La cause est entendue : l’aventure européenne au Nouveau Monde ne serait rien de moins qu’un génocide, qui aurait amené la ruine de peuples égalitaires, féministes et environnementalistes avant l’heure, et qui constituerait le fondement illégitime de l’Amérique. Contre ce récit militant qui a le vent dans les voiles dans les médias et à l’université, l’historien américain Jeff Flynn-Paul rétablit les faits, et présente un portrait nuancé des relations entre Européens et Autochtones en Amérique. Déconstruisant le mythe du bon sauvage, il rappelle que les sociétés amérindiennes étaient fortement hiérarchisées et structurées autour de la guerre, et que l’esclavage, le cannibalisme et les sacrifices humains y étaient monnaie courante. Dans la mesure où le métissage s’est fait rapidement dès l’arrivée des colons, il est aussi difficile d’établir une coupure nette entre « oppresseurs » et « opprimés », comme le voudraient certains idéologues.
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Si Flynn-Paul ne nie pas que certaines atrocités soient le fait des Européens, pensons à certaines déportations aux États-Unis, c’est au final un rapport de force structurel, à la fois démographique, technologique et organisationnel, qui a consolidé la primauté européenne sur le continent, bien davantage qu’une intention génocidaire. Espérons que ce plaidoyer de qualité pour un retour du balancier dans l’historiographie sache nuancer les horreurs, souvent infondées, que l’on entend de nos jours sur l’empreinte occidentale en Amérique.

NOT STOLEN : THE TRUTH ABOUT EUROPEAN COLONIALISM IN THE NEW WORLD,
JEFF FLYNN-PAUL, 424 p., 34,64 €





