Vous avez quitté Debout la France. Pouvez-vous rappeler pour quelles raisons avez-vous quitté le parti de Nicolas Dupont Aignan ?
J’ai quitté Nicolas Dupont-Aignan à cause de sa « stratégie » d’isolement, à la fois stérile pour DLF et dangereuse pour le pays. En 2017 nous avions fait un accord de gouvernement avec Marine Le Pen qui réglait tous les points de désaccord politique : la question de l’Europe et de l’euro, du handicap, de l’immigration… Et il n’y a depuis aucune différence entre nos deux programmes. Nicolas Dupont Aignan a été incapable de citer une seule différence entre son programme et celui de Marine Le Pen. On ne peut pas sans cesse justifier le parcours individuel d’une personne contre nos idées.
Vous assumez le terme de « droite Gaulliste ». En quoi consiste le Gaullisme aujourd’hui ?
Le Gaullisme est avant tout une forme de démocratie directe. Il y a quand même une particularité à droite qui est de penser que la démocratie est toujours un objectif en soi. L’objectif doit être celui d’un lien de plus en plus direct entre le peuple et le pouvoir. Car pour moi la définition actuelle du peuple est très simple : ce sont ceux qui subissent le pouvoir. Et celui qui n’est pas du peuple, c’est celui qui exerce le pouvoir. Ceux qui exercent le pouvoir sur ceux qui le subissent doivent le faire le plus directement possible. Les corps intermédiaires doivent être au service du peuple et ne pas chercher leur propre intérêt mais celui de la majorité.
Nicolas Dupont Aignan a été incapable de citer une seule différence entre son programme et celui de Marine Le Pen
Ensuite évidemment, l’indépendance nationale. D’une manière réaliste autant qu’elle est possible puisqu’un certain nombre de souverainistes complètement surexcités voient la souveraineté comme un objectif en lui-même alors que la souveraineté est toujours liée à un contexte : la souveraineté qu’aura de Gaulle en 1945 n’est pas celle qui est rétablie en 1958 ni celle qu’il nous laisse en 1969. Les contraintes ne sont pas les mêmes. Aujourd’hui, les contraintes de la France sont celles d’un pays qui est depuis trente ans dans la construction européenne, depuis vingt ans dans l’euro et depuis cinquante ans dans l’OTAN. Nous ne pouvons pas sortir du jour au lendemain de tout en disant « y a qu’à faut qu’on ». Je suis parfois abasourdi par ce que l’on entend. Notre objectif est celui d’une souveraineté la plus large possible dans les conditions actuelles.
C’est aussi la foi dans la capacité de notre industrie, les capacités de la science. Notre souveraineté doit passer par une maîtrise technique et de notre production, on le voit amèrement aujourd’hui.
Et c’est la défense des libertés individuelles. De Gaulle lui-même l’avait dit, il « ne les a pas menacées » mais « les a rétablies ». On voit bien aujourd’hui que l’état des libertés individuelles est catastrophique : mesures sanitaires, menaces sur la liberté d’expression et de penser, quartiers perdus de la République… C’est une situation absolument catastrophique et que personne ne semble vouloir combattre à part Marine le Pen.
Mais n’est-ce pas contradictoire de revendiquer le gaullisme et de soutenir le RN, dans la mesure où ce parti se revendiquait anti-gaulliste ?
C’est faire de l’essentialisme ! Marine le Pen et le RN n’appartiennent pas pour l’éternité au contexte de sa fondation. Evidemment il y a eu un contexte à l’époque. Il est plus complexe que ça. Il y avait au FN des anciens gaullistes qui avaient suivi le général pendant la guerre et qui n’étaient pas d’accord avec lui sur l’Algérie. Moi je ne peux pas en vouloir à ceux qui avaient été expulsés d’Algérie sur la base de promesses qui n’ont pas été tenues, d’en avoir voulu à l’époque au général. D’ailleurs quand j’étais à Debout la France, j’ai négocié plusieurs accords de réconciliation avec les descendants de pieds noirs et DLF, notamment avec l’aide de monsieur Ménard et qui étaient très bien. Ils ont été foutus à la poubelle par Nicolas Dupont Aignan pour des raisons inconnues.
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Il y avait aussi beaucoup d’anti-gaullistes à l’UDF, ce que l’on oublie souvent. Ceux qui ont tué les gaullistes ne sont pas spécialement les élus du Front national. Ceux qui ont déglingué le général de Gaulle, ce sont les Républicains qui s’appelaient déjà comme ça à l’époque de VGE. C’est toute cette clique qui parlait du général toute la journée et faisait le contraire au pouvoir. Tout ça est complètement surréaliste. Moi je ne me laisse pas impressionner par les anathème de ceux qui expliquent que Gérard Larcher est un grand gaulliste. Il faut connaître la vraie histoire du Général de Gaulle. Le général était un conservateur, un chrétien très pratiquant. La réécriture qu’il y a du personnage de de Gaulle est complètement dingue. On surestime l’épisode de l’Algérie française. Et d’ailleurs même maintenant c’est très impressionnant, les Pieds noirs qui sont anti-gaullistes, de sa personne comme de sa politique, savent bien que le général a fait d’autres choses. Et puis au-delà de ça, c’est aussi la tradition bonapartiste que le général incarne et prolonge. Voilà, moi je me revendique du bonapartisme.
Marine Le Pen dit vouloir « rassembler au-delà du clivage droite-gauche ». Vous revendiquez-vous de droite ?
Oui c’est une des raisons pour lesquelles nous avons fait un mouvement indépendant. Moi je conçois totalement que Marine le Pen, parce qu’elle doit être présidente de la République, ait choisi une politique au-delà des clivages. Elle a raison de le faire. Nous nous estimons que le gaullisme s’inscrit plus à droite, même complètement à droite, donc nous nous revendiquons de droite. C’est pourquoi nous sommes un mouvement allié du RN, qui est indépendant.
Nous nous estimons que le gaullisme s’inscrit plus à droite, même complètement à droite, donc nous nous revendiquons de droite
Nous avons des valeurs de droite : l’autorité, le mérite, le travail, la bonne gestion des deniers publics… Une vision qui n’est pas déterministe de l’homme. À partir du moment où vous combattez les idéologies mortifères et néfastes d’un camp, la gauche, vous vous revendiquez d’un autre.
Quelle sera la marge de manoeuvre de votre structure vis-à-vis du RN ?
Une totale liberté de penser. Je suis même surpris, moi qui étais habitué à devoir justifier tous mes faits et gestes à DLF, je suis entièrement libre ici. Il y a évident une rigueur qui est liée à l’alliance. Il faut dialoguer et agir de concert. Mais je ne me prends pas pour ce que je ne suis pas. J’apporte une certaine expérience mais je sais rester à ma place. Il y a surtout une complémentarité entre le RN et nous. Nous espérons pouvoir apporter des propositions ou des solutions qui puissent aider Marine Le Pen. Parce que l’analyse que nous faisons est que la droite a le défaut de toujours tout mettre sur la tête du chef. Mais la réalité c’est qu’un chef il lui faut de l’aide.
Hervé Juvin et Andréa Kotarac ont créé le parti localiste depuis le RN. Cette fragmentation s’observe également à gauche. Une masse des petits-partis formant des alliances au gré des élections comme au cours de la troisième République est-il l’avenir de la vie politique française ?
Je comprends ce que vous voulez dire. Mais ça dépend dans quelle démarche tout cela se fait. Marine Le Pen l’a très bien rappelé hier : c’est normal que différentes sensibilités s’expriment de cette façon, dans la mesure où il n’y a pas de courant au RN. Et il y aurait un problème si notre objectif était d’exister « en soi ». Or nous avons bien défini dans nos statuts notre objectif de faire l’unité. Nous sommes un parti qui ne vit que pour cette union. Nous sommes indépendants dans l’union ! Parce que nous croyons en la liberté. Le but c’est de se présenter aux élections. Nous sommes un satellite du RN qui est la force centrale. Le RN a tout intérêt à nous laisser libre.





