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Idées : les essais à lire et à fuir de septembre

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Publié le

7 octobre 2025

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Le Penseur d'Auguste Rodin (© DR)

À FUIR

LA LANGUE ARABE, UNE CHANCE POUR LA FRANCE, JACK LANG, Tracts Gallimard, 48 p., 4,99 €

Sacré Jack ! Non content d’avoir été parachuté à la tête de l’Institut du monde arabe, le bougre nous inflige un tract consacré à son amour pour la langue arabe. Rabelais et François 1er n’ont-ils pas vanté les mérites de la langue mahométane ? L’ancien ministre de la Culture nous ressort tous les poncifs : que la langue française comporte 400 mots d’origine arabe, que tous les Français utilisent les mots kebab, toubib et moucharabieh (?), jusqu’à nous refaire l’étymologie de quelques légumes qui auraient leur origine de l’autre côté de la Méditerranée. Comble de la mauvaise foi, Lang nous rappelle que l’arabe n’est pas seulement la langue du Coran, mais aussi celle des « poésies anté-islamiques ». On doute fort que les Français qui se tournent vers l’arabe soient attirés par la sagesse soufie ou les élégies d’Ibn Arabi, mais passons. Bien loin de nous l’idée que l’arabe ne serait pas une formidable machine à traduire la réalité, comme le sont à peu près toutes les langues. Mais dans le contexte actuel, où la jeunesse s’engouffre dans les ornières de l’islamisme par pur réflexe anti-français, on se demande bien quelle est l’utilité d’une telle injonction. A fortiori alors que l’Éducation nationale abandonne les langues mortes qui sont pourtant bien vivantes dans notre langue, et qui lui ont donné la majorité de sa grammaire, de son vocabulaire et de son pouvoir d’évocation. Si Lang s’émerveille du fait qu’il y ait plus de cinq mots pour décrire les nuances de l’amour en arabe, rappelons qu’il en est de même en grec ancien. Pourquoi aller voir ailleurs plutôt que d’approfondir les profondes racines helléno-latines, voire celtes, de la langue française ? Peut-être parce que nos adolescents préfèrent passer leurs vacances à Dubaï plutôt qu’à Rome. Wesh ma gueule. Marc Obregon

Lire aussi : Cicéron : la vertu en acte

À LIRE

NOTRE AMIE LA GAUCHE : DEUX SIÈCLES DE CLÉRICATURE, JEAN-FRANÇOIS CHEMAIN, Via Romana, 117 p., 15 €

Il y a le niveau infra-politique, où gauche et droite peuvent avoir bonnes et mauvaises idées. Et il y a le niveau supra-politique, qui mêle anthropologie, philosophie et théologie, où s’affrontent deux conceptions de l’homme et de la société irréconciliables. C’est à ce niveau d’observation que se situe Jean-François Chemain, agrégé et docteur en histoire et en histoire du droit, dans cet ouvrage qui prétend saisir l’esprit de gauche en son essence, par-delà les événements. Sans suivre l’intégralité de ses jugements, ce livre ramassé, vigoureux et incisif réussit très bien son pari, montrant que la gauche est fondamentalement religieuse – non par simple analogie, mais bien au sens de la foi, dans un curieux rapport mimétique. La gauche est une église sans Dieu qui veut remplacer l’Église, avec son dogmatisme et son augustinisme, piochant dans le message évangélique pour le rabattre sur l’instantané politique. Elle est surtout hérétique : « L’esprit de gauche est un conservatoire des théories rejetées et combattues par l’Église catholique dans la définition progressive de son orthodoxie. » La gauche croit dans un homme bon, sans trace du péché originel (pélagianisme) ; la société serait défectueuse à cause de quelques hommes ontologiquement mauvais (manichéisme) ; elle doit être rééduquée par une cléricature pure et éclairée (pharisaïsme ou catharisme) pour faire le Paradis sur Terre, quels que soient les moyens. Sa certitude de détenir le Bien et son refus d’admettre l’imperfection du monde la rendent impatiente, intolérante et violente. Tout l’enjeu est de ne pas faire ce qu’elle fait en sens contraire, mais de faire l’exact contraire de ce qu’elle fait sans se laisser intimider – en s’appuyant, conclut Chemain, sur le culte des héros et des saints. Rémi Carlu

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