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Il n’y a pas de mauvais salariés

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Publié le

9 novembre 2018

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On se plaint souvent du manque de motivation des salariés mais on oublie d’évoquer la nécessaire responsabilité des dirigeants qui doivent être capables d’insuffler un charisme de chef.

 

Le dirigeant d’une entreprise de mécanique industrielle acquise deux ans plus tôt vient me consulter. L’affaire est en grande difficulté avec un chiffre d’affaires drastiquement en baisse. Le dirigeant en impute la responsabilité à ses salariés qui, selon ses termes, « mettent une mauvaise ambiance, ne veulent pas travailler, regrettent de ne pas avoir été licenciés en même temps que la partie de l’effectif qui n’avait pas été reprise il y a deux ans ». Je me rends sur place et rencontre effectivement des salariés nourrissant une profonde hostilité à l’égard de leur employeur et réclamant la liquidation judiciaire de leur entreprise.

 

Lire aussi : Philippe Schleiter : L’entreprise, antidote au chaos post-moderne ?

 

J’ai déjà observé, en effet, que certains salariés peuvent avoir intérêt à voir cesser l’activité pour toucher de confortables indemnités de licenciement. Les salariés en question présentent le bon profil pour profiter de ces effets d’aubaines: ils sont bien payés et anciens dans l’entreprise, le solde de tout compte sera donc élevé ; ils sont aussi ultra qualifiés et habitent en zone péri urbaine : ils n’auront donc pas de difficultés à retrouver un emploi dans une entreprise du même secteur. Raison de plus pour les choyer et leur donner envie de rester: dans ce type d’entreprise, ce sont les ressources humaines qui créent de la richesse.

J’observe ainsi que la mauvaise volonté et les cadences de production, ralenties plus ou moins à dessein, ont pour effet de retarder la sortie de moules des pièces qui doivent être livrées aux clients. Chaque mois, la société facture donc moins que ce qu’elle devrait, sans parler des clients qui se plaignent du non-respect des délais de livraison et commencent à chercher discrètement un autre fournisseur.

 

Impasse de l’autoritarisme

Le dirigeant réagit à cette situation par un excès d’autoritarisme (mise à pied, avertissement, menace de licenciement pour faute non suivie d’effet, car il sait bien qu’il ne pourra pas facilement remplacer les partants) qui ne fait qu’aggraver la situation puisque le problème vient justement de ce que son autorité n’a pas été établie sur des bases saines. Il est de bon ton aujourd’hui dans un certain milieu libéral de se plaindre des salariés réputés ingouvernables: ils ont trop de droits, ils sont surprotégés, ils ne veulent plus travailler dur.

C’est oublier qu’on ne mène pas des hommes par le rapport de force : s’ils avaient moins de droits, une confrontation tournerait sans doute plus fréquemment à leur désavantage et cela pourrait, à la marge, décourager quelques fortes têtes ou certains tire-au-fanc. Mais on ne mènera pas le gros des troupes bien loin si le patron ne sait pas insuffler de la motivation et ranimer les courages quand ils faiblissent.

Il conviendrait donc de ne pas inverser les rôles et, ce faisant, déresponsabiliser ceux qui ont justement pour tâche de responsabiliser les autres: dès lors qu’il existe une relation hiérarchique et verticale, c’est le dirigeant qui doit animer ses équipes. Imagine-t-on Alexandre le Grand se plaindre du peu d’enthousiasme de ses soldats, ou encore Napoléon grogner contre ses grognards ?

 

Responsabilité et charisme

Voici donc quelques principes, qui pourraient être utilement médités par un certain nombre de dirigeants du CAC 40. Le dirigeant est légitime : il connaît le métier, ne s’en laisse pas conter et est ainsi à même d’exercer un contrôle efficace sur le travail de ses subordonnés. Dans le cas de mon entreprise de mécanique, le fils du patron avait été bombardé directeur de site ; excellent commercial, il ne connaissait rien en revanche aux machines et se faisait ainsi régulièrement enfumer.

Le dirigeant est aussi exigeant avec lui-même qu’avec les autres: premier arrivé, dernier parti, il travaille plus et prend davantage de responsabilités. Ainsi, les écarts de rémunération ne sont pas perçus comme une injustice par les salariés. Dans la même logique, en cas de difficultés, le dirigeant prend sa part autant que les autres. Le dirigeant prend soin de ses hommes: il se sent responsable de leur bien-être et a à cœur de leur offrir de la stabilité.

Le dirigeant sait sanctionner: c’est devenu si difficile à comprendre dans notre époque obsédée par l’inclusion et l’indulgence. L’ingrate réalité, c’est qu’il faut parfois savoir couper quelques têtes. Non pas tant dans un but dissuasif d’ailleurs que pour montrer aux autres que le dirigeant prend son entreprise suffisamment au sérieux pour la protéger contre ceux qui cherchent à l’affaiblir. Il n’y a pas de mauvais salariés, il n’y a que des dirigeants qui manquent de charisme.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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