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Georges Boudarel : le tortionnaire du camp 113

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Publié le

22 avril 2024

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Jamais condamné, Georges Boudarel incarne pourtant le soutien actif de certains Français aux crimes du communisme en Asie. Une histoire longtemps occultée.
© Calvaire Drach

D’étranges affiches bleu et jaune fleurissent au Quartier latin au printemps 1991 : « Boudarel, Jussieu sera ton Diên Biên Phu ! » Elles sont signées du mouvement royaliste l’Action française. La France découvre alors le passé trouble de l’universitaire communiste Georges Boudarel (1926-2003), accusé par certains historiens de crimes contre l’humanité. Des manifestations parisiennes rassemblent des centaines de participants, principalement des étudiants de droite et d’extrême droite, demandant la démission de l’enseignant au cri de « Boudarel, assassin », « Vengeons les morts du camp 113 » et « Jussieu sera le Diên Biên Phu des traîtres ».

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Mais qui est vraiment Georges Boudarel ? Né à Saint-Étienne dans un milieu modeste, il passe par le petit séminaire des pères maristes à Valbenoîte avant d’étudier la philosophie. Marxiste chrétien, il adhère au Parti communiste et est nommé en 1948 professeur en Indochine, à Dalat puis à Saïgon. Il abandonne son poste le 17 décembre 1950 pour rejoindre le Viêt Minh, c’est-à-dire la rébellion communiste vietnamienne. Il anime les émissions d’une radio clandestine locale. En 1952, il entreprend de gagner le Tonkin, au nord du pays. Ce faisant, il ne répond pas à sa convocation au service militaire : considéré comme déserteur, il sera condamné à mort par contumace.

Tortures morales

En 1953, il assume la charge de commissaire politique du camp 113, un pénitencier militaire où, durant sa présence, 278 prisonniers français sur 320 vont trouver la mort. Pour se rendre compte des conditions de détention, il faut lire le saisissant Manifeste du camp n° 1 (Tallandier, 2 014), livre publié originellement en 1969 par le journaliste Jean Pouget (1920-2007). Il décrit un univers carcéral fait de privations et de rééducation mentale dans une jungle tonkinoise inextricable. Boudarel oblige les prisonniers à faire leur autocritique et à s’accuser de crimes imputés à l’ « État colonial » français.

Après des séjours en URSS et en Tchécoslovaquie, Georges Boudarel, qui a regagné l’Europe en 1964, profite de la loi d’amnistie du 18 juin 1966 pour rentrer en France. Intégré comme maître-assistant à l’Université Paris VII puis comme maître de conférences, il enseigne l’histoire du Vietnam et obtient même un poste de chercheur au sein du prestigieux CNRS.

La justice botte en touche

Censé être admis à la retraite en 1992, il est rattrapé par son passé l’année précédente. Reconnu par l’ancien ministre centriste Jean-Jacques Beucler (1923-1999) lors d’un colloque au Sénat le 1er février 1993, l’universitaire est expulsé de la salle. C’est le début de la polémique. L’avocat Jean- Marc Varaut, ténor du barreau d’alors, porte plainte contre l’ancien commissaire politique pour crime contre l’humanité, qualification imprescriptible, au nom de Wladyslaw Sobanski, sergent des troupes coloniales interné au camp 113 et de l’Association nationale des anciens prisonniers et internés d’Indochine.

Lire aussi : Communistes Français : la défaite et le déshonneur

Les intellectuels de gauche se mobilisent, à l’instar de Pierre-Vidal Naquet et de Gilles Perrault, pour défendre leur ami Georges Boudarel. S’abritant derrière la loi d’amnistie de 1966, la Cour de cassation rejette le pourvoi. Les crimes de guerre sont en effet soumis à prescription. La querelle juridique se prolongera sur le terrain de la diffamation sans que jamais Georges Boudarel ne soit condamné. Néanmoins l’affaire a eu le mérite d’attirer l’attention sur les crimes du Viêt Minh et la souffrance des soldats français faits prisonniers lors de la chute du camp retranché de Diên Biên Phu. À ce titre, l’affaire Boudarel constitue bien un jalon essentiel du procès des crimes du communisme.

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