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Dimanche 2 décembre, le parti Vox, créé en 2013, a remporté 12 sièges aux élections en Andalousie et mis fin à la domination de la gauche dans la région la plus peuplée du pays. Santiago Abascal, président de Vox et grand espoir « populiste » de la droite espagnole, a rencontré L’Incorrect. Entretien exclusif et en avant-première.
Pour l’heure, VOX n’est pas encore une formation politique très connue en France. Pouvez-vous nous la présenter en quelques mots ?
VOX est un parti qui s’est formé avec l’idée de représenter une grande partie de la population espagnole qui était orpheline, prise en otage par le politiquement correct et la tyrannie médiatique d’une gauche détentrice d’un monopole sur la parole publique. Nous défendons sans complexe l’unité de l’Espagne, un changement important de notre organisation territoriale, notre identité nationale, la famille et la vie, la réduction de la fiscalité et le contrôle de l’immigration illégale.
Les médias français vous dépeignent comme un parti d’« extrême droite ». De notre point de vue, vous seriez plutôt d’une droite authentique. Qu’en pensez-vous ?
VOX est un parti d’extrême nécessité. Nombre de nos propositions s’affranchissent du traditionnel clivage opposant la droite à la gauche, parce qu’elles répondent à des interrogations transversales, comme la défense de la souveraineté nationale, la régulation de l’immigration ou la menace totalitaire de l’idéologie du genre. Mais dans tous les cas, oui, on peut dire que nous ne sommes pas un parti de gauche.
De toutes les manières, nous nous moquons des étiquettes que nous collent les médias de l’oligarchie et que nous considérons comme des décorations. S’il nous diabolisent, c’est pour nous la preuve que nous sommes sur la bonne voie.

À en croire les sondages, le thème de l’immigration, majeur partout ailleurs en Europe, serait une problématique moins essentielle pour les Espagnols. Comment l’expliquez-vous ?
Les chiffres de l’immigration en Espagne n’ont pas encore atteint des niveaux comparables à ceux d’autres pays d’Europe. Et parmi les immigrés venant chez nous, il y a des Hispano-Américains, qui ne présente pas les difficultés d’intégration de l’immigration issue de pays musulmans par exemple. Nous croyons que le problème de l’immigration illégale nécessite de prendre des solutions urgentes, car c’est un défi important pour notre nation.
Plus précisément, nous demandons le retour au pays des immigrés clandestins, mais aussi des immigrés présents légalement sur le territoire espagnol qui se seraient rendus coupables de crimes ou qui auraient commis plusieurs délits. Nous souhaitons aussi lutter contre les mafias de passeurs, en finir avec l’appel d’air créé par la politique des socialistes et supprimer les dispositifs, connus sous le nom de « situación de arraigo », qui font que les clandestins n’ont aucune peine à être « régularisés ». En définitive, nous réclamons que l’immigration soit régulée selon deux critères clairs: les besoins économiques du pays et la capacité d’intégration des immigrants.
« Nous avons une certaine admiration pour Viktor Orban, pour l’exemple qu’il donne en résistant aux intolérables pressions que le Parlement européen et la Commission exercent contre la Hongrie.» Santiago Abascal
Comment jugez-vous la politique du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez ? Proche de celle d’Emmanuel Macron ?
La politique menée par Pedro Sanchez est une honte pour l’Espagne. Un gouvernement de nature golpiste constitué de socialistes et de gens d’extrême gauche, alliés à des mouvements séparatistes régionaux, ne peut assurer, ni la stabilité institutionnelle, ni la prospérité économique de notre pays. Quant à Emmanuel Macron, il me semble plus proche des orientations politiques de Ciudadanos et de son président, Albert Rivera*1 .
Vous pensez pouvoir obtenir un succès éclair à la manière de Ciudadanos ?
Sans aucun doute ! Nous allons connaître un succès spectaculaire. Toutes les enquêtes d’opinion nous accordent une représentation dans toutes les institutions lors des prochains scrutins *2 . Quant à Ciudadanos, je suis persuadé que la bulle se dégonflera tôt ou tard puisque ce parti n’a pas de programme clair et consistant. VOX est, au contraire, fait pour durer.
Si vous le permettez, j’aimerais dire un mot sur Manuel Valls qui va se présenter à la mairie de Barcelone. Sa candidature pathétique est poussée par ceux qui n’osent pas affronter directement le séparatisme ; ils se cachaient derrière le drapeau européen et maintenant derrière lui. VOX propose des solutions beaucoup plus directes pour sortir de la profonde crise que connaît la société espagnole à Barcelone.
Qu’envisagez-vous pour rétablir l’unité de votre nation ?
Vox propose l’arrêt de l’autonomie catalane, ainsi que de rendre illégaux les partis indépendantistes. Nous croyons nécessaire de conduire les responsables devant les tribunaux, tant ceux qui ont organisé la fronde séparatiste que ceux qui y ont consenti.
Qu’est-ce qui vous différencie de Pablo Casado et du Parti populaire qu’il préside ?
J’entretiens de bonnes relations avec Pablo Casado. Le problème est que le Parti populaire a abandonné ses électeurs sur le plan idéologique et qu’il est en décalage avec les attentes de son électorat, notamment par les importantes concessions faites aux différents mouvements séparatistes et à la gauche.
Mariano Rajoy*3 a été totalement incapable d’empêcher la montée annoncée de la sédition catalane et il s’est couché en matière migratoire, en affirmant qu’il ne croyait pas aux frontières. Sur la question du « genre », son parti a suivi à la lettre le calendrier fixé par la gauche mondialiste la plus radicale. Nous pouvons trouver des points d’accord sur des thèmes spécifiques, mais nous avons de la mémoire et nous nous souvenons des scandales de corruption de ces dernières années*4 .
Quels sont les partis politiques qui vous inspirent en Europe ?
Vox est d’abord et avant tout un parti espagnol qui veut répondre aux problématiques espagnoles, sans influences étrangères. Cependant, nous avons des contacts et d’excellentes relations avec diverses formations en Europe, avec qui nous partageons des orientations similaires concernant la défense des frontières, avec qui nous dénonçons conjointement la dérive fédéraliste – je dirais même soviétique – des bureaucrates de Bruxelles.
Nous avons une certaine admiration pour Viktor Orban, pour l’exemple qu’il donne en résistant aux intolérables pressions que le Parlement européen et la Commission exercent contre la Hongrie. Nous serons toujours du côté des partis qui défendent le caractère inviolable de la souveraineté des nations et qui refusent de se voir imposer le multiculturalisme.
Quelle idée vous faites-vous de l’Europe ?
Vox a clairement une vocation européenne, mais nous voulons une autre Europe, une Europe des nations. Nous voulons peser à Bruxelles pour que de nouveaux traités européens soient négociés qui prendront en considération les frontières, la souveraineté nationale, le respect des valeurs et de l’identité culturelle européennes, mais aussi pour que la voix de l’Espagne compte plus dans les décisions prises par les institutions européennes. Nous estimons aussi que les sommes versées par l’Espagne pour les institutions européennes doivent être réduites.
De quoi l’Europe et l’Espagne auraient-elles le plus besoin pour retrouver leur grandeur ?
D’une classe politique renouvelée, qui serait vraiment à l’écoute des problèmes des citoyens et qui prendrait la place de politiciens aux ordres d’une oligarchie que personne n’a choisie.
Le penseur espagnol José Ortega y Gasset a dit: « Alors que le tigre ne peut abandonner sa nature, l’homme vit avec le risque permanent de se déshumaniser. » Croyez-vous que cette phrase soit d’actualité ?
Tout à fait, surtout dans un monde où le mondialisme (que je ne confonds pas avec le phénomène de la mondialisation) prétend imposer un modèle qui méprise la dignité de la personne, la vie, la famille et les racines de la civilisation occidentale, et qui, en même temps, promeut ou excuse des sociétés barbares où l’homme se laisse aller à des comportements bestiaux.
- Ciudadanos (le Parti de la citoyenneté), libéral et progressiste, appartient à l’Alde, l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe, dont la figure la plus connue est le Belge Guy Verhofstadt.
- Les sondages accordent par exemple jusqu’à 5 % des suffrages et entre un et trois députés à VOX aux élections européennes.
- Président du gouvernement d’Espagne (premier ministre) de 2011 à juin 2018 et ancien président du Parti populaire.
- En mai dernier, plusieurs dizaines de personnes ont été condamnées à un total de plus de 350 ans de prison et le Parti populaire l’a lui-même été pour avoir mis en place « un authentique et efficace système de corruption institutionnalisé ». Ce scandale sans équivalent depuis l’instauration de la démocratie a entraîné la chute du gouvernement de Mariano Rajoy.
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