J’en entends d’ici qui rigolent. Green Day, oui, Green Day. Nul besoin de pouffer. Et puis, même les plus pointus, les élitistes, les snobs accomplis, les regretteront sans doute un jour, quand Maître Gims sera notre Tino Rossi et Booba notre Johnny Rotten. Ah, c’est déjà le cas ? Bon, il est vrai qu’il n’est pas non plus nécessaire de tout avaler béatement. Pas le genre de la maison, vous me direz. À mesure que Green Day est devenu un énorme groupe de stade, disons depuis une quinzaine d’années, le groupe s’est transformé en une sorte de grand cirque rock’n’roll, n’hésitant pas à reprendre du Kiss (« Rock’N’Roll All Nite »), à faire monter sur scène des jeunes gens qui ont appris à la guitare « Basket Case » (un de leurs tubes datant de 1994) dans leur chambre, à mettre en scène une version botoxée du punk rock de 1977, à ne cesser de se répéter, voire de se caricaturer, de porter des vêtements agaçants et finalement à devenir une sorte de boys band vieillissant. Bien, d’accord. Je peux moi aussi être désagréable, vous voyez.
Grunge is dead, vive Green Day !
Mais c’est un peu mentir que de ne dire qu’une partie de la vérité. En vérité, donc, Green Day est aussi un groupe et Billie Joe Armstrong son leader, en premier lieu qui sait composer des mélodies imparables avec des accords simples comme le faisaient les Ramones ou les Undertones. Et quand un grand nombre de très bonnes chansons est réuni dans un même album, on appelle ça un très bon album. Leur premier? Dookie, évidemment. Rien à jeter. Quatorze titres survoltés, des refrains acidulés qui sentent bon l’adolescence, les bières pas chères, les amourettes à la sortie du lycée, l’odeur de la marijuana, les rires idiots qui vont avec, mais surtout des titres inoubliables qui sonnent terriblement bien. L’album sort trois mois avant le suicide de Kurt Cobain (qui était allé les voir en concert en 1992). Ce n’est pas anecdotique. Cet album lance en quelque sorte ce qui sera la nouvelle scène d’après la mort de Nirvana et donc, de fait, du grunge. Le groupe existe depuis plusieurs années, mais le succès international arrive en cette année 1994 avec ce Dookie. Billie Joe a une bonne gueule, ils sont trois amis, trois jeunes garçons blindés d’amphétamines qui font des concerts en jouant leurs titres à mille à l’heure. La presse en fait leurs nouveaux chouchous et tout s’accélère.
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Insomniac, album plus sombre que son prédécesseur, s’il ne charme pas autant le grand public, reste un excellent disque avec des titres que j’écoute encore avec un plaisir qui n’a pas bougé depuis la première fois, à dix ans. Après deux albums moins réussis (mais pas ratés pour autant), Green Day prend tout le monde par surprise, au milieu de la vague menée par les Strokes, Libertines, White Stripes et j’en passe, avec un album formidable : American Idiot. L’ère de la démesure est lancée. Album concept, sorte d’opéra rock (pire terme) dans lequel en plus du titre éponyme, on retrouve les tubes que sont « Boulevard Of Broken Dream », « Holidays » ou l’énorme « Jesus of Suburbia » ( 9 minutes d’anthologie ).
Saviors : ça aurait pu être pire
Depuis, les albums se sont enchainés, tout comme les tournées monstrueuses. Sans jamais chuter (ce qui n’est pas rien), le groupe n’a
jamais retrouvé le succès critique total. Il n’empêche que des dizaines de titres composés depuis par Green Day sont de glorieuses réussites. Le trio revient aujourd’hui avec Saviors. Album qui lorsqu’il va vers le meilleur (« Dilemma », « Look Ma No Brains », « 1981 ») montre que c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures confitures (pardon, oui, pardon), mais qui, malheureusement, va parfois du fade (« Father To A Son ») à l’écœurant (« American Dream Is Killing Me », « One Eyed Bastard ») quand Billie Joe ne se retient pas. C’est dommage, mais quand le pire est à prédire, il faut parfois se réjouir de peu. Cet album est peu, mais n’est pas rien.

GREEN DAY,
Reprise Records,
15,99€





