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Giorgia Meloni : quel est son équivalent français ?

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Publié le

30 septembre 2022

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C’est peu dire que la victoire de Giorgia Meloni a enthousiasmé les droites françaises. Positionnement politique, stratégie électorale, incarnation politique : quel est son équivalent parmi le personnel politique français ?
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La victoire de Giorgia Meloni aux élections législatives italiennes, qui fait suite à la victoire du bloc de droite en Suède, a soulevé comme rarement un vent d’espoir dans les droites françaises. Dans un pays voisin, culturellement frère et politiquement semblable, il est fait démonstration que la droite dite radicale peut parfaitement s’emparer du pouvoir avec un discours sans compromissions, et du fait même qu’il est hors-système – car c’est pour cela que Meloni a pris le dessus sur Salvini.

Marine Le Pen a félicité sur Twitter le peuple italien d’avoir repris « son destin en main en élisant un gouvernement patriote et souverainiste » et « résisté aux menaces d’une Union européenne anti-démocratique et arrogante ». De même, Jordan Bardella se félicitait d’une « leçon d’humilité » offerte « à l’Union européenne », et de conclure : « Les peuples d’Europe relèvent la tête et reprennent leur destin en main ! ». Éric Zemmour s’est lui fendu d’un communiqué : « Sourds aux injonctions à reculer et refusant toute compromission idéologique et politique, voilà quatre années qu’ils mènent de front la bataille culturelle, s’implantent sur tout le territoire et parlent avec toutes les forces de droite. » Son de cloche semblable chez Marion Maréchal : « Elle a su tenir bon, elle a su faire l’union : bravo Giorgia Meloni pour cette victoire historique. Bonne nouvelle pour la défense de notre civilisation ! »

Lire aussi : Laurence Trochu : « Hors Reconquête et ses alliés, personne ne fait entendre la voix de la droite civilisationnelle »

Ces déclarations sont éloquentes à bien des égards, car si tous ont revendiqué leur filiation en droite ligne avec Meloni, ils l’ont fait pour des raisons différentes. Alors que les élus du Rassemblement national soulignent le souverainisme de Meloni et la félicitent, en mentionnant Salvini, d’avoir claqué le bec de l’Union européenne, les représentants de Reconquête insistent plutôt sur la teinte identitaire de sa campagne, et sur sa stratégie d’union des droites.

Projet politique : Marion Maréchal, la Meloni française

« Dieu, famille, patrie » : c’est avec ce credo, devise du parti Frères d’Italie fondé en 2012, que Giorgia Meloni a conquis le pouvoir. C’est bien clair, l’Italienne affiche une sensibilité politique résolument conservatrice, et se pose en défenseur de la société chrétienne traditionnelle contre tout ce qui la menace, position qu’elle entend décliner par tout un tas de mesures : lutte contre l’immigration et l’islamisation du pays, lutte contre le lobby LGBT, politique familiale très ambitieuse, financement d’alternatives à l’avortement voire resserrement des droits des couples homosexuels. Ce conservatisme social s’accompagne d’un programme économique relativement libéral. La coalition prévoit une réduction de la pression fiscale pour les familles et les entreprises, et des allégements de fiscalité pour favoriser l’emploi des jeunes. Ce programme comporte toutefois de lourdes dépenses – au point que certains le jugent infinançable – tels des investissements massifs dans les infrastructures publiques ou la revalorisation des minimas sociaux et des retraites.

Sur toutes ces positions, c’est bien Marion Maréchal qui semble la plus proche du projet de Meloni. Du personnel politique français, elle est la seule à toujours avoir assumé cette ligne conservatrice, elle qui fut de tous les combats sociétaux avec La Manif pour tous, elle qui n’hésita pas même à critiquer l’avortement (qu’elle souhaite dé-rembourser), elle qui revendiquait sa foi catholique en ces termes à La Vie : « Si Jésus-Christ est venu porter un message et qu’il en est mort sur la croix et qu’il est le fils de Dieu, c’est bien ce message-là qu’il faut suivre. La religion qui en est née est censée tenir la vérité. Il faut donc considérer qu’il y a une vérité et que les autres sont dans l’erreur. » Si la campagne présidentielle d’Éric Zemmour se rapproche à bien des égards de ce qu’a proposé Meloni, il existe toutefois une différence de fond entre les deux : quand celle-ci annonce vouloir défendre Dieu et le droit naturel, soit ce qui fonde substantiellement la civilisation chrétienne, l’autre défend davantage l’Église (ou plus trivialement encore, les clochers) tout en rejetant les enseignements de Jésus et en écartant la morale : sa défense de la civilisation chrétienne est toute politique.

Sébastien Chenu révélait trouver Frères d’Italie « trop conservateurs, un peu droitards et trop libéraux », propos que Marine Le Pen pourrait faire siens, elle qui s’est toujours tenue éloignée de la droite Manif pour tous

Du côté du RN tendance Marine Le Pen, allié de Salvini plutôt que de Meloni, jamais en première ligne sur les questions sociétales, ce conservatisme fait un peu grincer des dents. Ainsi, Sébastien Chenu révélait trouver Frères d’Italie « trop conservateurs, un peu droitards et trop libéraux », propos que Marine Le Pen pourrait faire siens, elle qui s’est toujours tenue éloignée de la droite Manif pour tous. Jamais celle-ci ne revendiquerait publiquement Dieu ou le droit naturel, ni ne critiquerait le mariage homosexuel et l’avortement. Économiquement, le RN version Marine Le Pen est par ailleurs plus interventionniste que ce que propose Meloni – quoique le programme 2022, contrairement à 2017, intégrait de nombreux allégements fiscaux. Jordan Bardella ne semble pas avoir des positions différentes de son mentor : c’est le régalien et la souveraineté qui l’animent davantage que l’essence civilisationnelle.

On notera toutefois une divergence de fond en politique internationale entre Meloni et les droites françaises (hors quelques personnalités). La première est depuis toujours atlantiste, pro-OTAN et favorable aux sanctions contre la Russie, quand les secondes sont toutes en accord avec Salvini : très critiques des États-Unis, défavorables aux sanctions et insistant sur la nécessité d’un rapprochement avec la Russie.

Stratégie politique : l’union des droites, une nécessité

Cette victoire de Meloni pose encore la question stratégique : quel chemin cette droite doit-elle emprunter pour arriver au pouvoir ? Une question d’autant plus brûlante qu’elle a agité la dernière présidentielle, où s’affrontaient deux voies possibles : union des souverainistes de tous bords, théorisée par Jérôme Sainte-Marie et portée par le RN, contre union des droites, théorisée en son temps par Patrick Buisson et portée par Reconquête.

Lire aussi : La rentrée réussie des députés RN

Comme dans le cas suédois, qui vit s’associer toutes les gammes de l’arc droitier depuis les libéraux jusqu’aux nationalistes, c’est l’union des droites qui a porté Meloni au pouvoir, validant ainsi par un succès électoral de prestige la stratégie prônée depuis longtemps par Marion Maréchal et Éric Zemmour. Dans son communiqué, celui-ci s’est d’ailleurs félicité de la victoire d’une « grande coalition de droite », et les efforts d’un parti qui a su « parler avec toutes les forces de droite ». Marion Maréchal a pu renchérir sur RTL : « J’en suis très heureuse. Nous avons, à travers Meloni, un modèle de volonté qui bénéficie de sa cohérence, de sa clarté et de ses convictions. […] Surtout, c’est la récompense d’une stratégie ». Au RN, qui refuse de se revendiquer de droite et use plutôt de la rhétorique souverainiste, on temporise. « Ils ont travaillé sur un concept d’union des droites qui n’est pas celui que nous défendons » confirmait Sébastien Chenu. Cette victoire italienne est donc en demi-teinte pour le parti à la flamme, car en plus d’un Salvini relégué politiquement, elle démontre ce que Marine Le Pen a toujours nié : l’union des droites peut fonctionner.

Incarnation : les femmes, figures de proue du populisme ?

Les femmes ont pris une place essentielle dans les droites occidentales – l’Europe de l’est semble sur ce point faire de la résistance. Si le tryptique Trump-Johnson-Orban en a incarné la première séquence, le souffle populiste prend des atours de plus en plus féminins. Depuis de nombreuses années, Marine Le Pen et Marion Maréchal sont les têtes d’affiche de la droite française. En Grande-Bretagne, c’est Liz Truss qui a su reléguer tous ses concurrents masculins pour continuer la mise en œuvre du Brexit. En Italie, c’est donc Giorgia Meloni qui va s’emparer du pouvoir, à la tête d’une coalition rassemblant Salvini et Berlusconi. Et l’on pourrait ajouter à cette liste d’autres figures, telle la co-présidente et chef du groupe parlementaire de l’AfD allemande Alice Weidel.

Dans la civilisation du care, face à un peuple qui souffre du mépris de ses dirigeants, les femmes peuvent jouer politiquement des attributs associés à la féminité : l’amour, la protection et la pureté

Comment expliquer cette prime au féminin ? Après un demi-siècle de féminisme, c’est peu dire que l’homme hétérosexuel blanc a mauvaise presse dans l’imaginaire collectif. Il souffre du reste de la méfiance à l’égard des élites politiques : le cinquantenaire bedonnant est associé au parasitisme politique qui prospère sur les deniers publics. Dès lors, l’émergence des femmes en politique est à bien des égards vécue comme un secours maternel. Dans la civilisation du care, face à un peuple qui souffre du mépris de ses dirigeants, elles peuvent jouer politiquement des attributs associés à la féminité : l’amour, la protection et la pureté. Ce n’est pas pour rien si toutes mettent en avant leur identité de femme et de mère, ainsi que l’avait fait Marine le Pen à la fin de son meeting de Reims. Ayant marqué les esprits avec une tirade entrée dans l’histoire – « Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne et ça, vous ne me l’enlèverez pas ! » – Meloni n’hésite pas à porter des tenues féminines et à mettre en avant sa vie de famille sur les réseaux sociaux.

Ajoutons un dernier point. Les positions conservatrices, parce qu’elles sont critiques des droits individuels, seront toujours particulièrement difficiles à défendre. Or, c’est comme si le fait d’être portées par une femme rendait ces positions plus rassurantes et acceptables – notamment sur le volet concernant les droits des femmes. Certes, les féministes qui veulent des femmes partout ne veulent pas de celles-là (et c’est heureux, car cela signifie que pour elles aussi, les idées comptent plus que le sexe) ; ces femmes conservatrices n’en restent pas moins dotée dans l’espace public d’une sorte de halo d’acceptabilité dont ne disposent pas les hommes. Autant d’éléments qui ont aidé Marine Le Pen dans son duel avec Éric Zemmour, et qui donnent un crédit à Marion Maréchal dans son bras de fer à venir avec Jordan Bardella.

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