Skip to content

Huysmans, en rupture

Par

Publié le

30 décembre 2019

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1577699070664{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Une Pléiade, une exposition au musée d’Orsay, un Cahier de L’Herne et des rééditions : c’est la saison pour lire ou relire Huysmans, sous toutes ses couleurs.

 

 

20 mai 1884. Zola prend la plume pour écrire à Huysmans, son ancien comparse du cercle de Médan. Ce dernier vient de publier À Rebours, futur maîtrelivre du décadentisme fin-de-siècle, objet de culte pour les esthètes des temps à venir, must-have aujourd’hui encore chez les dandies, les raffinés, les amoureux de Baudelaire et de Wilde. Zola, évidemment, est désappointé. Votre construction est confuse, écrit-il à son ex-disciple ; le personnage de Des Esseintes n’évolue pas au cours du récit ; et la fameuse tortue sertie de pierreries, si elle eût vécu, « aurait fait caca sur le tapis ». La rupture est consommée entre le maître et l’élève. Quel chemin parcouru par Huysmans depuis Marthe, son premier roman, fidèle, jusqu’à la complaisance, au credo naturaliste ! Les Sœurs Vatard et En ménage seront encore dans cette veine mais À vau-l’eau, déjà, témoigne d’un nouveau registre, avec son côté sarcastique, son ressassement, sa façon cruelle et cocasse d’insister sur la mesquinerie de la vie, qui le feront vanter par André Breton dans son Anthologie de l’humour noir.

Enfin le Huysmans converti, le catholique de choc, incollable sur les débats théologiques, décrypteur des cathédrales, avec le cycle de Durtal – En Route, La Cathédrale, L’Oblat.

À FOISON

Ensuite viendra le Huysmans de la rêverie gothique, du raffinement, des expériences quasi fantastiques de héros anémiés, Des Esseintes dans À Rebours, Jacques Marle dans En rade ; enfin le Huysmans converti, le catholique de choc, incollable sur les débats théologiques, décrypteur des cathédrales, avec le cycle de Durtal – En Route, La Cathédrale, L’Oblat. La Pléiade préparée par Pierre Jourde et André Guyaux s’arrête, faute de place sans doute, à En Route ; les deux autres romans se trouvent en poche, ou dans le volume du Roman de Durtal paru en 1999 chez Bartillat. Outre la Pléiade, d’autres nouveautés attendent le huysmansophile chez son libraire : une édition illustrée d’À Rebours (Gallimard) ; les proses courtes du Drageoir aux épices, premier livre de Huysmans (Poésie/Gallimard) ; De Degas à Grünewald, catalogue de l’exposition « Huysmans critique d’art », actuellement au musée d’Orsay (Gallimard) ; des recueils de textes sur Paris (Paris) et les cathédrales (NotreDame-de-Paris, L’Herne) ; les Rêveries d’un croyant grincheux, pamphlet contre l’Église (L’Herne) ; enfin le riche Cahier de L’Herne dirigé en 1985 par Guyaux et Pierre Brunel, réédité avec quelques ajouts.

Les thèmes, eux, sont parfois datés, inscrits dans leur fin de siècle : le dégoût du Paris d’Haussmann, le refus de l’américanisation de l’existence, la vie plate du rond-de-cuir sans horizon (Folantin, le meilleur personnage où l’auteur se soit projeté), la redécouverte du catholicisme dans un contexte d’antichristianisme devenu doctrine d’État.

QUESTIONS D’ÉPOQUE ET THÈMES ÉTERNELS

Ainsi équipé, le lecteur peut gravir toutes les faces de la montagne Huysmans, la naturaliste, la décadentiste, la catholique, et repérer les lignes de force, les thèmes, les constantes stylistiques. Le goût du mot rare, du lexique spécialisé, du néologisme, ne sera jamais démenti ; la Pléiade comporte des centaines de notes, pour tout traduire. Les coquetteries de style charment ou irritent, selon les cas : antéposition de l’adjectif, chutes de phrases rejetées derrière une virgule, etc. Les thèmes, eux, sont parfois datés, inscrits dans leur fin de siècle : le dégoût du Paris d’Haussmann, le refus de l’américanisation de l’existence, la vie plate du rond-de-cuir sans horizon (Folantin, le meilleur personnage où l’auteur se soit projeté), la redécouverte du catholicisme dans un contexte d’antichristianisme devenu doctrine d’État. Mais d’autres thèmes, ou les mêmes vus sous un autre angle, résonnent avec notre actualité, qui font signe vers des questions éternelles : comment vivre authentiquement dans un univers artificialisé, à quoi bon se frotter aux arêtes rugueuses du monde, quel plaisir trouver à la vie quand on a le goût de la chose chère mais pas le sou, etc.

« Cinquante ans ont passé, dit-il, et votre présence ici ce matin l’atteste : la gloire humaine de Huysmans n’a rien perdu de s’être vouée à la défense des valeurs qui étaient alors bafouées » – il parle de sa foi, dans une France déjà déchristianisée, où le sens du bien et du mal est dissout.

VOUÉ À LA DÉFENSE DE VALEURS BAFOUÉES

Houellebecq, en invoquant Huysmans dans Soumission, a, en quelque sorte, prouvé de facto cette actualité. On la vérifie dans certains textes du Cahier de l’Herne Huysmans, notamment le discours prononcé par Mauriac en 1957 au cloître Saint-Séverin, pour l’anniversaire de la mort de Huysmans. « Cinquante ans ont passé, dit-il, et votre présence ici ce matin l’atteste : la gloire humaine de Huysmans n’a rien perdu de s’être vouée à la défense des valeurs qui étaient alors bafouées » – il parle de sa foi, dans une France déjà déchristianisée, où le sens du bien et du mal est dissout. Cinquante ans ont passé encore. Faut-il dire combien la phrase reste vraie ?

 

 

Jérôme Malbert

 

J.K. HUYSMANS, DE DEGAS À GRÜNEWALD Musée d’Orsay, jusqu’au 1er mars

 

ROMANS ET NOUVELLES J.K. Huysmans La Pléiade 1788 p. – 66 €

 [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest