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Haut-Karabagh : Voyage au Martyristan

J’arrive à Etchmiadzine le jour de la Toussaint. Je suis reçu par des collaborateurs de Karekine II, le Catholicos de tous les Arméniens, qui me présentent des familles déplacées du Haut-Karabagh. Ils n’apprécient pas être appelés réfugiés, sensibilité qui rend bien l’idée de la complexité de ce conflit

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Cimetière improvisé pour les soldats tombés lors du conflit le long de la route à Goris.

Marta, jeune femme gracile de 33 ans, est professeur de russe au lycée de Stepanakert. Elle tient dans ses bras sa fille Mané, la plus jeune de ses quatre enfants. En 1988, à l’âge de deux ans elle a fui avec sa famille le pogrom de Baku. Ses enfants vivent maintenant le même trouble qu’elle avec trente ans d’écart. Son seul désir est de rentrer chez elle et de recommencer à enseigner à ses élèves. Elle n’a pas peur que la guerre recommence : son père a combattu pendant la première, son oncle y est mort et si dans 15 ans la guerre recommence, ses fils partiront au front pour défendre la terre de leurs ancêtres. La hardiesse de cette femme est épatante. Sa voix est ferme et son regard droit. Marta dégage une force intense, à la fois mère et Mère de la Patrie.

Vaché est né en 1947, son visage est éprouvé par la vie et les évènements des dernières semaines. Son regard est triste et enragé en même temps. Il est originaire de Shosh, un village près de Chouchi. Il se souvient très bien du premier jour du conflit : ce dimanche 27 septembre, la vie se déroulait comme n’importe quel jour. « À huit heures du matin, j’ai entendu un bruit étrange, dit-il avec une note de désespoir, j’ai d’abord pensé à un orage. Hélas, je suis sorti de chez moi, et dans le ciel il y avait tellement de drones qu’ils formaient un nuage foncé et les bombardements ressemblaient à de la pluie tellement c’était intense ». Au début du conflit, son petit-fils est tombé au front à Martuni. Son corps était tellement abîmé qu’ils n’ont pas pu lui rendre les honneurs qu’ils auraient souhaités. Ses funérailles ont duré moins d’une minute à cause des bombardements. Vaché, lui, est resté à Shosh jusqu’au 9 octobre, jour où l’armée azérie a bombardé la cathédrale de Chouchi. Aujourd’hui, l’armée russe a monté un check point à l’entrée de son village. Je demande à Vaché si Arméniens et Azéris pourront à nouveau vivre ensemble un jour. Il ne le croit pas. Le gouvernement azéri inculque dès le plus jeune âge aux enfants un profond sentiment arménophobe. [...]

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