOSPHÈRE ET OPPORTUNISME FRONTAL

Les numéros dansés en mettent plein la vue, sans séduire une seule seconde ; la musique de Clément Ducol et de Camille est trop abusivement percussive, à l’exception de Mi camino, tube à venir de Selena Gomez. Des morceaux de bravoure avec danseurs survoltés dénoncent les avanies mexicaines. Le féminisme d’atmosphère, qui vend sa pacotille sur la terre entière, tourne à plein régime. Emilia Perez est un pur produit du néo-libéralisme ; l’argent y achète tout, le sexe, la famille, le respect, le pardon. Dans un moment remarquable – au sens propre – l’avocate d’Emilia se plaint de trop travailler et d’être seule, sa patronne lui propose alors d’acheter un enfant. Danseuse de formation, l’implication de Zoe Saldana saute aux yeux, mais de là à mériter un prix d’interprétation, il y a un monde… Des trois autres actrices récompensées à Cannes, Selena Gomez est sans doute la plus méritante, qui amène une vraie sensibilité à son rôle (le plus classique).

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Volontariste et roublard, Emilia Perez se clôt dans le drame et les pulsions déchaînées avec fusillades et course-poursuite, et par un rappel de la formule éculée de Ford : « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende. ». Mais Emilia Perez est tellement superficiel qu’il ne saurait atteindre aucun des deux registres. Puant le fric et l’opportunisme – valeurs défendues par le film au premier degré –, il ne se pose qu’en bibelot sociétal hypertrophié.

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