C’est d’abord comme un générique de film d’horreur qui apparait dans nos oreilles. Bienvenue dans Romance, le quatrième album de Fontaines D.C. Les garçons du groupe ne cachent pas l’influence que le cinéma a eue sur leurs derniers titres. Grian Chatten, le chanteur, souhaite même composer la musique d’un film. En attendant, il faut porter bien haut la couronne de meilleur groupe de l’univers. En 1991, c’était Nirvana ; en 1994, Oasis ; en 1997, Radiohead ; en 2001, The Strokes ; puis les Arctic Monkeys. Désormais, les princes ce sont eux : ces étranges Irlandais de Fontaines D.C. Plus étranges que jamais. Pour Romance, ils ont changé leur garde-robe, leurs coiffures, et bien sûr, leur musique. Celle-ci s’est métamorphosée en quelque chose de plus industriel, de plus futuriste, de plus magique (« On a voulu créer un réalisme magique » disent-ils), sans oublier de rester organique et vivante. Se mettre en danger, repousser les limites, sortir de sa zone de confort sont sans doute les maîtres-mots qui ont dirigé la composition de ces onze chansons.
Groupe prophète
Un Arthur Rimbaud ne passe jamais inaperçu. Tôt ou tard, celui qui s’élève de la foule, en désignant l’avenir, est reconnu. Aujourd’hui, Fontaines D.C est le présent, et sans doute l’avenir, du rock’n’roll. Mais peut-on encore nommer ainsi cette musique qui n’a plus rien à voir avec la majeure partie de son histoire (et qui, dans le cas de cet album, se réfère plus volontiers au trip-hop et au hip-hop) ? On peut en douter. On peut aussi s’en foutre : c’est sans doute le mieux à faire. Comme souvent. Le groupe ne s’interdit rien, et si cela comporte des risques, il a bien fait de les prendre. Pas peur d’écrire une ballade possédée, qui n’est pas sans rappeler celles de Lana Del Rey (« In The Modern World ») ; pas peur de sortir les violons (« Horseness Is The Whatness ») ; pas peur de rapper singulièrement (« Starbuster ») ; pas peur de sortir le meilleur titre de l’année (oui, oui, nous ne sommes qu’en septembre) avec l’incroyable « Favourite ». On pourrait ajouter, à voir leurs tenues, qu’ils n’ont pas même peur du ridicule. Leur charisme incroyable, bestial et raffiné, populaire et hautain, pour ce groupe plein de paradoxes, les place au-dessus de la mêlée : imbattables. Depuis The Strokes, c’est probablement le groupe le plus inventif de ce niveau. Jamais là où on les attendrait, ils rendaient hommage à la musique irlandaise dans leur précédent album, et, désormais, pointent du doigt le futur mécanique.
Tout ce qui compte
Avec un tel talent, on peut leur pardonner – sinon ignorer – leurs naïvetés idéologiques qu’ils partagent, de toute façon, avec 90 % de leurs congénères musiciens. On peut aussi fermer les yeux sur leur vision fluorescente de l’esthétique, qui nous ramène aux pires heures de l’histoire de la mode. Les chansons sont là, elles resteront : pas de doute. Comme toujours, c’est tout ce qui compte. Il ne faudra pas oublier cette fin d’été deux mille vingt-quatre, à l’ombre de nos souvenirs, et cette Romance qui arriva dans notre monde moderne peuplé d’éoliennes perdues dans des campagnes massacrées où les impasses numériques sont des routes pour un néant qu’il faudra continuer de chanter avec nos voix nasillardes et nos esprits désenchantés.





